‹ Tunisie et TunisiensChapitre 46 sur 48 · RUE A > F A X · texte numérisé non relu

RUE A > F A X

I)K r.ONSTANTINK A TUNIS 34'J

ra|)|)('l;uil, h s'y hm'IucikIiv. la coiiïiire en honneur au temps (risahcan dr |{a\irn'. Mllrs sont clianssécs de habonches h liions, dans les(|nell('S lenrs pieds n(» sont <|iranx froi< (piarls entrés; aussi, en manhanl, sond)lrnl-cllcb clicrcle i im é<|uilihre ([ui les fuit sans cesse.

» Les mes marchandes de Tunis sont fréi|uentées par une populalion (|in seinhie remplie d inic fK'vreuse .immalinn. A coté du nègre à mouslaehes hhmches (pii proihiit un singulier ellel, on rencontre le marchand de crêpes, le vendeur d'eau cpii renferme sa marchandise dans une peau de bouc qu'il porte sur le dos. Ces peaux, quand elles ne contiennent [las d'eau, sont remplies d'huile, que les indigènes amènent ainsi au marché à défaut de tonneau, meuble dont l'usage leur est encore inconnu. Les Arabes qui portent la chéchia entourée de cordes de poil de chameau, sont des Algériens presque toujours ; ceux qui la portent avec un cordon de soie ou de laine sont généralement des Tunisiens. Les premiers sont revêtus du classique bournous, tandis que les derniers donnent la préférence à la gandoura à broderies et à bordure verdàtres. Il n'est pas rare de voir les jeunes Tunisiens porter une fleur, ordinairement une rose, posée derrière l'oreille.

» C'est surtout dans les souks que l'on rencontre les échantillons les plus variés parmi la population. Les rues qui, de l'avenue de France et de la Marine, mènent à la Kasba, sont toujours remplies de monde, ce qui se comprend aisément en raison de leur étroitesse. Nombre de maisons sont ornées de colonnes de marbres noir ou blanc, provenant des ruines de Garthage. Sur quelques portes sont dessinés des bas-reliefs.

:ir,o TiiNisii: i:t tunisikns

Dans le voisina^'c de la ^^raînln înosqiuV, où aucun clinHion no poul pénrlror, j)as plus (|uo dans loulo aulro mos^iure de Tunis, les ruelles sont ])arf()is enlièrenient voûtées cl ahritcnt conlre la pluie cl les raycuis ardents du soleil, les marchands et les élalages variés de leurs houlirpies. Kn d'aulres endroits, de grands morceaux de loile ou des planches disjointes formejit une séparation d'avec la voûle céleste. Ce coup d'œil hizarre rappelle la rue Comhes, à (]onslantine. avec cette différence (pi'à Tunis Toriginalilé, la couleur locale, la prédominance des indigènes sont bien plus ^i^randes qu'à Gonstanline. Les industries les plus diverses sont exercées dans les souks; mais les produils que l'on y remarque surtout soni les étoffes, les tapis, les armes, les bahouches. les essences et les objets de maro(iuinerie. Tout cela ressemble un peu aux bazars algériens; mais ici. on se sent presque exclusivement au milieu d'un monde indigène qu'il est bon d'observer dans son élément, monde rempli d'obséquiosité et qui ne manque jamais une occasion de mettre dedans le roimi assez audacieux pour entreprendre d*y faire seul ses acquisitions.

» La place de la Kasba est dotée d'un square et bordée sur l'un des côtés par un grand bazar. Square et bazar ont tout à fait l'air d un décor de théâtre. Du côté opposé se trouvent la caserne des zouaves, construite d'après le style arabe, et le palais de ville du Bey dont l'aspect extérieur n indique guère la destination.

» Un lieutenant tunisien, coiffé du fez à étoile de cuivre, nous fait visiter Dar-el-Bey fie palais du Bey). De grands escaliers nus et froids mènent à un patio orné de piliers de

DR CONSTANTINK A TTNIS :iKI

in.'iihrc noir (*l hLuir ri iiv^ |iillon'Si|iir ir;is|M'rL Iji |kiIio (loiinr accrs diiiis les s.illrs |iriiiripal(*s. Iaï sallo à tnangcr. traiisfoniu'o soiivdnl en salle (l(; (lêlil)t'ration, cotitieul un plafond or et ronge de l)eane«)n|) de eachel ; elle forme fiaillie sur une rnelle el possède des jours ^\\ù s'ouvrent do bas en haut comme des eliausse-trappes. Le salon du premier minisln\ lendu de soie jaune, renferme de jolies arabesques el des supports en marbre allernalivemenl noir et hlanr: le plafond en bois, peint en or, rouj^^c et noir. (»sf ln> pu. h. Mais le travail h; plus curieux est le magnili(pie pLiOnid en rolonde de la salbî du conseil dont les arabes(pies en plâtre sont d'un curieux elTel. On dit «pie l'ouvrier — on peut bien dire l'artiste — (|ui a exécuté celte œuvre, n'y a pas employé moins de sept aimées.

Le palais est fort mal entretenu et sent la misère dans tous les coins : les tentures sont souvent dans un état pitoyable, le mobilier est dégradé, et de vieux fauteuils blanchis par l'usage et l'usure ne supporteraient pas sans avarie, le poids d'une juive tunisienne. Certains objets de toilette et d'ameublement sont dun goût déplorable et forment un contraste frappant avec l'ensemble du palais. Il y a notamment des bouquets de fleurs artificielles qui viennent certainement d'une boutique à treize sous. Et c'est dans ce palais que l'on héberge les membres des familles princières qui honorent Tunis de leur présence ! Enfin des gravures modernes sont apposées dans plusieurs appartements. Elles reproduisent des scènes militaires du premier Empire, le retour des Cendres. Voilà certes une rencontre à laquelle le touriste ne s'attendait point.

:j5i TUNISIK KT TUNISIENS

De la terrasse du palais on jouit d'une vue ma;/nili(|iie mais éblouissante sur une iniiiiense étendue de toitures et de terrasses Manches (|ui resplendissent au soleil. Le coup d'oîil est fort curieux et donne une idée de la grandeur de la ville indigène d'où émergent de distance en distance de solides minarets et des mosquées à coupoles, qui tranchent agréablement dans le paysage. Au loin , la vue s'étend sur le lac Bahira, la Goulette et son golfe. Avant de sortir du palais on traverse un patio où se trouve une foule d'Arabes attendant avec une patience tout orientale qu'on leur rende la justice. Comme complément de couleur locale, il est bon d'ajouter que l'officier tunisien, qui sait à peine quelijues mots de français, accepte, sans la moindre façon, la bonne-main qui lui est offerte. Qui sait si ce n'est pas le plus clair de ses revenus?

LES CAPITlJLATIOAb

\ù\ Tiiiiisir csl en l;in;4;i,i^n' «li|)loiiiali([ii(» un /xn/s dr capil< il ions,

O iVLïime osl assez |)eu connu [)oiir qii il nous paraisse indisponsalilr d'iMi in(li(|U(M' la sii^Miificalion cl les origines.

On appelle caititubitions l'enseinhle des garanties accordées aux nalions euro[)éennes dans les Echelles (I) du Levant, (»ar les gouvernements musulmans, [)0ur assurer le commerce de ces nations et protéger la sécurité de leurs nationaux {"2), Ces garanties étaient vraiment nécessaires contre le fanatisme de peuples, qui confondent absolument ce ([ui est droit et justice avec ce qui est science et prati(jue religieuse.

Les premiers rois francs passèrent avec les empereurs d'Orient des traités pour assurer aux marins d'Agde et de Marseille certains privilèges (3j.

La première capitulation dont le texte nous a été conservé date de 1535.

(1) Le mot échelle vient du vieux terme de marine escale — ou de iskele, qui en turc veut dire embarcadère ; ce mot turc serait lui-même dérivé du mot hébreu aeskaleth qui sert à désigner Téchelle d'un navire.

(2) Mahomet a dit : « Je promets de protéger les magistrats des chrétiens dans mes provinces, avec mon infanterie, ma cavalerie, avec mes troupes auxiliaires et avec les fidèles qui me servent.

(3) Voir la Chronique de St-Denis, 1. 11, p. 250.

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