‹ TurcaretChapitre 53 sur 95 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Frontin, Lisette

Frontin. Cela ne commence pas mal.

Lisette. Non, pour madame la baronne ; mais pour

nous

5 Frontin, lui remettant la bourse. Voilà déjà soixante Il pistoles que nous pouvons garder : je les gagnerai bien ' sur réquipage ; serre-les : ce sont les premiers fondements de notre communauté.

Lisette. Oui ; mais il faut promptement bâtir sur ces 10 fondements-là, car je fais des réflexions morales, je t'en avertis.

Frontin. Peut-on les savoir?

Lisette. Je m'ennuie d'être soubrette. Frontin. Comment, diable ! tu deviens ambitieuse ? 15 Lisette. Oui, mon enfant. Il faut que l'air qu'on respire dans une maison fréquentée par un financier soit / contraire à la modestie; car, depuis le peu de temps que j j'y suis, il me vient des idées de grandeur que je n'ai jamais eues. Hâte-toi d'amasser du bien ; autrement, 20 quelque engagement que nous ayons ensemble, le premier riche faquin qui se présentera pour m'épouser. . .

Frontin. Mais donne-moi donc le temps de m'enrichir.

Lisette. Je te donne trois ans : c'est assez pour un 25 homme d'esprit.

Frontin. Je ne te demande pas davantage. C'est assez, ma princesse ; je vais ne rien épargner pour vous mériter ; et si je manque d'y réussir, ce ne sera pas faute d'attention.

Page 1