‹ TurcaretChapitre 56 sur 95 · SCÈNE II % W^^^ f · texte numérisé non relu

SCÈNE II % W^^^ f

Le Marquis, Le Chevalier ' 1 ^

Le Marquis. Ah ! palsambleu, chevalier, tu deviens bien rare. On ne te trouve nulle part ; il y a vingt-

quatre heures que je te cherche pour te consulter sur une affaire de cœur.

Le Chevalier. Eh ! depuis quand te mêles-tu de ces sortes d'affaires, toi ?

5 Le Marquis. Depuis trois ou quatre jours.

Le Chevalier. Et tu m'en fais aujourd'hui la première confidence ? Tu deviens bien discret.

Le Marquis. Je me donne au diable^ si j'y ai songé.

Une affaire de cœur ne me tient au cœur que très faible-

10 ment, comme tu sais. C'est une conquête que j'ai faite

par hasard, que je conserve par amusement, et dont je

me déferai par caprice, ou par raison peut-être.

Le Chevalier. Voilà un bel attachement!

Le Marquis. Il ne faut pas que les plaisirs de la vie

15 nous occupent trop sérieusement. Je ne m'embarrasse

de rien, moi; elle m'avait donné son portrait, je l'ai perdu;

I un autre s'en pendrait, (^faisant le geste de montrer quel-

\ que chose qui ti'a nulle valeur. ) je m'en soucie comme de

cela.

20 Le Chevalier. Avec de pareils sentiments tu dois te faire adorer. Mais dis-moi un peu, qu'est-ce que c'est que cette femme-là?

Le Marquis. C'est une femme de qualité, une comtesse de province; car elle me l'a dit. 25 Le Chevalier. Eh ! quel temps as-tu pris pour faire cette conquête-là? Tu dors tout le jour, et bois toute la nuit ordinairement.

Le Marquis. Oh! non pas, non pas, s'il vous plaît; dans ce temps-ci, il y a des heures de bal: c'est là qu'on 30 trouve de bonnes occasions.

Le Chevalier. C'est-à-dire que c'est une connaissance de bal?

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