ACTE 1, SCENE I
qu’il vous fait tous les jours quelque présent considérable; je n’ay rien à dire à cela; mais ce que je ne puis souffrir, c’est que vous vous soyés coëffée d’un petit chevalier joueur qui va mettre à la réjouissance les dépouilles du traitant. Hé! que prétendés-vous faire de ce chevalier?
Le conserver pour ami. N’est-il pas permis d’avoir des amis ?
Marine.
Sans doute, et de certains amis encore dont on peut faire son pis-aller. Celui-ci, par exemple, vous pourriés fort bien l’épouser, en cas que M. Turcaret vînt à vous manquer; car il n’est pas de ces chevaliers qui sont consacrés au célibat, et obligés de courir au secours de Malte : c’est un chevalier de Paris; il fait ses caravanes dans les lansquenets.
‘ La Barone.
Ho ! je le crois un fort honnête homme.
Marine.
J’en juge tout autrement. Avec ses airs passionnés, son ton radouci, sa face minaudiere, je le crois un grand comédien ; et ce qui me confirme dans mon opinion, c’est que Frontin, son bon valet Frontin, ne m’en a pas dit le moindre mal.
La Barone.
Le préj ugé est admirable ! Et tu conclus de là. . . ?
Marine.
Que le maître et le valet sont deux fourbes qui s’entendent pour vous duper; et vous vous laissés surprendre à leurs artifices, quoiqu’il y ait déjà du temps que vous les connoissiés. Il est vray que, depuis vôtre veuvage, il a été le premier à vous offrir brusquement sa foy; et cette façon de sincérité l’a tellement établi chez vous, qu’il dispose de vôtre bourse comme de la sienne.
La Barone.
Il est vray que j’ay été sensible aux premiers soins du chevalier. J’aurois dû, je l’avoue, l’éprouver avant de lui découvrir mes sentimens ; et je conviendray de bonne foy que tu as peut-être raison de me reprocher tout ce que je fais pour lui.
Marine.
Assurément, et je ne cesseray point de vous tourmenter que vous ne l’ayés chassé de chez vous; car enfin, si cela continue, savez-vous ce qui en arrivera ?
La Barone.
Hé ! quoy ?
Marine.
Que M. Turcaret saura que vous voulés conserver le chevalier pour ami; et il ne croit pas, lui, qu’il soit permis d’avoir des amis. Il cessera