‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 7 sur 107 · ACTE 1, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE

de vous faire des présens, il ne vous épousera point ; et si vous êtes réduite à épouser le chevalier, ce sera un fort mauvais mariage pour l’un et pour l’autre.

Tes réflexions sont judicieuses, Marine; je veux songer à en profiter.

Mar'ine.

Vous ferés bien : il faut prévoir l’avenir. Envisagés dés à présent un établissement solide ; profités des prodigalités de M. Turcaret, en attendant qu’il vous épouse. S’il y manque, à la vérité on en parlera un peu dans le monde ; mais vous aurés, pour vous en dédommager, de bons effets, de l’argent comptant, des bijoux, de bons billets au porteur, des contrats de rente ; et vous trouverés alors quelque gentilhomme capricieux ou malaisé, qui réhabilitera vôtre réputation par un bon mariage.

La Barone.

Je cede à tes raisons. Marine ; je veux me détacher du chevalier, avec qui je sens bien que je me ruinerois à la fin.

Marine.

Vous commencés à entendre raison. C’est là le bon parti. Il faut s’attacher à M. Turcaret, pour l’épouser ou pour le ruiner. Vous tirerés du moins, des débris de sa fortune, de quoy vous

mettre en équipage, de quoy soutenir dans le monde une figure brillante; et, quoy que l’on puisse dire, vous lasserés les caquets, vous fatiguerés la médisance, et l’on s’accoutumera insensiblement à vous confondre avec les femmes de qualité.

La Barons.

Ma résolution est prise; je veux bannir de mon cœur le chevalier; c’en est fait, je ne prends plus de part à sa fortune, je ne répareray plus ses pertes, il ne recevra plus rien de moy.

Marine.

Son valet vient, faites-lui un accueil glacé : commencés par là ce grand ouvrage que vous médités.

La Barons.

Laisse-moy faire.

Page 1