ACTE 1, SCENE
de vous faire des présens, il ne vous épousera point ; et si vous êtes réduite à épouser le chevalier, ce sera un fort mauvais mariage pour l’un et pour l’autre.
Tes réflexions sont judicieuses, Marine; je veux songer à en profiter.
Mar'ine.
Vous ferés bien : il faut prévoir l’avenir. Envisagés dés à présent un établissement solide ; profités des prodigalités de M. Turcaret, en attendant qu’il vous épouse. S’il y manque, à la vérité on en parlera un peu dans le monde ; mais vous aurés, pour vous en dédommager, de bons effets, de l’argent comptant, des bijoux, de bons billets au porteur, des contrats de rente ; et vous trouverés alors quelque gentilhomme capricieux ou malaisé, qui réhabilitera vôtre réputation par un bon mariage.
La Barone.
Je cede à tes raisons. Marine ; je veux me détacher du chevalier, avec qui je sens bien que je me ruinerois à la fin.
Marine.
Vous commencés à entendre raison. C’est là le bon parti. Il faut s’attacher à M. Turcaret, pour l’épouser ou pour le ruiner. Vous tirerés du moins, des débris de sa fortune, de quoy vous
mettre en équipage, de quoy soutenir dans le monde une figure brillante; et, quoy que l’on puisse dire, vous lasserés les caquets, vous fatiguerés la médisance, et l’on s’accoutumera insensiblement à vous confondre avec les femmes de qualité.
La Barons.
Ma résolution est prise; je veux bannir de mon cœur le chevalier; c’en est fait, je ne prends plus de part à sa fortune, je ne répareray plus ses pertes, il ne recevra plus rien de moy.
Marine.
Son valet vient, faites-lui un accueil glacé : commencés par là ce grand ouvrage que vous médités.
La Barons.
Laisse-moy faire.