‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 10 sur 163 · I.Xi · texte numérisé non relu

I.Xi

INTRODUCTION

« rité ? — Oui, c’est vrai. » Alors l’orateur entre dans le cœur de la question. Il gradue avec habileté ses assenions, s’interrompt chaque fois pour se faire donner de nouveaux certificats de véracité. Quelquefois il est arrêté par une explosion de dénégations ; alors il se retourne vers le juge et l’adjure de faire respecter l’amour de la vérité en sa personne. Gomme les Monténégrins prisent fort le renom d’homme juste et éloquent, il est rare que l’orateur se soit aventuré hors des faits et des suppositions probables. Il a donc captivé l’assistance, et le juge impose silence . aux contradicteurs. »

Le Monténégro ne possède point d’armée régulièrement organiste. Tout habitant, de dix-sept à cinquante ans, est soldat et doit ses services au premier appel du prince, sans toucher jamais de solde. Aussi le souverain, en cas de guerre, se borne-t-il à faire annoncer dans tout le pays que tant d’hommes doivent se réunir à un tel jour, dans un endroit déterminé, pour une expédition dont il indique la durée, apportant avec eux les vivres nécessaires pour cet espace de temps. Chaque nahia est placée sous les ordres d’un voïvode qui prend le commandement de ses contingents à la guerre. Les plèmes ou tribus forment des corps séparés sous la conduite de capitaines (< capetan ), au-dessous desquels sont placés des centurions ( stotinatch ) et des décurions ( decetchar ). Chaque décurion a cinq maisons sous son autorité

INTRODUCTION

directe et chaque centurion cinquante maisons, car on compte deux combattants actifs par maison. Ces chefs militaires sont presque tous en même temps juges et magistrats civils. H y a une bannière particulière pour chaque tribu; quant à l’étendard commun de la nation tsernogortse, il offre les trois couleurs du drapeau français, disposées seulement en bandes horizontales. Les Monténégrins disent que ces trois couleurs représentent symboliquement les trois vertus théologales : le bleu la Foi, le blanc l’Espérance et le rouge la Charité. Les armoiries du Monténégro sont l’aigle à deux tètes des empereurs de Byzance.

II y a cependant dans le Tsernogore deux corps de troupes permanents et soldés. Le premier est celui des perianiks ou guerriers à plumets, compagnie d’élite formée de cent jeunes gens choisis parmi les plus braves de chaque tribu, lesquels servent de gardes du corps au prince. Le second est la gendarmerie indigène, créée par le vladika Pierre II sous le nom italien de guardia. Elle se composait d’abord de 420 cavaliers ou pandours bien armés qui parcourent constamment le pays, chargés de maintenir l’ordre et de poursuivre les malfaiteurs pour les livrer à la justice. Aujourd’hui le chiffre des hommes qui composent cette garde est assez grand pour que l’on puisse la considérer comme un noyau d’armée permanente. Elle forme deux corps commandés, l’un par le président du sénat, l’autre par le vice-président.

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