‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 106 sur 163 · Tirol, Kazioanié, p · texte numérisé non relu

Tirol, Kazioanié, p

ET KAIU-MAHMOUD DE SCUTAR1. 229

frère, le nouvel Empereur, Léopold, accorda-t-il un armistice, puis des préliminaires de paix. Enfin, le 4 août 1791, la Porte, étonnée elle-même d’une si favorable conclusion terminant une guerre désastreuse, signa avec l’Empire le fameux traité de Sistova, par lequel l’Autriche rendait toutes ses conquêtes et conservait seulement Choczim jusqu’à ce que la paix fût rétablie entre le Grand-Seigneur et la Russie.

Pressés avant tout d’arriver à une solution pacifique et désireux d’éviter toutes les difficultés qui auraient pu retarder cette solution, les négociateurs impériaux oublièrent l’engagement solennellement pris, en 1778, de ne signer de paix qu’en faisant participer le gouvernement monténégrin au traité, et crurent s’être acquittés des devoirs que l’alliance imposait à l’Autriche envers ce petit état, en introduisant la mention de son nom dans l’article 1er du traité de Sistova :

* Il y aura désormais une paix perpétuelle et universelle, par terre, sur mer et sur les rivières, entre les deux Empires, leurs sujets et vassaux, une amitié vraie et sincère, une union parfaite et étroite, une abolition et amnistie pleine et générale de toutes les hostilités, violences et injures commises dans le cours de cette guerre, par les deux Puissances, ou par les sujets et vassaux de l’une, qui ont suivi le parti de l'autre ; et spécialement les habitants de toute condition du Monténègre, de la Bosnie, la Servie, la Valaohie et la Moldavie, qui, en vertu de cette amnistie, pourront tous rentrer dans leurs anciennes demeures, possessions et droits quelconques, et en jouir paisiblement, sans être

PIERRE 1er

jamais inquiétés, molestés ni punis pour s’être déclarés contre leur propre Souverain, ou pour avoir prêté hommage à la Cour Impériale et Royale1. »

Cet article a une grande importance historique et diplomatique. C’est le seul titre que la Turquie ait jamais été en état d’invoquer pour appuyer ses prétentions à exercer un droit de suzeraineté sur le Tsernogore. Aussi, dans toutes les occasions, l’a -t- elle mis en avant.

Quelle est cependant la valeur de cet article de traité? A quel titre pourrait-il démentir l’histoire, qui atteste l’indépendance absolue des Monténégrins, et les nombreux actes internationaux qui confirment solennellement cette indépendance? Jamais cas plus positif ne commanda d’appliquer le principe fondamental de droit naturel : Res inter alios acta aliis neque nocere neque prodesse potest. En vertu de quel droit l’Autriche stipulait-elle au nom des Monténégrins, après s’être formellement engagée à une seule chose, à les faire introduire comme partie contractante dans les conventions quelle signerait avec la Porte? En vertu de quelle autorité proclamait-elle sujet du Sultan ce peuple que, douze ans auparavant, elle avait reconnu comme pleinement indépendant? Le vladika Pierre et son peuple n’avaient donné aucun pouvoir aux négociateurs impériaux ; l'article en question n’a jamais été ratifié par eux; en conséquence, le traité de Sistova, quelles qu’en soient les expressions,

t. Marten*, Recueil de traités, t. V, p. 20.

ne saurait porter atteinte à leurs droits. D’ailleurs, les Tsernogortses ne se trouvaient en aucune façon dans les conditions indiquées par l’article 1er du traité entre l’Autriche et la Porte. Ils ne s’étaient pas déclarés contre leur propre Souverain , puisqu’ils n’étaient ni sujets ni vassaux du Padischah, et ils n’avaient pas non plus, le lecteur vient de le voir, prêté hommage à la Cour Impériale et Royale. Si, dans les Conférences de Paris, en 1856, il avait pris fantaisie aux grandes Puissances de stipuler une amnistie pour les citoyens de la Grèce et les autres sujets révoltés de la Porte , qui oserait soutenir qu’une semblable stipulation contiendrait, en opposition avec le traité de Londres, un titre sérieux contre l’indépendance complète du Royaume Hellénique et un droit de suzeraineté sur ce pays en faveur du gouvernement ottoman? Le cas du traité de Sistova est identique par rapport au Monténégro, et ce traité n’a pas plus de valeur que n’en aurait l’acte dont nous avons hypothétiquement imaginé l’existence pour rendre notre raisonnement plus frappant.

Les dangers de la Turquie avaient été diminués et non détruits par la paix faite avec l’Empereur. La Russie continuait la guerre avec ses seules forces, mais avec un acharnement toujours croissant et avec un succès redoutable. Quatre jours après la signature du traité de Sistova, la paix conclue avec la Suède à Yerulœ permettait à Catherine de concentrer toutes ses armées sur le Danube, et le 22 décembre de la même année, Ismaïl, menacée depuis longtemps, était emportée d’assaut par Souvaroff. Un massacre de trois jours

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