Tirol, Kazivanié, p. 15fi et suit
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Iherine « de continuer une guerre qui empêchait les Puissances européennes de s’occuper des affaires de l’Occident. » Bien qu’à regret, car elle se voyait déjà prête à ceindre la couronne de Byzance, l’Impératrice avait cédé à ces instances et consenti à négocier. Après plusieurs mois de pourparlers préliminaires, des conférences s’ouvrirent à Galatz au mois d’août 1791. Le résultat en fut un traité, signé à Yassi, le 9 janvier 1792, par lequel la Russie obtint définitivement la Crimée, une partie du Rouban, où elle devait bientôt créer Odessa, la Bessarabie et la place d’Otchakof. Le Dniester fut reconnu pour limite des deux empires, et l’on stipula une indemnité de 12 millions de piastres espagnoles en faveur de la Tsarine. Quant aux Monténégrins, leur nom ne fut môme pas prononcé. Ce silence, d’ailleurs, valait encore mieux pour eux qu’une mention pareille à celle qui avait été faite au traité de Sistova.
Voilà donc encore une fois la peuplade héroïque dont nous retraçons l’histoire abandonnée de ses alliés et demeurée seule en face du vaste empire contre lequel elle avait entrepris une lutte si prodigieusement inégale pour la foi et pour la liberté. Pas plus alors qu’à aucune autre époque les Monténégrins ne fléchirent. Envisageant avec calme leur situation et toutes ses conséquences possibles, ils résolurent de maintenir haut et ferme le drapeau de l’indépendance, et de ne pas céder, quoi qu’il advint.
Une année de repos leur permit de se préparer à soutenir seuls la guerre, car la Turquie, craignant de sou-
lever un incident qui entravât la marche de ses négociations avec les Russes, s’abstint de les attaquer tant que durèrent ces négociations. Mais une fois le traité signé, Kara-Mahmoud, qui n’avait déposé ni sa haine, ni ses prétentions ambitieuses, entreprit de renouveler l’expédition qui l’avait une fois déjà conduit jusqu’à Tsettinié. Au printemps de 1792, il dirigea une armée contre le Tsernogore. Son projet était de réduire à l’obéissance le district de Biélopavlitj, qui avait reconnu l’autorité du vladika pendant la dernière guerre. Mais le succès qu’il avait obtenu sept ans auparavant avait exalté son orgueil outre mesure; il croyait facile de vaincre les Monténégrins réduits à eux-mêmes, et dans cette confiance le vizir de Scutari n’envoya que des forces peu considérables pour les combattre. Les montagnards chrétiens s’étaient retranchés d’une manière très-forte à l’entrée du pays, en réunissant par un fossé profond les deux cours d’eau de la Zêta et de la Souschitsa, et arrêtèrent sur ce point la première colonne ottomane, forte de 6,000 hommes et commandée par l’aga de Spouje. Quant à la seconde colonne, composée exclusivement d’ Albanais Guègues que commandaient GionaMarko, chef des Mirdites, et Hassan, beg des Hotti, elle se dirigea par le village de Tchourilats, qu’elle emporta d’assaut et où elle fit de nombreux prisonniers. Mais pendant que les Albanais, après ce succès, s’étaient dispersés pour piller, un nouveau corps de Monténégrins survint à l’improviste ; tomber sur les Arnautes épars dans le village, en tuer un bon nombre et ramener le reste en pleine déroute jusque
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sous les murs de Spouje, fut l’affaire d’un moment
Repoussé du pays de Biélopavlitj, Kara-Mahmoud voulut tenter la fortune dans le Piperi, qui s’était soulevé de la même manière. Après quelques semaines de repos, son armée entra dans le pays, brûla Stiéna et attaqua Tsernetsa. Ce dernier village était déjà presque tout entier emporté, après une lutte acharnée, et le serdar Ilia Raschevitj, retranché dans les dernières maisons, voyant ses munitions épuisées, allait être obligé de se rendre, quand deux autres capitaines du môme district accoururent avec leurs hommes au bruit de la fusillade. Les Monténégrins reprirent l’offensive, et attaquant les Ottomans de plusieurs côtés à la fois, les forcèrent à battre en retraite, après avoir perdu 300 morts et 2 prisonniers, qui furent échangés contre les bestiaux enlevés par l’armée du vizir à son entrée dans le Pipéri2.
Furieux de cet échec, l’orgueilleux dominateur de Scutari jura de se venger. Mais il savait patienter pour rendre son entreprise plus sûre. Ne voulant pas s’exposer à une nouvelle défaite, il attendit une occasion plus favorable et s’occupa de rassembler dans le silence le plus grand nombre de forces possible.
Le Tsernogore dut à cette nouvelle attitude de Kara- Mahmoud quatre années de paix absolue du côté de l'Albanie. Du côté de l’ Herzégovine, il n’en était pas de même, car la présence des réfugiés de Trébiès et des
J. Ogledalo srbsko, p. 193.