‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 117 sur 163 · Andritj, p. 73. — vaUlik, p · texte numérisé non relu

Andritj, p. 73. — vaUlik, p

un moment où ils laissaient en paix les provinces turques. On était alors au milieu des graves embarras causés par la révolte de Pasvan-Oglou, qui avait usurpé le pachalik de Viddin, puis, après avoir battu les troupes envoyées pour le soumettre et s’être mis en rapports étroits avec l’hétérie grecque organisée par Rhigas, menaçait de se former un état indépendant sur les rives du Danube. 11 était à craindre que le vladika du Tsernogore, offensé par le nouveau projet de réduire son pays en esclavage, ne s’entendit avec Pasvan-Oglou et ne combinât, d’accord avec lui, une attaque sur l'Herzegovine ou sur l’Albanie, attaque qui aurait eu des chances sérieuses de réussite, les milices musulmanes de ces deux provinces ayant été toutes portées devant Viddin.

La Porte s’étaitainsi jetée de gaieté de cœur dans un danger très-menaçant. Les conseillers du Sultan Sélim ne virent qu’un moyen d’y échapper, et, la rage dans le cœur, se résolurent à un acte que l’orgueil musulman avait toujours refusé d’accomplir. Pour calmer la colère qu’ils craignaient de voir naître dans le cœur de Pierre Petrovitj et doses sujets, ils rendirent un firman solennel dont le texte terminera nos récits. Ce firman constitue, en effet, comme le corollaire des luttes héroïques que les Monténégrins soutenaient depuis quatre siècles contre la puissance ottomane. C’est la véritable Magna Charta de l’indépendance du Tsernogore. Du domaine des faits toujours contestés par de nouvelles luttes, cet acte, que les historiens turcs ont tous soigneusement passé sous silence mais dont une des ex-

i*8 PIERRE I« ET K ARA-MAHMOUD DE SCUTARI.

péditions originales a été heureusement conservée dans les archives de Tsettinié, a fait passer pour la première fois la liberté des Slaves de la montagne dans le domaine du droit public fixé par les traités. 11 suffit à lui seul pour démentir l’article si souvent invoqué de la paix de Sistova, et en le lisant on ne saurait comprendre comment les prétentions de la Turquie ont pu trouver un seul instant crédit auprès de quelques chancelleries européennes, même auprès de celles qui sont le plus constamment portées à donner leur appui aux musulmans toujours et en toute circonstance.

« Nous, Sultan Sélim-Emir-Khan, régnant du ciel à la terre, de l’orient à l’occident, Empereur de tous les Empereurs, donnons à la connaissance de nos vizirs, pachas et cadis en Bosnie, Herzégovine, Albanie et Macédoine, qui sont les provinces voisines du Monténégro, que les monténégrins n’ont JAMAIS ÉTÉ SUJETS DE NOTRE SUBLIME PORTE, afin qu’ÜS

soient bien accueillis à nos frontières, et nous espérons qu’ils agiront de la même manière envers nos sujets. »

Nous ne raconterons pas l’histoire du Monténégro depuis le commencement de ce siècle. Les démêlés de la batailleuse peuplade slave avec les Français, maîtres de la Dalmatiesous le règne de Napoléon, les combats en petit nombre qui furent livrés contre les Turcs depuis 1799 jusqu’en 1853, les réformes politiques et administratives du vladika Pierre II et du prince Daniel, sont choses parfaitement connues de toute la portion du public qui s’intéresse aux questions orientales. Les annales de cette période ont été trop bien racontées en Allemagne par M. Andritj *, en Angleterre par sir Gardner Wilkinson1 2, en France par M. Cyprien Robert3, M. Marmier4 et surtout par le regrettable M. Delarue 5,

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