‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 119 sur 163 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

RAISONS ALLÉGUÉES PAR L’HISTORIEN PAITJ POUR EXCUSER L’USAGE DE COUPER LES TÊTES DES TURCS SCR LE CHAMP DE BATAILLE.

1° La nécessité que nous appelons la guerre, et qui amène tant de déplorables collisions, justifie mainte chose que la morale et l'humanité réprouvent,

2° S’il est donc permis de tuer des hommes dans le combat, l’usage de couper les têtes des morts n’est qu’un accessoire, une habitude de guerre barbare qui n’y change rien.

3° Cet usage devient même un bienfait, s’il met promptement un terme aux souffrances du musulman blessé. On doit se souvenir que les Turcs enterrent souvent encore vivants ceux qui sont gravement malades ou blessés. La médecine et la chirurgie ne sont guère admises par eux. Ce serait aux yeux de leur fatalisme un outrage fait aux arrêts sacrés de la destinée.

4° Le musulman croit que chaque tête de chrétien coupée est un degré de plus qui mène au paradis. II est bien possible que l’opinion inverse se soit établie auprès de leurs voisins incultes à l’égard de l’efficacité des têtes de Turcs coupées pour ouvrir les portes du paradis. Du moins, cette croyance peut excuser des hommes sans instruction.

5° On ne saurait faire un trop grand reproche aux Monténégrins d’avoir conservé un usage que les Fiançais ont laissé pratiquer et même encouragé de la part de leurs troupes indigènes en Algérie.

D’autres raisons encore ont décidé le gouvernement du Tsernogore à ne pas abolir cette coutume :

1° Cette abolition ouvrirait aux Ottomans une vaste carrière de méfaits et de cruautés sans vengeance.

2° L’usage de rapporter les têtes des ennemis morts excite une émulation de courage parmi les montagnards. Celui qui s’est bravement comporté sur le champ de bataille rapporte ainsi un trophée matériel qui atteste sa valeur. En présence des attaques continuelles auxquelles est exposé le Tsernogore, il faut entretenir l’ardeur belliqueuse des habitants par tous les moyens. La nécessité justifie ce qu’ils ont de cruel.

Le seul désavantage qui résulte de cette habitude est que les combattants monténégrins, dèsqu’ils voient le succès se décider en leur faveur, s’isolent pour conquérir des têtes de Turcs et oublient le véritable but de leurs efforts. Ils ont perdu de cette manière plus d’une bataille qui semblait d’abord gagnée en leur faveur.

Paitj et Scherb, p. 135.

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