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tanlinople, basées sur l'engagement pris par la Turquie à diverses reprises de ne rien changer au statu quo dans la Montagne. Et en effet, le 9 avril précédent, au moment d ouvrir la campagne, le gouvernement ottoman avait déclaré dans une dépêche adressée aux différents cabinets qu’il n’avait d’autre but que d’empêcher le Monténégro de prêter assistance aux populations soulevées de l’Herzegovine, et que la lutte, quelle qu’en fût l’issue, ne changerait rien à l’état territorial et administratif de la principauté. L’Autriche s’associa, quoique tardivement, aux démarches de la France. Seule, l’Angleterre essaya de justifier la conduite de la 'Porte, sans oser toutefois se mettre en opposition déclarée avec les autres Puissances. « Quant aux conditions particulières exi- « gées par la Turquie, écrivait lord Russell à M. Lum- « leydansune dépêche en date du 30 septembre 1862, « le gouvernement de Sa Majesté ne prétend ni les « justifier ni les condamner. Il appartient à la Porte « de déclarer quelles sont les garanties nécessaires à « sa tranquillité à venir. Si le prince de Monténégro « était un vassal, le Sultan avait le droit de le réduire « à l’obéissance et de lui imposer telles conditions « qui pussent assurer cette obéissance dans l’avenir;
« si, au contraire, il était un prince indépendant, le « Sultan avait le droit de lui imposer telles conditions « de paix qui pussent prévenir le renouvellement « d une agression de sa part. »
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Enfin, le prince Nicolas ayant consenti à faire, en février 1863, une démarche personnelle auprès du Sultan, la Turquie, qui ne cherchait qu’un prétexte honorable pour battre enretraite, renonça auxblockhaus, et la convention de Scutari resta, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, à l’état de lettre morte. Le seul blockhaus construit sur le territoire monténégrin fut môme démoli dans le mois de juin 1864.
On le voit, en douze ans, la question du Monténégro n’a pas fait un seul pas sur le terrain diplomatique. La situation politique du Tsemogore et ses rapports avec la Porte-Ottomane, tels qu’ils découlent des dernières conventions, constituent un état essentiellement mobile et transitoire, puisqu’il ne se fonde ni sur le consentement mutuel des parties, ni sur l’entente préalable des Puissances à qui le traité de Paris confère un droit d’ingérence permanent dans les affaires de l’Orient. Au lieu d’actes internationaux souscrits par les gouvernements de l’amphictyonie européenne, et les obligeant tous collectivement et au môme titre, nous n’avons, lorsqu’il s’agit de savoir ce qu’est en réalité le Monténégro dans le droit public, rien que des appréciations, des vues individuelles aussi variables que les circonstances et les intérêts qui les ont fait naître, ce qui complique encore la difficulté au lieu de l’aplanir. C’est donc toujours le droit du plus fort qui décide entre le Tsernogore et la Turquie, et chaque jour peut voir l’une
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ou l’autre de ces deux Puissances reprendre les armes, si l’occasion lui semble favorable, celle-ci pour imposer sa suzeraineté, celle-là pour faire reconnaître son indépendance; l’une pour refouler de dangereux voisins dans leurs montagnes, l’autre pour ressaisir les territoires qu’elle a perdus.
Ainsi les tergiversations de la diplomatie, le soin qu’elle a toujours eu depuis le traité de Paris d’écarter la question de l’indépendance monténégrine en la laissant en suspens, n’ont d’autre résultat que de maintenir sur ce point un foyer permanent d’agitations, un péril continuel pour la paix de l’Europe, une source de conflits que le caprice d’un capitaine d’Ouscoques ou d’un chef de bachi-bouzouks turcs peut à tout instant faire naître, et dont on ne saurait calculer d’avance les suites. Le réglement définitif de cette question est donc un véritable intérêt européen, et un intérêt urgent; une diplomatie prévoyante ne saurait accepter qu’il demeure dans un état d’éternelle incertitude.
Mais dans une question de ce genre, en l’absence d’un acte international collectif et de date récente, c’est l’histoire qui peut seule donner la solution; c’est elle qui peut seule fournir aux négociateurs futurs les éléments de leur sentence. C’est à elle que nous nous sommes adressé pour obtenir une réponse. Nous avons donc étudié avec un soin scrupuleux et une persévérance de plusieurs années, avec l’expé-
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rience qu’a pu nous donner la pratique assidue des recherches pour reconstituer le passé, l’histoire du Monténégro, en recourant à ses sources originales et surtout aux documents nombreux que renferment les archives de Vienne et de Tsettinié. De cette étude, entreprise avec une complète impartialité, est ressortie pour nous la conviction que l’indépendance absolue du Tsernogore ne saurait être mise sérieusement en doute. Elle existe en fait depuis près de deux cents ans, durant lesquels la prescription n’a pas été interrompue un seul instant. En droit diplomatique elle n’est pas moins incontestable. Elle a été reconnue séparément par toutes les Puissances chrétiennes, par Venise, par l’Autriche, par la Russie, par l’Angleterre, par la France, qui toutes, à des époques diverses, ont traité avec le Monténégro comme avec un état en pleine possession de sa souveraineté et de son indépendance ; elle a même, à plusieurs reprises, été reconnue par la Turquie dans les termes les plus formels. En 1799, le Sultan Sélim proclamait dans un firman spécial « que les Monténégrins n’ont ja- « mais été sujets de la Sublime-Porte; » en 1838 et 1842, des traités ont été conclus entre la Turquie et « l’indépendante Puissance du Monténégro. » Le jour donc où les cabinets signataires du traité de Paris se décideront à proclamer dans un acte collectif la pleine indépendance des Slaves de la Montagne-Noire, ils ne feront que donner la garantie
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de leur concert au fait et au droit que chacun d’eux a reconnu dans la sphère de son action individuelle.
Mais, en nous livrant h ces recherches d’une nature toute diplomatique, nous avons rencontré une histoire presque inconnue, qui constitue certainement un des plus nobles épisodes des guerres chrétiennes contre l’islamisme, un de ces spectacles qui élèvent l’âme et où tous les peuples peuvent puiser de salutaires enseignements. Les annales du Tsemogore se sont offertes à nous comme une épopée de plusieurs siècles où brillent des traits d’un héroïsme prodigieux, bien dignes des belles poésies qu’ils ont inspirées à la muse populaire des Montagnards. Notre admiration ainsi excitée, nous n’avons pu résister au désir de la faire partager au public, et nous avons cru qu’il y avait matière à un livre intéressant dans le tableau des efforts par lesquels les Monténégrins ont su fonder et maintenir leur liberté. Les limites de ce tableau nous ont paru naturellement tracées entre la première apparition des Turcs dans le voisinage de la Montagne-Noire et la date du firman par lequel Sélim reconnut enfin, après plus de trois cents ans de luttes, que les Monténégrins n’étaient pas ses sujets.
Nous avons donc écrit à la fois « pour raconter et « pour prouver, » ad narrandum et ad probandum. Notre but aura été atteint si nous sommes parvenu à
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intéresser le lecteur à nos récits et à faire passer dans son esprit la conviction que nous a inspirée l’étude des documents relatifs à l’histoire du Tsernogore.