‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 152 sur 163 · PROCLAMATION DE CATHERINE II AUX CHRÉTIENS ORIENTAUX · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE CATHERINE II AUX CHRÉTIENS ORIENTAUX

Nous, Catherine II, par la grâce de Dieu, Impératrice et Autocrate de toutes les Russies, etc., etc.

Aux vénérables métropolites, archevêques, évêques et autres autorités ecclésiastiques, aux nobles et vaillants princes, voïvodes, serdars, arambachis, commandants, armatoles et autres chefs mililaires et civils, ainsi qu’à toutes les communautés chrétiennes, Nos coreligionnaires de la confession vénérable et sainte de l'Orient, des peuples grecs et slaves.-^vous tous et à chacun selon la mesure de ses fonctions et de son état, Nous souhaitons renommée, bonheur et tous les biens, et annonçons, par le présent oukaze impérial, Notre grâce suprême et Notre bienveillance.

Par les événements du passé et du présent, le monde entier sait, comme Nous, avec quel zèle et quelle virilité les peuples orthodoxes grecs et slaves, ont défendu jusqu’ici et défendent encore la vraie foi et la vieille liberté qu’ils ont héritée de leurs ancêtres. On sait aussi quel déshonneur, quelles violences et quelles tortures les cruels Musulmans vous imposent dans leur haine du Christianisme. Il ne se passe pas un jour qu’on ne répande le sang des chrétiens,

Nos frères et Nos concitoyens, par haine de leur religion, et qu’on ne dévaste quelque temple du Christ, Notre Sauveur. Votre misère lamentable touche Notre cœur, qui est humain et plein d’un amour chaleureux pour la vraie foi, et le remplit de terreur. En raison de motifs agréables à Dieu, Nous désirons détourner de vous ces malheurs, tendre une fois pour toutes, à vous, peuples grecs et slaves, la main puissante du secours, et employer toutes les forces et tous les moyens que Nous a donnés la Providence pour vous arracher à une lourde misère et à une oppression barbare.

Nous Nous trouvons en guerre ouverte avec la Porte Ottomane. Elle a commencé la guerre en violant ses serments et en brisant des traités de paix sacrés et éternels, parce que, dans la Pologne, Notre voisine et Notre parente par la langue, Nous avons cherché à rendre aux habitants orthodoxes des droits et des privilèges basés sur des lois et des traités, et à les faire jouir, comme les papistes, de l’égalité dont la violence les a longtemps privés. Cette sollicitude juste et légitime pour l’Église chrétienne, la Porte la nomme une oppression de la liberté des personnes dont il s’agit, et regarde comme un empiétement l’introduction de l égalité légale chez ses propres sujets.

Une armée vaillante, bien organisée, richement équipée et habituée à la victoire, s’est concentrée près de la frontière turque, et quand vous recevrez la présente proclamation impériale, cette armée se sera déjà avancée contre. Notre ennemi commun.

Le droit est de Notre côté; la sainte Église et la religion sont les protectrices de Nos armes ; Nous espérons donc fermement que Celui qui régit la paix et la guerre Nous donnera sa bénédiction, de même que toutes Nos entreprises ont été couronnées d’un succès glorieux, entreprises qui répandent partout son honneur et sa gloire. Peuples orthodoxes, grecs et slaves I relevez, pour vous et vos descendants, l’Église tombée du Christ, asseyez-la sur des bases solides et rrettez-la hors de danger ; sauvez les restes de l’antique et

précieuse liberté ; élevez l’Église au suprême degré ; grandissez-la, comme il convient à d'anciens guerriers appartenir! à la meilleure partie du monde ancien dont vous êtes les descendants, et auquel vous ressemblez par la langue et la bravoure. Maintenant, vous avez une occasion propice, — que vous n’aurez peut-être plus jamais, si vous n’en profitez pas aujourd'hui, — de maintenir dans vos demeures votre aisance et votre sûreté, par la force des armes. Le succès est dans vos mains et ne dépend que de vous-mêmes! Invoquez, pleins de foi et de confiance, l’assistance divine; prêtez le serment de l’égalité complète des idées, unissez-vous et attaquez de toutes vos forces Notre ennemi commun ; étendez même vos entreprises jusqu’à Constantinople, ancienne résidence des Empereurs grecs, lieu célèbre par ses saints, qui élèvent leurs voix et crient : « Chassez d’ici les restes des païens, renouvelez l’orthodoxie à laquelle cette ville est consacrée. » Cette gloire n’est due qu’à vous, le Très-Haut sera lui-même votre guide invisible et vous conduira à la victoire. Outre que le nombre des chrétiens du continent et des îles de l’archipel est incomparablement plus grand que celui des incrédules, et que, sans doute, ils ne manqueront pas de se joindre à vous pour la lutte, Nous vous promettons, selon Notre devoir, appui et secours; Nous vous donnerons un général notable, expérimenté et intrépide, ayant sous lui plusieurs chefs subalternes, et qui se distingue par sa foi en Dieu et les services qu’il rend à l'Église orthodoxe.

Nous vous promettons solennellement de vous reconnaître dorénavant comme des amis fidèles et sincères de Notre Empire, si, dans la guerre actuelle, vous embrassez Notre parti, pour votre propre avantage, pour votre propre liberté et pour le bien général de la chrétienté. En outre, à la suite d’un semblable concours, lorsque Nous ferons la paix, Nous ne vous laisserons pas exclus du traité, et Nous vous y ferons obtenir des garanties suffisantes, ainsi que la plus pleine liberté de votre foi .

L’autorité de Notre parole impériale est le garant de ces

promesses pour tous les peuples orthodoxes grecs et slaves. Elle n’aura, en aucun temps, ni exception, ni double sens.

Pour accréditer tout ce qui est écrit dans ce manifeste, Nous avons ordonné d’y apposer le sceau impérial.

Donné en Notre capitale, à Saint-Pétersbourg, le 29 janvier de l’an 1769 après la naissance du Christ, la septième année de Notre règne.

Par oukaze très-gracieux de Sa Majesté Impériale.

Comte N. Panin,

Prince Alexandre Galitzin.

(Archives de Tsettiniè.)

OONDITIONS STIPULÉES EN 1778 POUR L’ALLIANCE ENTRE LES MONTÉNÉGRINS ET LA COUR DE VIENNE.

Article i*r. — Quiconque est ennemi de la Cour Impériale, sera considéré comme ennemi du Monténégro.

Art. 2. — Le peuple du Monténégro demeurera dans sa pleine indépendance, il établira ses tribunaux et nommera ses employés lui-môme.

Art. 3. — Les Monténégrins ne payeront jamais d’impôts à la Cour Impériale.

Art. 4. — Si le territoire serbe vient à être délivré des Turcs, la Zêta supérieure et inférieure et les trois forteresses de Podgoritsa, de Spouje et de Jabliak, ainsi que tout le territoire jusqu’à l’embouchure de la Boïana, resteront aux Monténégrins; le Pipéri, laBerda et l’IIerzegovine seront aussi réunies au Monténégro.

Art. 5. — Les Monténégrins jouiront dans leur République de toute indépendance et toute liberté, et pourront librement accueillir leurs frères les Serbes dans leur pays.

Art. 6. — Les Monténégrins battront monnaie avec l’aide de l’Autriche, au nom de leur propre État.

Art. 7. — Le gouverneur, le métropolite, les serdars, les voïvodes et les kuèzes recevront des pensions fixes de la Cour d’Autriche.

Art. 8. — Les Monténégrins maintiendront, aux frais de la Cour Impériale, un corps d’armée permanent de 300 hommes, qui empêchera le peuple d’attaquer les Turcs durant la paix faite avec eux.

Art. 9. — "Aussitôt que la Cour d’Autriche sera en guerre avec la Porte Ottomane, Sa Majesté Impériale enverra aux Monténégrins de la poudre, du plomb et des armes, afin qu’ils puissent seconder l’Autriche.

Art. 10. — Si l’Autriche fait la paix avec la Porte, elle fera participer les Monténégrins au traité.

Art. H. — Si l’Autriche fait la guerre à d'autres États, elle enverra dans le Monténégro un commissaire qui lèvera ce que le pays pourra fournir de troupes. Tous les officiers, sans exception, du corps ainsi levé, devront être Monténégrins et soldés par l’Empereur. Cette troupe ne sera pas incorporée dans l’armée impériale et combattra suivant ses usages.

Page 1