‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 41 sur 163 · LES MAR AMONT-TSE R NOIE VIT J · texte numérisé non relu

LES MAR AMONT-TSE R NOIE VIT J

que les serviteurs donnent leurs soins au coursier.

« Cependant Maxime s’empresse autour de son père ; il place près lui un siège d’argent, et l’invite à s’y reposer, tandis que lui-même détachera les chaussures du héros. Ivan s’assied après avoir cherché son fils du regard, et il contemple en silence le visage du jeune homme... A cette vue son cœur se serre. Depuis trois années il n’avait pas vu sa demeure, et pendant son absence un fléau terrible avait visité Jabliak et atteint Maxime. Le teint naguère si frais du jeune homme s’est fané, des cicatrices profondes sillonnent ses joues et son front ; ce n’est plus le beau Maxime ; entre mille jeunes gens aucun n’aurait pu lui être comparé pour la laideur. »

Ivan se désespère et son épouse lui reproche l’imprudence de sa promesse : « Seigneur, lui dit-elle, « c’est Dieu qui t’a châtié ; l’orgueil t’a poussé à entre- « prendre au delà des mers un voyage de quarante « jours et qui t’a retenu trois années loin de ta de- « meure. Ce n’est pas sans peine que tu devais obtenir « la fiancée. Cependant, tu pouvais trouver dans tes « états, à Antivari ou à Dulcigno, à Bielopavlitj. dans ■ le Tsernogore, dans le pays montagneux des Koutchi « etdesBratonojitj, dans la ville de Podgoritsa aux de- « meures élégantes, ou enfin dans ta propre résidence, « dans Jabliak ou son territoire, une épouse convenable « pour ton fils, et t’assurer ainsi une alliance hono* * rable. C’est l’orgueil qui t’a poussé au delà des « mers. »

Le prince désolé ne veut plus entendre parler de

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l'objet de son lointain voyage, et, craignant sa colère, personne n’ose plus ouvrir la bouche à ce sujet devant lui.

• Une année s’écoule ; une seconde lui succède, jusqu’à ce que le cercle des saisons se soit renouvelé neuf fois i. La dixième année s’ouvrait lorsqu’un navire aborde à la côte; il apportait un message du Doge, de cette famille dont les liens ont vieilli avant de se former. La lettre tombe sur les genoux d’Ivan ; elle était ainsi conçue : « Ami Ivan Tsernoïevitj , lorsque tu « enclos de haies une prairie, il faut que tu la fauches

* ou que tu l'abandonnes à un autre, afin que son < herbe fleurie ne périsse pas sous la neige. Lorsqu’on

* a obtenu la main d’une jeune fille, il faut la venir « chercher ou lui rendre sa liberté pour qu’elle puisse « contracter une autre union. Ivan, tu m’as demandé « ma fille, et tu l’as obtenue de ma confiance ; nous « avons réglé les conditions et les apprêts des noces ; « tu avais promis que l’année suivante, après la récolte ■ de tes champs et de tes vignobles, tu reviendrais la « prendre avec mille guerriers. Mais neuf années se sont

* écoulées, et il n’est question ni de toi ni de tes con-

* vives, llàte-toi d’écrire à ma fille bien-aimée, à celle « que tu as nommée ta bru, pour qu'elle puisse dégager

1. C'est là ce que porte le texte le plus répandu Le chiffre de neuf années est évidemment trop exagéré. L'autre version, que nous avons déjà citée, se borne à dire : « La saison des vendanges se passe, puis une autre, et une autre encore. » Historiquement, ceci doit être plus exact; et le voyage d’Ivan le Noir à Venise ayant eu lieu en 1483, les fêtes du mariage ont probablement été célébrées en 1483 ou 1486.

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« sa foi et choisir un noble époux parmi ses égaux ; « c’est le conseil que je te donne à toi-méme. »

« Après la lecture de cette lettre, Ivan resta quelque temps en proie à la plus cruelle hésitation ; personne n’était près de lui, pas un ami sage auquel il pût se confier dans sa perplexité. Il jette un regard plein de trouble sur son épouse et lui dit : « Chère compagne, « j'ai besoin de tes conseils ; dois-je écrire à la jeune « fille pour dégager ma parole? Penses-tu qu'il soit

* convenable de le faire ? » Et son épouse lui répondit: « Depuis quand le mari consulte-t-il sa femme? Pour- « quoi précisément aujourd’hui serais-je capable de « donner un avis sage? Les femmes, dit-on, ont la « chevelure longue et le jugement court. Cependant,

• Ivan Tsernoïevitj, je te dirai ce que j'en pense. « Certes, ce serait pécher devant Dieu et encourir le « blâme des hommes, que de flétrir la vie de cette « jeune fille et de la tenir à jamais confinée dans la « demeure paternelle. Ecoute-moi donc, et ne te laisse « plus dominer par la tristesse. Ceux que la maladie a « défigurés en sont-ils moins nobles et moins braves? « Sois sûr que les Latins ne feront pas un sujet de que- « relie d’un accident involontaire. Qui donc se crée à

- plaisir des périls et des soucis? Seigneur, tu crains « la grande Venise, et tes tours sont pleines de richesses ;

- un vin généreux remplit tes caves, tes greniers re- * gorgent de grains ; voilà de quoi traiter bien des con- « vives. Tu n’as parlé que de mille guerriers; double ■ ce nombre, choisis avec soin les hommes et les che- « vaux. Quand ils te verront entouré d’une telle escorte,

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. les Latins rejetteront toute idée de lutte ; assemble « donc ces troupes brillantes et pars sans crainte pour « aller chercher la fiancée. *

« Un cri de joie fut la réponse d’Ivan. Il écrit en hâte cette lettre qu’un Tartare va porter au Doge de la grande Venise : « Cher Doge, sois attentif jour et nuit, car « mon départ est prochain ; trente pièces d’artillerie « tonneront pour te l’annoncer, et, parmi ces pièces,

« il en est deux, Kernia et Zelenka, dont la voix fera » trembler la voûte du ciel. A ce signal, envoie sans « retard une flotte pour transporter le cortège du « fiancé. »

« Lorsque cette lettre fut partie, Ivan fit venir son secrétaire, prit une feuille de papier qu’il divisa, et, sur chacun des morceaux, il écrivit des invitations pour les noces de son fils.

* L’uneestadresséeàMiloschObrenbegovitj *,quicommande dans les districts de Dulcigno et d’Antivari. Elle est ainsi conçue : « Milosch Obrenbegovitj , nous t’in- « vitons aux noces de Maxime. C’est toi qui conduiras ■ le cortège ; j’espère que ta suite sera nombreuse, « comme il convient aux fonctions que tu as à remplir. »

« Le second message part pour le Tsernogore, dont les rochers avoisinent la mer ; il est destiné au neveu

1. De même que pour le nom de Maxime, il n’y a pas accord complet dans les traditions sur le nom de ce personnage qui joue un rôle très-considérable dans la suite de l'histoire. Le plus souvent il est appelé Milosch; mais d'autres versions du même poëme l’appellent Diouro Obrenovitj.

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d’Ivan, le capitaine Iovan1 2. La lettre portait : * Fils « de ma sœur, capitaine Iovan, je t’invite à la solennité « des noces. C’est toi qui conduiras la belle Vénitienne.

« Ne perds pas un instant ; rassemble cinq cents guer- « riers dans les rochers du Tsernogore et de Bielo- « pavlitj. Que ce nombre soit même dépassé, s’il est « possible, pour faire honneur aux fiancés, et rends- « toi avec cette escorte auprès de Jabliak, dans la « plaine spacieuse. »

« La troisième lettre fut dirigée vers les régions montueuses des Koutchi et des Bratonojitj pour être remise au voïvode Ilia Likovitj, qui y lut les paroles suivantes : « Ilia, noble chef de la contrée des Berdas,

« je t’ai nommé comme voïvode aux noces de Maxime.

« Amène avec toi tes braves montagnards et viens « dans la plaine de Jabliak. »

« A Milits Scheremetovitj, Ivan adresse une lettre ainsi conçue : « Milits, réunis tes guerriers, appelle « les Drekalovitj et les Vassoïevitj. Que toute la « jeunesse, jusqu’à la verte Lim, se joigne à ton cor- * tége. »

« Le cinquième message, Ivan l’expédia vers Podgoritsa, où régnèrent ses ancêtres * ; il l’adressa à Georges Rouiountchitj , guerrier de sa famille. « Georges, noble « faucon, lui écrivit-il, les noces t’attendent. Gens de

1. Descendant d’Ivaniscli, knèze de Tsettinié en 1416, et étroitement apparenté aux Balschides.

2. Cette ville était en effet la résidence du knèze de la Zêta supérieure, titre que les Tsernoïevitj avaient porté avant de parvenir au suprême pouvoir.

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« Podgoritsa, mes amis, mes frères, armez diligemment « hommes et chevaux. Que sur les coursiers brillent - des selles élevées et des réseaux d’or qui leur des- « cendent jusqu’aux pieds; que des agrafes d’or brillent « sur leur poitrail, qu’à la richesse des harnais on les

■ reconnaisse pour la digne monture des héros. Que

• les guerriers, vêtus d’étoffes précieuses, jettent sur « leur armure les plis de cette écarlate dont les eaux « ravivent la couleur, et qui prend les teintes de la

■ rose aux rayons du soleil ; qu'ils revêtent leurs man- « teaux violets et que la tchélenka se balance sur leur « toque; enfin, que leurs longues bottines, richement

■ attachées, répondent à la magnificence de leur cos-

* tume. 11 faut que notre jeunesse se distingue par les « armes et l’éclat des vêtements, que nos fils soient la

• couronne du cortège par la parure non moins que par « le port et la beauté, et que les Latins admirent la « magnificence des Serbes. Car ils possèdent bien des « choses, ces nobles Latins ; ils savent forger avec art « les métaux précieux, tisser des étoffes éclatantes ;

« mais il leur manque ce qui est le plus digne d’envie,

* le front élevé et le regard dominateur de nos gens de « Podgoritsa. *

- Ceux de Jabliak et des environs furent invités sans missive.

* On ne pourrait, sans en avoir été témoin, se figurer avec quel empressement, des bords de la mer aux rives de la verte Lim, les héros s’arment pour répondre dignement à l’appel d’Ivan. Les vieillards, les laboureurs détachent leurs bœufs du joug et viennent grossir

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le cortège dans les pleines de Jabliak; les pâtres oublient leurs troupeaux ; tous veulent assister à la solennité des noces. La foule couvre tout l’espace qui s’étend de Jabliak jusqu’aux eaux de la Tsernitska. Les chevaux se touchent ; le guerrier s’avance près du guerrier ; les lances, semblables à une forêt, agitent dans les airs les banderolles, qui se balancent comme une mer de nuages ; partout on dresse des tentes où viennent se reposer les guerriers. »

Au milieu de l’allégresse universelle, un seul homme est triste et semble lire des malheurs dans l’avenir avec un regard prophétique ; c’est Iovan, le capitaine du Tsernogore. 11 essaye, mais en vain, de détourner son oncle de l’union projetée, et il lui raconte un songe sinistre, source de ses pressentiments. * Oncle Ivan, « lui dit-il, écoute ce qui me préoccupe. Hier au soir, « je m’étais étendu sous ma tente pour dormir; mes « serviteurs avaient déployé sous moi ma pelisse,

« m’avaient enveloppé d’un ample manteau et avaient « garanti soigneusement ma tête contre l’humidité de « la nuit. Mais à peine avais-je fermé les yeux que je « fus agité par un songe pénible. Je voyais le ciel se « couvrir de noires nuées dont le vol rapide venait « s’arrêter sur Jabliak, oncle Ivan, sur ta haute de- « meure. Tout à coup, la foudre gronde et frappe Ja- « bliak, ta noble résidence, oncle Ivan Tsernoïevitj.

« Elle la brûle jusque dans ses fondements. La foudre « tombe sur ton fils Maxime; elle ne lui fait aucun « mal, mais tous ceux qui l'entourent sont atteints « mortellement. Je n’ose te donner ce songe comme un

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« présage, quoique l’on prétende qu’il ne faut pas né- * gliger les avertissements des rêves. Quant à moi,

« oncle Ivan, ou je périrai, ou je recevrai de graves « blessures. S’il m’arrive malheur, que Dieu te le par- « donne! »

Mais Ivan demeure sourd à ces présages. Il rit des pressentiments de son neveu, et les réjouissances se succèdent en attendant l'arrivée des navires vénitiens. C’est dans cette attente que vient à l’esprit du prince de Zêta l’idée fatale qui perdra tout et qui fera sortir la discorde et le malheur d’une union dont il se promettait de si beaux fruits.

« Au milieu de la foule, Ivan Tsernoïevitj galope sur son noble cheval. Il porte deux beaux faucons sur le poing. A sa droite, Maxime fait caracoler son cheval noir plein de feu. Il serait beau à voir le fiancé Maxime, maniant son puissant destrier, car il est d’une haute et noble stature, et ses membres annoncent la vigueur ; il serait beau à voir s’il n’était cruellement défiguré! A la gauche d’Ivan s’avance MiloschObrenbegovitj, monté sur un magnifique alezan. Ivan considère longtemps les deux jeunes gens; puis, s’adressant à ceux qui l’entourent : « Ecoutez, jeunes chefs, ce que j’ai à vous dire. « Nous allons traverser la mer, qui nous portera loin « de nos demeures. Nous menons à sa fiancée Maxime, « mon fils chéri, qui certes nous ferait grand honneur « si la maladie n’eût détruit sa beauté. Le chagrin l’a « tellement abattu que sa laideur s’en est même accrue. « Quand je l’ai fiancé, j’ai annoncé que parmi tous les « convives, Serbes et Latins, il ne se trouverait pas un

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« seul guerrier dont la beauté ne fût effacée par la « sienne. Jugez de ce que j’ai souffert en le retrouvant « ainsi 1 Pensez à l’humiliation qui nous attend devant « le Doge et à toutes les suites d’un tel affront. Or, « écoutez ce que je vous propose. Milosch Obrenbe- « govitj est parmi vous ; qui ne connait le noble Mi- « losch, qui l’emporte en beauté sur tous nos héros ? « Hé bien, frères, dépouillons Maxime de la tchélenka « et du panache flottant, et ornons-en le beau Milosch, « qui passera ainsi pour le fiancé jusqu’à l’arrivée de • la Vénitienne dans nos demeures. »

« A cette proposition, tous hésitèrent. Chacun craignait d’offenser Maxime, dont on connaissait le sang prompt à la vengeance. Après quelques moments de silence, Milosch prit la parole : « Pourquoi, dit-il, chef « des Serbes, noble Ivan, as-tu assemblé ici tes frères « pour me donner les droits de ton fils ? Avant tout, « jure qu’en enlevant à Maxime les honneurs du cor- « tége tu ne cherches point à l’offenser. Dans ce cas, « sur la foi de nos pères, je te promets d’amener dans « tes domaines la fiancée de Venise, et cela sans don- « ner lieu à aucune querelle, à aucun reproche. Mais « cette complaisance mérite un salaire. Quels que « soient les présents faits au fiancé, ils me seront légi- « timement acquis. » Ivan Tsernoïevitj accueillit ces paroles avec un rire bruyant : « Voïvode Milosch, « lui dit-il, si tu n’y mets que cette seule condition, « écoute mon serment; il est inébranlable comme le « roc. Je jure que nul ne partagera avec toi les présents « de noce. Mais c’est peu. Dès que tu auras conduit la

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« fiancée au delà des mers, vers la blanche Jabliak, ma

* noble demeure, tu recevras de moi deux sacs d’or et

* une coupe d'or large et haute; elle contient neuf « mesures de vin. J’ajouterai à ces dons une jument « grise de sang arabe dont les poulains ont la vitesse et « l’ardeur de mon Jedral ; enfin j’attacherai à ta cein- « ture un magnifique sabre dont le prix est de trente « bourses d’or. »

« Après cet accord, les héros détachèrent du front de Maxime la tchélenka étincelante, et revêtirent Milosch de la parure nuptiale. Maxime resta silencieux; mais il jetait autour de lui des regards sombres. »

Enfin tout est réglé. La flotte vénitienne arrive et le cortège monténégrin s’embarque sur les navires parés de guirlandes de fleurs ; bientôt ils s’éloignent de la côte et voguent vers la grande Venise. Ils arrivent dans cette ville et descendent au palais ducal. Huit jours se passent en fêtes somptueuses, en divertissements de toute sorte et en banquets homériques. A la fin de la semaine, le Doge se présente au milieu des jeunes Monténégrins et leur demande quel est le fiancé Maxime. Tous lui montrent Milosch, et le Doge lui remet la pomme d’or avec une toque ornée d’un diamant * qui brille comme le soleil. » Les fils du Doge apportent à celui qu’ils croient leur beau-frère des armes d’une grande valeur comme présents de noce, et la Dogaresse lui donne une chemise tissue de fin lin et de fil d’or.

* Au col est un serpent brodé avec tant d’art qu’on le croirait vivant ; il porte à son front une pierre précieuse dont la lueur suffit pour éclairer la chambre nuptiale. »

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« Puis on voit apparaitrc le frère du Doge, le vénérable Jerdimir *. Il s’avance appuyé sur un bâton d’or; sa longue barbe tombe jusqu’à sa ceinture et des larmss coulent sur cette barbe blanche. Sept fois le vieillard a été marié. Mais aucune de ses femmes ne lui a donné d’enfant, et voilà que son enfant d’adoption, la nièce qui lui tenait lieu de fils et de fille, va le quitter pour traverser les flots bleuâtres. Il tient sous son bras un rouleau soigneusement enveloppé. Tout à coup il appelle Milosch, et jette sur les épaules du jeune homme un manteau immense qui couvre et l'homme et le cheval. Tousadmirent ce présent magnifique. La doublure seule a coûté trente bourses d'or ; quant au reste, on ne peut en calculer la valeur. « Ce tissu, dit le vieillard,

« n’a pas son pareil dans le monde; les rois n’en pos- ■ sèdent point de comparable, et le Sultan des Turcs * iui-même te l’envierait. Beau gendre, puisse-t-il te « faire honneur. •

Les Monténégrins reprennent le chemin de leur pays. Ivan accourt à la rencontre du cortège sur le rivage, et x tous, en pompeuse procession, se dirigent vers Jabliak.

• Maxime, précédant le cortège, montait son magnifique cheval ; dix de ses compagnons l’entouraient. Il se rendait en toute hâte vers sa mère pour recevoir d’elle le don du message. Milosch l’a vu s’éloigner; il éperonne son cheval, qui caracole autour du capitaine Ivan, le conducteur de la mariée. Dans ce mouve-

1 . Nous n’avons pas besoin de prévenir que ce personnage est entièrement de l’invention du poète. Le Doge Giovani Mocenigo n’avait plus de frère en 14S5.

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