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part quelques traits que le poète y a ajoutés, il ne représente que la réalité historique. En effet, c’est, un des caractères distinctifs et un véritable fléau des peuples divisés en tribus ou en clans d’une organisation toute patriarcale, que ces guerres intestines et acharnées, où une tribu entière se croit obligée d’honneur à défendre et à venger un de ses membres, lors même qu’elle reconnaît que les torts ont été de son côté. L’histoire des Highlands de l’Écosse est remplie de luttes semblables, qui souvent n’ont pas des motifs moins futiles.
Le meurtre de Milosch par Maxime et la bataille qui s’ensuivit eurent les plus funestes conséquences. Ces événements consommèrent la séparation qui tendait à se faire, depuis la mort de Balscha III, entre les Serbes du Monténégro et de la Zêta, professant le schisme oriental, et les Albanais Guègues, catholiques ardents, appartenant même au rit latin. Les Balschides avaient pu tenir sous leur domination l’Albanie presque entière et en même temps les districts slaves qui entourent le lac deScutari, grâce à cette circonstance que, rentrés au giron de l’Église catholique, sous le pontificat d’Urbain V, comme nous l’avons dit plus haut, ils avaient cependant continué à observer le rit slavon, ce qui faisait qu’ils ne blessaient le sentiment religieux d’aucune des deux fractions des peuples qui habitaient leur empire. Mais les Tsernoïcvitj, qui leur avaient succédé, étaient schismatiques, bien que descendant de la famille française et catholique de Maramont, et cette circonstance avait été une des principales causes qui avaient décidé
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les seigneurs catholiques de l’Albanie septentrionale presque entière à répudier la suzeraineté des princes de la Zêta et à se déclarer indépendants lors de l’avénement d’Étienne. Quelques tribus catholiques, telles que les Ilotti et les habitants des districts de Dulcigno, de Boudva et d’Antivari, étaient cependant restéessoumises à ladomination des Tsernoïevitj , maisl’obéissance n’était que précaire, et les haines de tribus qu’engendra le combat de 1485, venant se joindre aux antipathies religieuses, achevèrent de rompre tous liens entre ces Schkypétars latins et leurs voisins de race serbe. Il en résulta un antagonisme ardent entre les deux populations, antagonisme que des siècles de souffrance et d’oppression communes sont parvenus à effacer en partie parmi les tribus soumises à l’autorité turque, mais qui subsiste aussi vivant qu’au xv0 siècle entre les nations indépendantes des Monténégrins et des Mirdites de l’Albanie.
Maxime, l’auteur de la discorde, ne pouvait plus vivre en sûreté à côté de l’Albanie, dans laquelle il avait soulevé contre lui des haines et des projets de vengeance implacables. Il s’enfuit à Constantinople, et, renonçant à la foi de ses pères, embrassa l’islamisme. En échange de cette apostasie, il reçut du Sultan le titre de pacha et le gouvernement de Scutari, dont ses descendants demeurèrent les maîtres jusqu’en 1833, époque où le dernier représentant de cette famille, Moustafa-Pacha, révolté contre la Sublime-Porte, fut vaincu par le vizir Méhémet-Reschid-Pacha et expulsé de son pachalik.
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Telle est du moins la tradition générale au Monténégro et dans le nord de l’Albanie : c’est celle que M. Cyprien Robert a adoptée. Cependant, comme le père ou le frère de Milosch, pour éviter la vengeance de Maxime, devenu musulman, avait également embrassé l'islamisme et reçu du Sultan Bavezid 11 le gouvernement d’un sandjak, quelques personnes en Albanie prétendent que la famille des pachas héréditaires de Scutari, ou Bouschattli, descend de ce voïvode, nommé Obren Beg, ou de son second fils, Ivan Obrenbegovitj, et non de Maxime Tsernoïevitj. Mais cette opinion, à laquelle paraît se ranger M. Hecquard dans son ouvrage récent sur la Haute-Albanie *, ne semble pas fondée, et les prétentions constamment élevées par les pachas de Scutari sur la Montagne-Noire, nonseulement comme agents de la Porte, mais comme descendants des souverains nationaux, donnent une grande autorité à la tradition que nous avons adoptée 2.
L’opinion la plus vraisemblable pour la descendance d’Ivan Obrenbegovitj, qui prit, en embrassant l’islamisme, le nom de Mahmoud, est celle d’après laquelle les pachas héréditaires d’Ipek se rattachaient à cette race. Telle était du moins leur prétention jusqu’à une époque très-rapprochée de nous 3.