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C’est cette tradition qu’admettait le poète populaire inconnu qui a chanté le Mariage de Maxime. 11 termine, en effet, son piesme de la manière suivante, après avoir raconté la fuite des deux renégats :
« Arrivés aux portes de Stamboul, les deux ennemis se rencontrèrent, et tous deux parurent ensemble devant le Sultan. Le Turc n’ignorait rien de ce qui était arrivé; il accueillit favorablement les deux héros, qui prirent l’un et l’autre le turban. Ivan Obrenbegovitj reçut le nom de Mahmoud-Beg, et Maxime celui de Skander-Beg1.
« Pendant neuf années ils servirent le Sultan, et neuf domaines furent leur récompense. Enfin, ils échangèrent ces possessions, et chacun d’eux obtint un pachalik. L’un et l’autre furent honorés de la queue de cheval ; l’un et l’autre furent élevés à la dignité de vizir. Mahmoud-Beg eut en partage les vastes plaines des Doukadjins et d’Ipek, terres bénies du ciel et couvertes de riches vignobles, où le maïs se plaît, où le froment dore les campagnes. Quant au fils d’Ivan Tsernoïevitj, il dut se contenter de la contrée de Scutari et des bords stériles de la Boïana, sol avare qui se refuse à la culture, où dans de noirs marécages rampe le reptile, où mugit le buffle aux cornes menaçantes, et dont le sel marin est la seule richesse.
* Et la mort de Milosch n’est pas encore expiée. L’inimitié n’a pas cessé de régner entre les descendants
1. Cf. Vassili, p. 16. — Miloutinovitj, p. 15. — Pierre Petrojvit, Oglednlo Srtisko. p. 1.
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des nobles tribus. De leurs rivalités naissent des guerres fréquentes, et sans jamais s’apaiser le sang des Serbes coule sous les armes. »
Frappé à la fois par l'abandon de ses sujets albanais et par l’apostasie de son fils aîné, Ivan le Noir reconnut l’impossibilité de lutter contre la puissance ottomane dans les plaines, avec les forces qui lui restaient. Il prit donc une résolution sublime dans son désespoir. Il incendia sa ville de Jabliak, évacua Podgoritsa et toute la vallée inférieure de la Zêta, quitta l’ancienne et fertile résidence de ses pères, et se retira, suivi de ses plus fidèles compagnons, dans les hautes montagnes qui n’avaient jusqu’alors été habitées que par quelques bergers, comme, sept siècles auparavant, Pélage s’était retiré dans les Asturies.
De son refuge Ivan fit un camp, et de sescompagnons une cohorte de soldats toujours armés contre les ennemis de la foi. D’un commun accord, ils décidèrent que celui qui abandonnerait son poste de bataille serait dépouillé de ses armes, revêtu d’habits de femme, et promené ainsi, une quenouille à la main, par tout le pays, pour y étré livré sans défense aux insultes et à la risée générale *. Pas une légende ne rapporte que ce châtiment terrible, pire que la mort pour les hommes qui le prononçaient, ait été, pendant quatre siècles, une seule fois mérité.
Ivan fixa sa résidence à Tsettinié, dans la Katounska-Nahia, où il établit aussi le siège épiscopal. L’évê-
t. Cyprieu Robert. — Marinier.
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que de Tsettinié prit alors le titre de métropolite de la Zêta, et le premier, appelé Bessarion, fut nommé par un diplôme d'Ivan'. Le filsd’Éticnne Tsernoïevitj s'occupa aussi avec activité de fortifier le territoire du Tsernogore, auquel il s’était restreint. Les passages du côté de l’Herzegovine furent fermés par des redoutes, une forteresse fut bâtie à Obod , au débouché de la vallée de la Koutchka, une autre à Tsettinié, une troisième enfin, nommée Sokol, sur une montagne escarpée. Les ruines de cette dernière sont maintenant appelées par les Monténégrins hanotgrad , c’est-à-dire « le fort d’Ivan*. »
Enfin, pour assurer la paix intérieure de ses états et leur énergique défense contre les Turcs, Ivan leNoir, qui avait eu par le combat de 1 185 un exemple fatal des désastres qu’engendraient les discordes intestines des tribus, fit jurer par ses compagnons de mettre fin à ces querelles fratricides, de s’abstenir même de tchétas , ou expéditions individuelles, sur le territoire ottoman, et d’attendre à l’avenir le signal du prince pour combattre tous ensemble dans un commun effort l’ennemi de la chrétienté3.
Ivan mourut en 1490, cinq ans après sa retraite dans la Montagne Isoire, sans avoir été depuis lors inquiété par les Turcs, qui hésitaient à attaquer un pays défendu d’une manière aussi formidable par la nature.