‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 5 sur 163 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

INTRODUCTION

parmi eux murmure sur sa route des prières k voix basse pour se préserver des atteintes des* mauvais esprits. Restée seule, la famille s’agenouille vers l’image sainte accrochée au coin de la muraille et devant laquelle une petite lampe brûle, constamment entretenue. L’aïeul récite à haute voix une courte prière, qu’il termine par cette antique formule de l’Eglise Orientale dans laquelle on demande au Seigneur « un « sommeil paisible, préservé de toute apparition dia- « bolique. » Puis les tapis sont étendus par terre, la famille s’y couche par groupes, les pieds convergeant vers le foyer où le. feu achève de brûler; et, sans songer k fermer la porte de crainte des malfaiteurs, car si les Tsernogortses vont piller sans scrupule le territoire des Turcs, même en temps de paix, les voleurs sont inconnus dans l’intérieur du pays, chacun s’endort paisiblement k la garde de Dieu.

Les fêtes religieuses jouent un grand rôle dans la vie des Monténégrins, comme dans celle de tous les chrétiens orientaux. Les plus solennelles sont les fêtes de Noël et de Pâques, les deux grands jours de l’année chrétienne.

INTRODUCTION

La veille de Noël, chaque famille se procure un pain sans levain, appelé tchesnitsa, et fait rôtir un animal tout entier pour le souper ; ce rôti s’appelle petchenitsa ou pesivo, et d’ordinaire c’est un porc que l’on choisit, parce que cet animal est considéré comme impur par les musulmans. La soirée se passe à l’église ; à minuit, la messe commence, et lorsque le prêtre, caché derrière les voiles de l’iconostase, fait entendre les paroles solennelles : Mir Bogiy, Christos se rodi , « la paix de Dieu ! le Christ est né , » le peuple répète tout d’une voix : Vo istinou rodi , « il est véritablement né, » et tous échangent dans l ’église le baiser de la fraternité chrétienne. De retour au foyer, la famille réunie s’embrasse encore et s’assied à table, chacun tenant en main un cierge allumé. Le chêne coupé tout entier pour faire cuire ce banquet de fête n’a pas été brûlé complètement : le premier visiteur qui se présente le matin est prié de frapper avec son bâton sur la bûche sacrée ; il le fait en disant : « A vous autant de chevaux, de moutons, de « vaches, que cette bûche a donné d’étincelles. » Les tisons non consumés sont alors éteints et réservés pour être suspendus aux branches des jeunes arbres fruitiers, qu’ils feront prospérer.

La Pâque commence de même à minuit, quand le pope du fond du sanctuaire a crié : Christos voskres, « le Christ est ressuscité. » A ces mots, tout le monde répond : Vo istinou voskres , « oui.

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