CHAPITRE IV
La Porte avait été instruitedes complotsqui s’étaient ourdis parmi les populations chrétiennes à l'instigation de Charles de Gonzague, mais elle s’était gardée d’agir, de peur de pousser les choses à l’extrême, tant quelle avait eu la crainte de le voir débarquer à la tète d’une armée recrutée en Occident et rallier autour de lui tous les rayas de l’empire. Lorsqu’elle vit que tous les projets du duc de Nevers s’étaient évanouis en fumée, elle résolut de châtier sévèrement les rebelles qui avaient osé rêver d’anéantir la puissance des descendantsd’Othman.
Ce fut contre les Monténégrins que se dirigea le premier effort des musulmans.
En 1623, trois ans après l’incendie des vaisseaux de Charles de Gonzague, Soliman, pacha de Scutari, en-
tra en campagne avec une très-forte armée pour frapper un coup décisif et en finir avec ces quelques milliers d’hommes qui, à l'abri de leurs rochers, se raillaient de l’orgueil et de la puissance turques. Les combats durèrent vingt jours, sans être interrompus autrement que par la nuit. Mais les Monténégrins à chaque journée perdaient des braves, dont la mort faisait dans leurs rangs des vides irréparables. Du côté des Turcs, au contraire, des troupes fraîches et reposées se présentaient sans relâche pour remplacer les bataillons décimés par la lutte. Soliman franchit ainsi successivement tous les obstacles, surmonta de vive force le col do Riéka, pénétra jusqu’à Tsettinié, pilla le couvent et l’église construits par Ivan le Noir, démantela le donjon qui dominait la bourgade où résidaient les vladikas, ravagea les campagnes voisines et obligea les habitants des vallées à payer le kharatch à la Sublime Porte comme des rayas subjugués 1 .
11 partit enfin, laissant de fortes garnisons dans les districts où il était entré. Mais pendant son retour les tribus albanaises desClementi et des Koutchi lui firent payer chèrement la joie de son triomphe. Accourues à l’appel désespéré des Monténégrins, elles accueillirent Soliman-Pacha dans les environs de Podgoritsa, et tombant à l’improvistesurson armée en marche, la mirent en pleine déroute. Cet événement ne fut cependant pas suffisant pour délivrer entièrement le Tsernogore. Les troupes laissées par le pacha de Scutari parvinrent à se