‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 65 sur 163 · De Hammer, t. IX, p. 364-369 de la traduction française · texte numérisé non relu

De Hammer, t. IX, p. 364-369 de la traduction française

parmi lesquelsse trouvaient plusieurs Albanais, etleur dit, par une plaisanterie où se peignait la férocité de sa nature : « Voyez comme Doudjé a bien paré les têtes « de mes sujets d’Albanie1. *

Quant aux autres survivants, les Turcs leur accordèrent la vie sauve, mais les déportèrent, partie dans la Slavonie, où ils habitent encore, partie dans la Macédoine auprès de Serrés, partie enfin dans les environs de Pirischtina, entre les montagnes deLap et de Galap. Ce fut dans ce dernier endroit que l’on interna la plus grande fraction de la tribu.

Cependant, après sept ans d’exil, les Clément i établis auprès de Pirischtina ne pouvant pas supporter plus longtemps la vie loin de leurs montagnes natales, résolurent de s’y rétablir par la force. Emmenant avec eux leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux, ils se mirent en route au travers de mille obstacles. Arrivés entre Goussiniéet Plava, ils trouvèrent, les Turcs en grand nombre, prêts à leur disputer le passage. Un combat acharné fut livré au lieu nommé Vlakanitsa; le résultat en fut une défaite complète des musulmans. Les intrépides montagards catholiques rentrèrent alors sur leur ancien territoire, où l’on nosa pas les attaquer depuis lors. Pour assurer, d’ailleurs, leur position sur le sol qu'ils avaient reconquis, ils entrèrent dans la grande confédération des phars ou tribus des Malisors, et de cette façon leurs liens avec les Tsernogortses se se trouvèrent rompus2.

j. Naïraa, t. Il, p. 674 'le l’édition du Constantinople, 1734. i. tlecquard, p. 190.

Les habitants de la Montagne-Noire, par suite de l’état de vasselage où les avait réduits l’expédition deSoliman-Pacha, s’étaient vus forcés de demeurer simples spectateursde ce drame héroïque, dont les protagonistes étaient leurs anciens alliés. Les plènies des portions les plus escarpées étaient toujours insoumis comme par le passé, mais ils étaient dans un état d’impuissance presque absolue, et les habitants des vallées continuaient d’étre soumis à la loi humiliante du karatch.

Au bout de soixante ans, le mouvementde résistance s’étendit de nouveau à tout le Monténégro, par suite du contre-coup de la délivrance de Vienne par Sobiesky et de la victoire des Impériaux à Mohatch, qui avaient réveillé toutes les espérances, depuis longtemps éteintes, des chrétiens du Levant. En 1687, les Vénitiens s’adressèrent au vladika Vissarion pour lui demander d’opérer avec ses montagnards une diversion qui, occupant une partie des troupes turques sur une autre point, favorisât l’expédition de Morosini contre le Péloponèse. Un traité d’alliance fut conclu entre la puissante République et la petite peuplade montagnarde. Le gouvernadour Voutcheta Bogdanovitj, ayant pris le commandement des troupes, battit auprès de Mokriua le pacha Topal-Usman, tandis qu’un autre corps de Tsernogortses dispersait à l’entrée des défilés les soldats de Soliman-Ragailia, vizir de Scutari, et qu’un troisième coopérait à la prise de Castel-Novo par les soldats de Saint-Marc. La république vénitienne, en reconnaissance de ce concours, décerna des médailles d'or et des pensions viagères à ceux des Monténégrins qui

s’étaient le plus distingués dans ces deux affaires *.

Mais elle se borna là, et, l’année suivante, ses auxiliaires de la veille réclamèrent vainement d’elle le secours qu’ils lui avaient si efficament prété. Quoique abandonnés, ils surent faire face au danger et remporter la victoire. Après une campagne de huit jours seulement, les Ottomans furent rejetés en désordre à la suite d'une bataille livrée au pied du mont Vertielki2.

Le Monténégro fut sauvé cette fois encore, mais il souffrit beaucoup, malgré la courte durée de l’invasion. En effet, tandis que l’on se battait au mont Vertielki, une colonne ottomane avait pénétré par Tchévo jusqu'à Tsettinié. Les moines se trouvaient seuls dans leur couvent. Désespérant de résister aux forces ennemies et ne voulant pas tomber vivants dans les mains des infidèles, il se firent sauter. La splendide construction d'Ivan le Noir fut entièrement détruite par l'explosion 3. En apprenant l’approche des Turcs, les moines avaient jeté dans le grand puits qui se voit encore auprès de l’entrée du nouveau couvent toutes les richesses en vases et ornements sacrés accumulées depuis plusieurs siècles dans le trésor de leur monastère. 11 y a quelques années, sous le prince Daniel, on y exécuta des sondages et on retira de l’eau divers objets, entre autres un magnifique missel manuscrit sur parchemin , du xiv' siècle, que sa couverture massive en argent repoussé et décoré de pierreries avait mis à l’abri des at-

1. Miloutiüovitj, p. 2G. — Srbski Lielopis, 1843, part, iv, p. 132.

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