I.VII
passe pas à l’État comme dans les rêveries de nos socialistes modernes. Elle demeure à chacune des tribus pour la terre qu’elle habite, en vertu du droit d’occupation de son premier auteur.
Nous ne pouvons, du reste, toucher ce sujet qu’en passant et à propos de l’organisation de la tribu chez les Slaves méridionaux. La gmila des peuples slaves du nord en était un peu différente et se présente à l’étude avec le caractère de commune plutôt que celui de famille. Mais si on remontait à sa première formation, l’on y trouverait aussi un lien de même origine entre les membres de la gmila, qui s’adjoignent les étrangers par adoption.
La constitution antique de la tribu slave, fondée sur la famille et l’extension de ses liens, forme la base de l’organisation civile et politique du Tsernogore.
C’est une organisation presque républicaine, dont le premier résultat est l égalité complète de tous les membres de la nation. C’est encore plutôt une constitution féodale, mais sans une classe de serfs ou de vilains au degré inférieur de l’échelle. Les Tsernogortses sont, comme les Castillans, tous nobles et égaux, et les titres de iounak et de vitèze, qui correspondent assez exactement à celui de miles ou de chevalier, appartiennent à chacun d'eux.
A la tête de la nation est un souverain, car la nécessité d’un pouvoir monarchique et central est ab-
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solue dans un pays toujours en armes. Il faut un chef à cette armée permanente, à ce vaste camp retranché constamment en guerre avec les musulmans. Mais ce chef réalise bien le type de la souveraineté féodale. Prince ecclésiastique pendant longtemps, vladika, aujourd'hui prince séculier, kniaze , il n'est que le premier des knèzes, le chef de la grande famille nationale, qui se compose de la réunion de toutes les familles. Si l’on voulait appliquer au lieu des appellations slaves, dans le Monténégro, les termes de la hiérarchie féodale, on obtiendrait une correspondance exacte : les iounaks sont les chevaliers, les knèzes les comtes, le kniaze enfin le duc souverain. Le prince du Tsernogore ne porte pas et n'a jamais porté un titre plus élevé, car tant que le royaume de Servie a subsisté, le kniaze ou duc du Monténégro et de Zêta était vassal du kral ou roi des Serbes, au même titre que les grands feudataires, dans notre moyen âge. étaient vassaux du roi de France.
Le prince du Tsernogore jouit d'une autorité absolue dans presque tous les cas. Il exerce une dictature militaire, dont les circonstances au milieu desquelles vit la nation rendent absolument nécessaire la prolongation indéfinie. Au temps des vladikas, lorsque c’était, non un prince séculier, mais un évêque-prince qui possédait le pouvoir souverain, une partie de ce pouvoir, celle avec laquelle les devoirs sacerdotaux se trouvaient incompatibles, était déléguée
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à un gouvernadour , sorte de connétable dont le titre et la charge étaient héréditaires. Un sénat ou soviet , qui réunit les attributions qu’avaient dans notre monarchie du moyen âge le conseil royal et le parlement, siège auprès du prince, l’aide de ses avis dans la direction des affaires publiques et sert de tribunal suprême où ressortent les appels des jugements prononcés en première instance par les starfcchines ou chefs de villages.
La dictature absolue du prince n’est, du reste, qu’une exception rendue permanente parla nécessité. En principe, dans le Tsemogore comme dans tous les pays où les Slaves ont conservé les traditions antiques et le développement des tendances, naturelles de leur race, la constitution de l’état est essentiellement délibérative. L’institution de la skoupchtina ou diète nationale, composée de tous les chefs de famille, à laquelle, en droit, appartient l’autorité législative, existe chez les Monténégrins comme chez les Serbes. Mais elle ne s’y réunit plus annuellement. Dans tous les cas ordinaires, son pouvoir est considéré comme délégué au prince, en vertu de l’autorité dictatoriale dont il est investi. C’est seulement dans les circonstances exceptionnelles, lorsqu’il faut prendre quelque décision grave qui intéresse l’avenir de la nation, que le prince convoque cette skoupchtina. Par exemple, un changement dans la constitution du pays ne peut avoir lieu qu’avec son concours. Les chefs de
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toutes les familles se rassemblent alors dans les prairies de la plaine de Tsettinié, qui sert de forum à ce peuple de guerriers et de pasteurs ; quant au prince, il siège sur la montagne avec le sénat, dominant de là l’assemblée.
Le Monténégro politiquement se divise en deux parties, le Tsernogore proprement dit et les Berdas ou tribus confédérées. Le Tsernogore est l’ancien domaine des premiers vladikas; on y compte quatre nahias ou districts, administrés chacun par un oborknèze, supérieur aux knèzes des tribus. Le premier district, nommé Katounska-Nahia, est le plus grand de tous ; il forme à lui seul la moitié du Tsernogore, et s’étend du mont Lovtchen, près de Cattaro, jusqu’à Nikchilj. Neuf plèmes ou tribus en habitent le territoire; ce sont les Niegouschi, lesTsettini, les Blelitses, les Tjeklitj, les Komani, les Pleschiotses, les Tsousi, les Ozrinitj et les Zagartchanes. Dans ce district sont comprises la bourgade de Tsettinié, capitale du pays, mais capitale qui n’est à vrai dire qu’un village, et celle de Niégousch, berceau de la famille actuellement régnante.
Le second district, Tsernitska-Nahia, est le plus riche de tous. Il s’étend le long du lac de Scutari, en descendant vers Boudva et Antivari, et comprend sept tribus : les Podgores, les Glouhides, les Bertchels, les Boiiévitj, les Limliani, les Sotonitj et les Doupili. La troisième natria, dite Rietclika, occupe le centre
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du Tsernogore; cinq plèmes la composent : les Loubotines, les Kozieri, les Tseklines, les Dobarski, les Gradjani. Enfin le quatrième district, Lieschanska-Nahia, est de tous le moins étendu et le plus pauvre. Il ne compte que trois tribus : les Drajovines, les Bouroni et les Gradats ; le territoire s’en étend le long de la vallée de la Moralcha, depuis Spouje jusqu’aux environs de Jabliak et domine la plaine de Lieschk ou Lieschkopolié , théâtre de nombreux et sanglants combats, disputé depuis des siècles et encore aujourd’hui entre les Turcs et les Monténégrins.
Les Berdas, dont l’acquisition par les souverains du Tsernogore est de date assez récente, se composent de quatre districts conquis sur les ottomans par les vladikas de la famille Petrovitj ou volontairement confédérés au Monténégro. Ce sont : la Joupa-Nahia, pays d’Ouscoques* situé dans la haute vallée de la Zêta , entre Nikchitj etOstrog; la Biélopavl itchka-Nahia , qui occupe les deux rives de la Zêta, depuis Ostrog jusqu’à Spouje, et qui est habitée exclusivement par la grande tribu des Biélopavlitj ; la Moratchka-Nahia, comprenant les Ouscoques de la partie supérieure du cours de la Moratcha ; la Piperska-Nahia, située audessous , sur les bords de la meme rivière ; enfin la
t. Le» Ouscoques des pays slaves méridionaux sont identiques aux outlaws de l’Angleterre- du Moyen-Age et aux Heinwthlosen de la Suisse. Us forment des tribus de gens venus de tous les côtés et proscrits dans leur pays, fuyant une vengeance ou chassés par la misère.
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nahia montueuse de Koutchi, couvrant les contre-forts du mont Kom et embrassant dans son territoire les trois plèmesdes Vassoïevitj supérieurs, desBratonojitj et des Drekalovitj .
Autrefois l’idée même de la centralisation administrative à la mode européenne était chose inconnue dans la Montagne-Noire, comme chez tous les Slaves méridionaux. Le vladika n’avait à proprement parler dans le pays que le ministère de la guerre et celui des relations extérieures, deux parts de l’administration presque identiques dans un pays constamment en guerre avec ses voisins. Quant à l’administration intérieure, aux affaires d’intérêt local, au gouvernement municipal et cantonnai , ces choses ne regardaient en rien le souverain. Les affaires de chaque village étaient réglées par le staréschine assisté de tous les chefs de famille réunis en conseil , celles de chaque tribu par le fcnèze, assisté de l’assemblée de la tribu, enfin celle de chaque nahia par l 'obor-knèze et par une véritable diète cantonnale. Les chefs de districts et de tribus possédaient ce pouvoir par droit héréditaire, sans aucune intervention de l’autorité suprême.
Pierre II et Daniel, par de longs et pénibles efforts, sont parvenus à substituer un système d’administration plus régulier et plus fortement constitué à cette organisation, qui rendait presque impossible l’ordre et l’unité du gouvernement. Tous les fonctionnaires sont maintenant salariés par l'Étal, nommés et insti-
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