‹ Turcs et MonténégrinsChapitre 86 sur 163 · Ogledalo srbsko, p · texte numérisé non relu

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Robert, qui laisse subsister les traits les plus frappants de l’original.

« Le vizir de Bosnie écrit une lettre au noir caloyer, Vassili Petrovitj ; il le salue et lui dit : « Moine noir,

• envoie-moi le kharatch de la Montagne avec le tribut « de douze jeunes filles des plus belles, toutes âgées de « douze à quinze ans, sinon je jure par le Dieu unique « de ravager ton pays et d’en emmener tous les mâles,

« jeunes et vieux, en esclavage. •

* Le vladika communique cette lettre aux chefs des tribus, et leur déclare que, s’ils se soumettent, il se séparera d’eux comme de gens déshonorés. Les chefs répondent : « Nous perdrons tous la tête plutôt que de « vivre dans la honte, quand même la servitude devrait ■ prolonger d'un siècle notre existence *. »

« Fort de l’unanimité des siens, le vladika répond au vizir de Bosnie : * Gomment peux-tu, renégat, man- « geur de prunes de l’IIerzegovine, demander le kha- « ratch aux enfants de la Montagne libre? Le tribut que « nous t’enverrons, ce seront des pierres de notre sol,

* et, au lieu de douze vierges, tu recevras douze queues « de pourceaux dont tu pourras orner ton turban, afin « de te faire ressouvenir qu’au Tsernogore les jeunes « filles ne croissent ni pour les Turcs ni pour les rené-

1. La même idée a été reproduite par Rhigas dans le plus célèbre de ses chants guerriers : « Mieux vaut une heure de liberté que qua- « rante années de la vie des esclaves, »

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« gats, et que, plutôt que d'en livrer une seule, nous ■ aimerions mieux mourir tous perdus, aveugles et « sans mains. Si tu veux nous attaquer, viens... Nous « espérons que tu laisseras chez nous ta tête et qu’elle * roulera dans nos vallées, déjà jonchées de tant de « crânes turcs. »

* En recevant cette réponse, le pacha furieux battit du pied la terre, saisit sa barbe dans ses mains et appela tous ses capitaines à grands cris. Ils accoururent avec 45,000 soldats, et, conduits par le kihaya (lieutenant) du vizir1, ils s’avancèrent pour mettre à feu et à sang la Montagne-Noire. Les Tsernogortses les attendaient, retranchés dans le défilé de Brod, souslablanche forteresse d’Onogoschto. Là les deux armées se saluèrent de leurs fusillades sans .interruption durant quatorze jours.

« Tout à coup nos jeunes héros se lamentent; ils n’ont plus ni plomb, ni poudre. Passant au pied de leurs retranchements, qui ne vomissent plus la foudre, les hordes turques s’en vont brûler les villages. Mais Dieu nous envoya un secours inattendu : malgré les sévères défenses du Doge de Venise, un étranger compatissant nous apporta et nous vendit en une nuit plusieurs milliers de cartouches. Ravis à cette vue, les fils du Monténégro se mirent à danser de joie, en chantant des chansons de triomphe. Dès que l'aurore eut paru, ils firent le signe de la croix, et s’élancèrent sur le camp

1. MM. Andritj et Vntslik supposent qu’il est ici question d’un « Pacha de la Bosnie Tchehaya. » Mais leur erreur est manifeste; le piesme parle du kiliaya du Pacha.

des Turcs, comme des loups sur un blanc troupeau. Ils les mirent en déroute et les poursuivirent jusqu’à la nuit à travers monts et vallées. Le kihaya lui-même, blessé, s’enfuit hors d’haleine vers son vizir pour lui apprendre combien il amenait de belles Monténégrines. •

Bien que terminée par un brillant avantage des chrétiens, la guerre avait causé de grands dommages dans le pays. Il fallait de l’argent pour les réparer et le subside accordé par Elisabeth n’avait jamais été payé. Vassili, suivant l’exemple de son oncle, se rendit en Russie pour réclamer ce subside et obtint par un oukase du 8 mai 1754 une somme de 5,000 roubles, comme règlement de l’arriéré des années 1743 à 1753. L’Impératrice lui fît en outre présent de 3,000 roubles, d’une image de la Vierge garnie de brillants, d’ornements et de livres d’église

Ce voyage se lecommande, du reste, à l’attention par une circonstance beaucoup plus curieuse.

Nous avons vu plus haut combien la civilisation et la culture de l’esprit étaient avancées dans le Tsernogore à la fin du xve siècle, sous les derniers Maramont- Tsernoïevitj , tellement que le Monténégro possédait une imprimerie dès 1494, avant que, non-seulement tout le reste de l’Orient, mais même quelques-uns des pays les plus florissants de l’Occident en possédassent encore. Au milieu des malheurs qui avaient marqué pour les Monténégrins le xvie et le xvue siècle, tout cela s’était perdu. L’imprimerie d’Obod avait été dé-

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