CHAPITRE VII
PIERRE Ier ET K ARA-MAHMOUD DE SCUTARI
L’archimandrite Pierre Pétrovitj, qui va tenir le premier rang dans cette dernière partie de l’histoire que nous étudions, est certainement l’un des hommes les plus remarquables qu’ait jamais produits le Monténégro. Guerrier intrépide, politique habile, pasteur des âmes plein d’un zèle vraiment épiscopal, il rappelle par beaucoup de côtés la figure du Pape Jules II, et il réunissait dans sa personne toutes les qualités nécessaires au rôle si difficile et si complexe d’un vladika du Tsernogore.
Sa taille était élevée ; ses traits majestueux et rendus plus imposants encore par la longue barbe qu’il portait comme tous les prélats de l’Église orientale. Charitable et hospitalier, il se plaisait à recevoir les étrangers que la curiosité attirait dans ses états. Son ins-
truction lui permettait d’entrevoir et de réaliser de nombreux progrès dans l’administration de la petite principauté confiée à ses soins. Il parlait avec la même facilité que sa langue maternelle l’italien, l’allemand et le russe, et il avait même quelques notions de la langue française.
Aussitôt après avoir été choisi comme coadjuteur par sou oncleSava, Pierre partitpour se rendre à Saint- Pétersbourg en passant par l’Autriche. L’impératrice Marie-Thérèse le reçut à Vienne avec la plus grande distinction et lui offrit de nombreux présents. Arrivé dans la capitale de l’empire russe, il s’y lia avec l’abbé François Doubroslevitj, savant ragusain, connu dans le monde des lettres sous le nom d’abbé Dolci, et il se l’attacha comme secrétaire. Mais on doit supposer que les rapports de l'archimandrite monténégrin avec l’Autriche et la part glorieuse qu’il avait prise aux luttes soutenues par ses compatriotes sous l’autorité du faux Pierre 111, l’avaient rendu suspect à la police de Catherine II ; car il reçut bientôt l’ordre de quitter Saint- Pétersbourg, ainsi que l'abbé Dolci et le comte Ivanovitj de Boudva *.
11 venait à peine de rentrer dans ses montagnes, quand Marie-Thérèse, inquiète des progrès de la politique russe en Orient et des conséquences du traité de Kaïnardji, car l’impératrice Catherine venait de faire chasser Devlet-Ghéraï pour lui substituer l’incapable Schahin-Ghéraï comme khan des Tartares et ne