‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 13 sur 41 · LE THEATRE DES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

LE THEATRE DES OPÉRATIONS

Avant d'aborder rénumération des forces en présence et le récit des opérations, il est utile de jeter un coup d'œil sur le terrain où celles-ci vont se dérouler. Les Vosges, la plaine d'Alsace, celle de la rive droite du Rhin sont trop connues pour qu'il y ait lieu de les décrire; mais leur état à l'époque considérée et celui d'aujourd'hui diffèrent par deux points essentiels : le morcellement du territoire entre de nombreux souverains ou villes libres, d'une part; l'état des voies de communication, d'autre part.

Sur le versant ouest des Vosges, les anciens États lorrains et ceux du domaine du Roi se trouvaient enchevêtrés et semés d'enclaves comme la principauté de Salm, celle de Dagsbourg ou de La Petite-Pierre.

Sur Tautre versant, dans l'ancien pays d'Empire devenu librement français, on trouvait des possessions de l'évêché de Strasbourg ou du comté de Lichtenberg, ainsi que des villes libres : Strasbourg, Mulhouse.

La France avait, sur la rive droite du Rhin, deux têtes de pont : Brisach et Philisbourg (1). Entre les deux, Strasbourg tenait le principal passage que les armées de Turenne et de l'Empereur se disputeront au cours de la campagne.

Dans la Basse-Alsace, tous les chemins partant de Stras-

Ci) L'orthographe actuelle du nom est Philippsbourg, mais on a conservé celle de Tépoque où la ville était française, suivant en cela l'exemple de Camille Rousset.

bourg vers le nord et l'ouest passent à Saverne ou à Haguenau, sauf un seul qui suit le bord du fleuve de très près, traversant Seltz et Lauterbourg.

En tenant Saverne et Haguenau, on maîtrise donc toutes les routes par lesquelles un ennemi, ayant franchi le Rhin à Strasbourg, pourrait se porter en Lorraine ou dans la Basse-Alsace, car on peut aisément, de Haguenau, couper la route de Lauterbourg.

Haguenau perdue, les troupes qui occupent la Lorraine n'ont plus de communication avec Philisbourg. A la rigueur elles peuvent emprunter la route par Bouquenon (Sarre- Union), "Bitche, Wissembourg ou Landau; mais elle est médiocre et Tennemi, partant de Haguenau, peut la couper aisément.

Sur la rive gauche du Rhin; la route de Philisbourg passe non loin de Germersheim et traverse, entre ces deux villes, le pays alors dénommé la Petite-Hollande. Germersheim appartenait à l'Électeur palatin, allié de la France, jusqu'à la fin de 1673. Ce prince étant devenu notre ennemi, nous ne pouvions laisser entre ses mains un poste duquel il menaçait très directement notre communication avec Philisbourg. Aussi est-ce par les opérations autour de Germersheim qu'on verra débuter la campagne d'Alsace.

Entre Germersheim et Philisbourg, le Rhin forme une bonde tournée vers l'est, que ferme en partie, sur la rive droite, un canal de décharge. Philisbourg, possédant un pont sur le Rhin et un autre sur ce canal, assurait le passage des deux cours d'eau. Germersheim, au contraire, situé sur la rive gauche, donnait, sur la rive droite, le débouché dans un pays boisé et coupé de ruisseaux; sa valeur était donc très inférieure à celle de Philisbourg, qui restait la véritable clef des communications entre les deux rives du Rhin dans cette région.

Ainsi s'explique, en dehors de toute autre considération, l'importance que Turenne, d'une part, et l'Électeur palatin de l'autre, attacheront à Philisbourg. Pour Turenne, c'est la porte ouverte sur la rive droite, le moyen d'aller faire

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