LE THEATRE DES OPÉRATIONS
vivre ses troupes aux dépens du pays ennemi. Pour l'Électeur, c'est non seulement une parcelle de son domaine, mais aussi la clef de sa maison.
(( Voulez-vous défendre la rive gauche du Rhin, disait Turenne, passez sur la rive droite. Cette maxime, aujourd'hui, hélas ! si cruellement retournée contre nous, fut le principe de l'occupation de Brisach; la prise de Philisbourg en 1644 avait donné une bien meilleure solution; pendant plus de trente ans, cette place fut le pivot de toutes nos opérations dans la vallée du de Rhin. Aussi nous enlever Philisbourg était le soin constant de nos ennemis. Risquez tout, disait encore Turenne, pour les empêcher d'en approcher; car si une fois le siège est commencé, le secours sera impossible (1). »
Il reste un mot à dire des défilés des Vosges, qui, dans la dernière partie de la campagne, joueront un certain rôle. Les routes existant alors sont les mêmes qu'aujourd'hui, sauf celle de la Schlucht, ouverte beaucoup plus tard; la viabilité y est médiocre, mais elles peuvent donner passage à des corps de faible importance.
Dans la branche orientale des Faucilles, Turenne portera, dès le début des opérations, une attention toute spéciale sur les routes aboutissant à Remiremont qui conduisent vers la Bourgogne et la Franche-Comté. C'est par là qu'il se serait relié, au besoin, à l'armée du Roi opérant dans cette dernière province. C'est par là qu'à la fin de l'année, il tombera à l 'improviste sur les alliés dans leurs quartiers d'hiver, pour les chasser au delà du Rhin.
(1) Duc d'Aumale, Histoire des Princes de Condc, t. VII, p. 673.