‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 21 sur 41 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

OPÉRATIONS SUR LA RIVE GAUCHE DU RHIN (r août-4 octobre) ENSHEIM

Les alliés retirés derrière le Mein avaient construit un pont sur ce cours d'eau à Flersheim, à 3 lieues au-dessus de Mayence : le l®"" août, Bournonville le franchit et s'avance par Gerau et Stockstadt jusqu'à Hofheim où il arrive le 6. Il a poussé un corps d'avant-garde fort de 3.000 chevaux, 500 cravates et autant de dragons (1) jusqu'à Mannheim avec mission d'observer les Français.

Ce mouvement coïncidant avec la réunion des forces du comte de Souches à celles des Espagnols et Hollandais, donne à penser à Turenne qu'une offensive ennemie est probable sur la rive gauche du Rhin. Il va, dans ces conditions, se porter en avant de Landau, au camp de Waltzheim, gardant ses communications avec Philisbourg par Germersheim. Trois bataillons établis dans cette première place sont rappelés et viennent camper à la Petite-Hollande. Ils en repartent le 6 pour rejoindre Turenne, laissant une arrière-garde de 200 chevaux pour couvrir un convoi venant de Philisbourg ; ils ont en outre envoyé une reconnaissance d'officier sur Spire. L'officier s'arrêta au pont de Duttenhofen et n'aperçut pas le mouvement que Dunevalt, avec son corps d'avant-garde, prononçait vers la Petite-Hollande. Grâce à cette négligence, Dunevalt put.

(1) Deschamps, p. 48.

le 7, accabler notre petite arrière-garde et lui infliger une perte de 50 hommes. Heureux de ce succès, il ne poussa pas plus avant.

Turenne envoya alors, le 9, le comte de Lorges avec 3 bataillons (Douglas, Plessis et La Ferté), 10 escadrons de cavalerie et 4 de dragons pour contenir Tennenii.

Lorges s'établit à Duttenhofen, renvoya les 3 bataillons

à Philisbourg où Turenne détacha le régiment de cavalerie

de Dousset avec le comte de Maulevrier, tandis qu'il reportait son propre camp au sud de la Queich entre Landau et Artzheim (10 août) (1).

Le mouvement de l'infanterie française sur Philisbourg donna crainte aux ennemis que Turenne ne franchît de nouveau le Rhin; à ce moment, la mésintelligence éclatait dans les rangs des alliés. « Il y a parmi eux bien du dégoût, car on m'a mandé et dit aujourd'hui pour assuré, que les Saxons ont quitté cette nuit le camp et se sont mis en marche pour retourner chez eux

... On ne peut pas aussi être plus dégoûté que le duc de Lorraine l'est du duc de Bournonville», écrivait de Mayence, le 13 août, l'abbé de Gravel à Turenne (2).

L'armée confédérée remonta vers le nord et vint s'établir aux environs du confluent du Mein et du Rhin entre Guisheim et Astheim. A ce même moment, Condé remportait à Séné f, le 4 août, une sanglante victoire ; elle ne fut peut-être pas sans influer sur la détermination des ennemis d'attendre l'arrivée des renforts pour prendre de nouveau l'offensive.

Elle ne modifia pas cependant la destination du contingent que le prince de Bade amenait à l'armée des confédérés et qui arriva le 15 août à Flersheim, après avoir passé à Coblentz.

Les troupes de Cologne, Munster, Lunebourg, celles-ci sous le commandement du prince de Holstein-Plauen ; les contingents de l'Électeur palatin; ceux de quelques

(1) Desghamps, p. 50.

(2) Grimoabd^ t. II, p. 553.

cercles du Haut- Rhin et 4 régiments impériaux (Metternich, Cheriny, les dragons de Vopping et les cravates de Ladron) portaient à environ 36.000 hommes l'effectif des forces alliées rassemblées sur le Rhin à la fin d'août. Les troupes de Brandebourg étaient annoncées; mais n'avaient pas rejoint encore.

Turenne de con côté recevait des renforts de Franche- Comté : 3 bataillons (Marine, Orléans, Bretagne) qui arrivent vers le 22 à Wissembourg; plus tard, 6 autres bataillons sous Révillon, avec de la cavalerie et les dragons de Listenay. D'autres sont annoncés ; pour déterminer le Roi à les lui envoyer, il ne cesse de montrer dans chacune de ses lettres que les ennemis dirigent le gros de leurs forces sur lui; il n'y a pas lieu de craindre une diversion sur Trêves, qui ne mènerait à rien. Lorsqu'il apprendra la marche en avant des alliés sur la rive droite du Rhin et le dessein que forment quelques-uns de leurs chefs de mettre le siège devant Philisbourg, il insistera sur les heureuses conséquences de son occupation .prolongée du Palatinat le mois précédent, qui a ruiné ce pays et rendu presque impossible la subsistance d'un corps de siège. Ainsi faisant ressortir, après coup, l'avantage des dispositions qu'il a prises, il inspire confiance en celles qu'il projette, et dé^ termine le Roi à les approuver.

Tandis que Turenne poursuivait son dessein avec méthode, les généraux alliés ne pouvaient s'accorder sur la conduite à tenir. Ils se réunirent en conseil (1), vers le milieu d'août. Bournonville, général de l'Empereur, voulait chasser les Français d'Alsace ; le duc de Lorraine aurait préféré s'avancer dans ses anciens États, et de là, en Champagne. L'Électeur palatin désirait avant tout nous voir quitter son territoire et réclamait le siège de Philisbourg. Mais il avait là comme adversaire le duc de Holstein-Plauen, qui déclarait être venu pour contribuer à chasser les Français de l'Empire.

(1) Voir Beaurain, p. 121, et Grimoard, t. II, p. 565, sous la rubrique : Nouvelles de Mayence, du 2 septembre ».

Ses maîtres, les ducs de Lunebourg, entendant respecter les traités de Westphalie, en vertu desquels Philisbourg appartenait au Roi, il refusait de faire le siège de cette place. Il se disait prêt, toutefois, à entrer en France, Tépée à la main, pour attirer les Français hors de TEmpire. On finit par convenir de passer le Rhin et d'agir alors selon les circonstances, comptant sans doute sur Tarrivée des Brandebourgeois pour déterminer un événement. L'Électeur de Mayence aurait voulu garder la neutralité ; mais il dut céder aux instances des allliés, notamment à celles du Palatin, et consentir au passage de leurs troupes dans ses États.

De la sorte, vers la fin d'août (28 et 29) les confédérés passèrent sur la rive gauche par le pont de Mayence et par ceux qu'on établit à Gensenheim (ou Ginsheim?).Verdy du Vernois évalue leurs forces à :

12.500 Impériaux (sous Bournonville et Lorraine); 4.500 Munsterois (sous le margrave de Bade) ;

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