‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 25 sur 41 · MARCHE DE TURENNE DERRIÈRE LES VOSGES · texte numérisé non relu

MARCHE DE TURENNE DERRIÈRE LES VOSGES

Le 29 novembre, Turenne fait conunenoer le mouvement à son armée. Lui-même quitte Ingwiller le 30 avec Tarrièregarde. Il a, comme on le sait, occupé fortement Haguenau avec six bataillons et Saverne avec trois autres.

Il se dirige vers La Petite Pierre où il arrive le 1®^ décembre ; la masse de ses troupes va obliquer à gauche après avoir passé la montagne et se dirigera sur Lixheim, où elle retrouve une partie des troupes du comte de Saulx. Turennè paraît avoir fait, de sa personne, avec un détachement, un crochet au nord vers Weisslingen. Beaurain le dit et son affirmation s'appuie sur ce fait que le maréchal envoie à Bouquenon (Sarre-Union) un bataillon et un escadron sous le commandement de Courcelles pour garder sa ligne d'étapes (1). L'indication de Beaurain est confirmée par cet autre fait que, le 2, Turenne vient camper à Hirschland, un peu à l'est de Fenestrange, tandis que le gros de ses forces est à Lixheim; on peut donc l'admettre jusqu'à preuve du contraire. Il ne s'agit d'ailleurs que d'un détour sans importance.

Au camp de Hirschland (2), apprenant que Badonviller et Rambervillers sont tenus par les troupes du duc de Lorraine, il envoie une avant-garde de 400 chevaux sous Sourdis pour les observer; elle occupe ces points sans difficulté.

(1) Turenne à Le Tellier, du 4 décembre, de Hirschland; à Louvois, du 15 décembre, du camp de Remiremont. Grimoard, t. II, p. 613, 622.

(2) Lettre du 4 décembre.

Le 4, il part de Hirschiand et se dirige sur Lorquin; le 5, il atteint Blâmont et l'abbaye de Domêvre; le 6, il passe la Meurthe à Baccarat et pousse à Domptail où il établit son camp du 6 au 9. Cet arrêt permet aux colonnes de serrer sur la tête; la marche effectuée par temps de neige et, souvent, dans de mauvais chemins avait amené de l'allongement.

Deschamps indique que l'armée utilisait des routes différentes mais assez rapprochées pour être en état de se concentrer en vingt-quatre heures. L'effectif dont Turenne disposait étant de 30.000 hommes environ, la condition indiquée ne pouvait être réalisée qu'en suivant tous les chemins, bons ou mauvais. En stationnement, il fallait imposer le bivouac à certaines fractions de l'armée. La marche s'effectuait donc dans des conditions pénibles et on comprend qu'avant de l'entreprendre, Turenne ait fait évacuer ses malingres.

L'exécution du projet est assez belle, dans les circonstances où se trouvait le maréchal pour suffire à sa gloire; mais les panégyristes, amis du merveilleux, ont voulu plus encore. Turenne aurait, selon l'abbé Raguenet, fait marcher son armée par des routes différentes en donnant à toutes les colonnes le même rendez-vous, sans que chacune d'elles sût où les autres avaient ordre d'aller. Ce romari a eu du succès et a été reproduit par plusieurs auteurs, on le trouve même relaté dans l'ouvrage de M. de Kortzfleisch. On aurait pu cependant être mis en garde contre son authenticité en remarquant que ni Deschamps, ni La Fare, qui l'un et l'autre ont fait partie de l'armée de Turenne, n'ont mentionné cette particularité dont ils auraient certainement été frappés. On est par-suite en droit de rejeter l'affirmation de Raguenet. Il est permis d'ajouter que tout officier ayant eu à préparer le mouvement d'une troupe de quelque importance, ou ayant acquis l'expérience de la guerre, doit éprouver des difficultés à admettre la vraisemblance dé cette assertion.

Durant son séjour à Domptail, Turenne se rendit à Rambervillers que les Lorrains avaient évacué ; il apprit, à la

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