‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 26 sur 41 · MARCHE DE TURENNE DERRIÈRE LI^S VOSGES · texte numérisé non relu

MARCHE DE TURENNE DERRIÈRE LI^S VOSGES

même époque, qu'ils abandonnaient Épinal(l) pour se retirer à Rerairemont où était venu un ingénieur de Lunebourg. Le 7 il envoya vers cette place Sourdis avec son avantgarde, renforcée de 200 hommes de pied.

D.e Domptail il alla camper à Padoux le 10 et le 11 ; on lui rendit compte que Sourdis, après avoir bloqué la garnison de Remiremont (400 hommes), Tavait sommée de se rendre, mais sans succès.

La place était importante, car elle tenait alors, non seulement la vallée de la Moselle, mais aussi le meilleur passage entre cette vallée et celle de la Saône; il fallait l'enlever. Le 12, Turenne partit de Padoux et lança sur Remiremont le comte de Saulx avec la gendarmerie, les dragons et deux bataillons de gardes. Il appela en renfort Vermandois, Bourlémont, Navarre et Les Vaisseaux avec six pièces de canon. Lui-même établit son quartier général, le 12 au soir, à Ëloyes, à deux lieues et demie de Remiremont, sur la rive droite de la Moselle. De là, il envoya sommer les Lorrains de se rendre, les menaçant de les faire pendre s'ils avaient la hardiesse de tenir (c'est Deschamps du moins qui l'affirme). Un officier lorrain vint au camp demander vingtquatre heures de répit, avec promesse de se rendre, si le duc de Lorraine ne donnait de ses nouvelles d'ici-là.

Turenne accepta la capitulation, mais la voulut immédiate; et de fait, le 13 à la pointe du jour, il se présenta devant la ville qui lui ouvrit ses portes.

La garnison eut son passe-port pour se retirer et une partie des Lorrains qui la composaient vint grossir nos rangs (2). Il était temps d'occuper la place, car 1,200 Allemands allaient y entrer; ils se retirèrent en apprenant sa reddition, devant Tavant-garde de Souxdis qui remontait la Moselle (3).

(1) Us étaient commandés par le colonel Tornielle de Majastre (Gharton, Les Anciennes Guerres de Lorraine, p. 344).

(2) Voir, page 120, la lettre du 12 décembre de Turenne à Louvois.

(3) M. de Kortzfleisch (p. 73) donne sur la prise de Remiremont un détail dont ni Deschamps ni Beaurain ne font mention, non plus que la correspondance du maréchal. L'auteur allemand dit que les Lorrains de la garnison se reti-

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Les troupes furent installées sans doute dans les localités avoisinant Remiremont (1) tandis que Turenne plaçait son quartier général au Longuet, à une lieue en aval de la ville et sur la rive gauche du fleuve (2). Il va demeurer dix jours

rèrent, te long de la Moselle, sur Saint- Maurice d'où, par l'ordre de l'Électeur de Brandebourg, ils se dirigèreot vers Giromagny et Betfort, pour se joindre aux troupes du prince de Holstein. Dans ce mouvement, ils auraient été poursuivis par le comte de Saulx qui serait tombé entre leurs mains aux environs de Château-Lambert.

Bien qu'il ne s'agisse là que d'un incident sans importance pour la suite des opérations, on ne croit pas pouvoir en admettre l'exactitude.

. D'une part, en effet, La Fare, grand ami du comte de Saulx et qui parle plus d'une fois de lui dans ses Mémoires, ne fait aucune allusion à cette captivité. D'autre part, Turenne dans la lettre ci-dessous, donnant à Louvois les détails de la prise de Remiremont, annonce que le comte de Saulx va quitter l'armée le 13.

Turenne a Louvois

Au camp près Remiremont, 12 décembre (a).

Gomme j'allais à Remiremont, il y avait 200 hommes dans la place et il y marchait 400 Allemands.

Je crois que c'était des troupes de Lunebourg; mais quelques gendarmes d'un parti que M. de Sourdis avait envoyé les ayant rencontrés et blessé un homme de la ville qui s'en allait au-devant d'eux, ils n'osèrent entrer; ainsi ce qui était dans la ville ayant envoyé au-devant de moi, je leur ai permis d'aller retrouver M. d^ Lorraine ; il y est allé environ 100 hommes, le reste s'est débandé ou a pris parti. J« fais avancer les troupes près des vallées et verrai le meilleur chemin pour marcher en avant; il y a beaucoup de neige, de sorte

qu'il les faut bien reconnaître Je me suis avancé avec ces troupes qui

étaient sur la Sarre que M, le comte de Saulx commandait, lequel s'en va demaia, le Roi l'ayant trouvé bon à ce qu'il m'a dit.

(1) La ville de Remiremont ne reçut d'autre troupe qu'un détachement de sauvegarde de 60 hommes commandé par le chevalier de Gémonville; il paraît avoir été réclamé par les dames chànoinesses « pour leur sécurité, quoique la communauté (la ville) ne l'eût souhaité ». Les paiements effectués à cette occasion par le grand échevin (52 escus blancs à un garde de Monseigneur de Turenne, 5 pistoles au détachement) paraissent avoir été faits à contre-coeur, tandis que la veille du départ des troupes du duc de Lorraine, on avait génére^asement distribué une pièce de vin aux soldats {Comptes des grands échevins, manuscrit de M. Puton). On ne saurait reprocher aux habitants de Remiremont la sympathie qu'ils témoiganient alors aux troupes d'un prince qui avait su gagner leur affection.

(2) On s'explique difficilement le choix du Longuet comme emplacement du quartier général de Turenne; cette localité n'est aujourd'hui qu'un hameau dépendant de Saint-Nabord, elle compte un petit nombre de maisons et offre fort peu de ressources de cantonnement. Elle ne se serait trouvée sur le passage des troupes que si celles-ci, venant de Padoux, avaient franchi la Moselle à Arches pour arriver sur Remiremont par la rive gauch^. Ot, il est certain que la colonne principale, avec laquelle marchait Turenne, est veaue p«r Éloyes (rive droite). Pour atteindre Le Longuet, Turenne a dû, par suke,

(a) A. G., 414-352. Grimoard, p. 620.

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