‹ Turenne en Alsace: Campagne de 1674-1675Chapitre 29 sur 41 · OPÉRATIONS AUTOUR DE BRISACH · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS AUTOUR DE BRISACH

On vient de signaler l'importance que prenait, à cette période de la campagne, la place de Brisach restée entre nos mains. Notre garnison, commandée par un officier énergique, Le Roy, tenait le seul passage du Rhin de cette région, et devenait une menace constante pour la sécurité des cantonnements ennemis.

On conçoit que les alliés aient voulu enlever la place et qu'Ds en aient entrepris le siège. Mais cette opération prit, à leurs yeux, une telle importance qu'elle obscurcit le jugement des généraux alliés ; ils furent amenés à considérer la marche des troupes françaises vers Belfort comme une tentative de secours dirigée sur Brisach. M. de Kortzfleisch (1) assure même qu'à la veille de la bataille de Turckheim, Bournonville ne voyait encore dans les mouvements de son adversaire qu'une marche détournée pour atteindre la forteresse. La manie obsidionale qui, on l'a vu, faillit amener le Roi et Louvois à rappeler Turenne vers la Meuse, sévissait plus fortement encore dans les conseils des alliés et contribua à leur perte.

Pas un instant, Turenne ne songea à marcher au secours de la place assiégée. Plus qu'un autre, il connaissait l'importance de sa conservation; sa correspondance montre toute la valeur qu'il attribue aux deux têtes de pont de Philisbourg et de Brisach. Mais son génie clairvoyant lui permit

de s'élever à des hauteurs inaccessibles aux esprits ordinaires et de reconnaître le véritable but à atteindre.

En dirigeant son effort vers l'armée adverse, en lui infligeant une défaite, il obtenait la délivrance de la place assiégée bien plus sûrement qu'en marchant à son secours. Au cours de la dernière période de la campagne, alors que les marches se succèdent sans interruption et que la lutte atteint le moment critique, la correspondance du maréchal est plus rare, ses lettres sont courtes. Il sent que, dans quelques jours, le succès va couronner son œuvre et démontrer aux plus obstinés la sagesse de ses desseins. Il ne prend plus la peine d'exposer ceux-ci; il n'en a plus le temps d'ailleurs. Cependant, dans une lettre à Louvois du 27 décembre, datée de Melisey, il fait part des nouvelles qu'il a reçues de Brisach. L'ennemi s'est rapproché de la place, ses préparatifs^ sur le Rhin ont pris plus d'activité, le danger paraît augmenter. Il se borne à dire : « Je verrai clair à cela dans peu de jours, pensant qu'il ^t mieux de continuer à marcher vers la rivière d'IU. J'ai la tête tournée vers Mulhouse et apprendrai incessamment des nouvelles de l'ennemi. »

Il serait sans intérêt d'entrer dans le détail des opérations du blocus des alliés autour de Brisach. L'investissement est complet sur les deux rives du fleuve. L'ennemi réussit à détruire des moulins et d'autres constructions en abandonnant des corps flottants au fil de l'eau; il impose de dures souffrances à la garnison.

Tout cela est peu de chose à côté de ce fait qu'au lendemain de la défaite de Mulhouse, dont la nouvelle^ dit M. de Kprtzfleisch, tomba comme une bombe, le 30 décembre, au quartier général de Colmar, le Grand Électeur ne voit rien d^ plus pressant que d'envoyer un renfort important aux troupes d'investissement de Brisach. Et c'est ainsi qu'un détachement de 5.000 chevaux sous les ordres du landgrave Frédéric de Hesse-Hombom*g et du général-major Chauvet est lancé, au travers du Kastenwald, sur Brisach. Au moment où il devrait rassembler

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