OPÉRATIONS AUTOUR DE BRISACH
toutes ses forces, le Grand Électeur s'affaiblit, afin de parer au danger chimérique d'une armée de secours marchant pour délivrer la place. Pendant trois jours, ce détachement dont les chefs paraissent avoir fait preuve d'une réelle activité, lança des reconnaissances dans toutes les directions et s'imposa de pénibles bivouacs par un froid glacial afin d'être prêt au combat. Il ne rencontra que des traînards impériaux ou les débris des cravates de Ladron échappés au désastre de Mulhouse, ayant erré jusqu'à Bâle et trouvant enfin le salut dans les rangs des Brandebourgeois.
L'incident de Brisach nous a entraînés fort au delà des opérations des armées principales, il convenait toutefois d'en grouper les diverses phases. Les faits en eux-mêmes offrent un intérêt médiocre; mais ils démontrent, une fois de plus, combien Turenne était supérieur à ses adversaires; ils font ressortir l'originalité de sa conception de la guerre, si différente alors de celle en faveur.
Napoléon, commentant la campagne de 1674, n'a pas signalé cette caractéristique du génie de son devancier, on verra même plus loin qu'il critique la lenteur de ses marches. Turenne cependant, dans toutes ces opérations, a appliqué les principes qui devaient plus tard former la doctrine de Napoléon, et que, depuis lors, ont suivis tous les chefs d'armée victorieux. Il en a été, peut-être le créateur, certainement l'un des précurseurs; il nous permet aujourd'hui de reculer de plus d'un siècle la date de leur application et d'en fixer chez nous les racines plus profondément encore.