LE DÉBOUCHÉ EN HAUTE-ALSACE
Bade ressemble à un changement de garnison en temps de paix. Point de mesure de sécurité. Pas de rassemblement* Les fractions se succèdent les unes aux autres, à larges intervalles. On ne peut supposer un instant que Tennemi soit en mesure d'intervenir déjà.
Et ainsi on se dirige sur Mulhouse ou plutôt Rudisheim, à une demi-lieue à Test, afin d'éviter le territoire neutre de la ville. La cavalerie parait avoir suivi, sur la rive droite de rill, le chemin qui mène d'Altkirch à Mulhouse; Tinfanterie et les convois sont plus à Test, leur direction est Rixheim, à une demi-lieue de Rudisheim. On doit se rassembler au nord de Mulhouse vers Sansheim.
Turenne, le 28, s'est avancé Jusqu'à Fontaine (Brun) avec la gendarmerie, la brigade de Lucinge, Sourdis et Cateux (1). 11 a donné, pour le lendemain^ l'ordre de marcher sur Mulhouse : « pour voir en un lieu où il savait qu'il y avait des gués, la posture où étaient les ennemis au delà, ce que les paysans ne rapportaient que bien obscurément. Ainsi il prit ce qu'il trouva, dans son quartier, de cavalerie légère, qui étaient les régiments de la brigade Sourdis : savoir Orléans et Saint-Aoust, deux que M. de Cateux avait dans Belfort, qui étaient le sien et Boncourt et la gendarmerie ayant commandé à 200 mousquetaires des
gardes de le suivre (2). »
L'ensemble de ses forces est évalué par La Fare de 1.500 à 1.800 hommes.
Comme renseignement sur l'ennemi, Turenne, au départ, sait que les Brandebourgeois se sont retirés sur Cernay et que les Munsterois sont toujours au même point. 11 s'avance par la vallée de la Largue, puis par celle de 1*111 (rive gauche), Traubach-le-Haut, Spechbach, Didenheim. La brigade Sourdis, toujours en avant -garde depuis Remiremont, est précédée par un détachement de 50 chevaux sous le marquis d'Harcourt-Beuvron, qui doit pousser à
(1) Deschamps, p. 148.
(2) Relation du combat de Mulkausen par Turenne. Grimoard, t. II, p. 625.
Mulhouse même, afin de s'aboucher avec les magistrats de la ville.
Cette fois encore, comme à Ensheim, Turenne et ses ennemis suivent des routes parallèles et de même sens, séparées Tune de l'autre par un cours d'eau. Mais, tandis qu'avant Ensheim, l'ennemi venait de marquer un demisuccès, ici il est en retraite, démoralisé déjà; à ces causes d'infériorité, il ajoute la faute de ne pas se garder. Que pourra, dans ces conditions, la supériorité numérique qui déjà à Ensheim avait été impuissante à fixer la victoire ? Que pourra faire même l'avantage tactique d'occuper une hauteur et d'être couvert par un cours d'eau, que les troupes françaises pourront aborder seulement par deux gués?
A n'envisager que les circonstances matérielles, les alliés ont tout pour eux; mais Turenne §t son armée ont la supériorité morale; c'est elle, une fois encore, qui l'emportera. Harcourt signale à hauteur de Brunstadt, sur la rive droite de rill, un corps de cavalerie et des convois. Turenne, qui cherche l'ennemi et veut la bataille, n'hésite pas, il ordonne l'attaque. La Fare, qui faisait partie de la brigade Sourdis, « et jamais détachement ne fut plus fatigant », résume en quelques lignes tout ce qui va être le combat de Mulhouse : « Et parce que M. Bournonville, fau lieu de faire face à des gués qu'il y avait à la rivière et sa gauche à la montagne ayant une petite rivière devant lui, on passa ces deux gués, c'est-à-dire la gendarmerie à celui de la droite et Sourdis, avec la cavalerie légère à celui de la gauche dans le flanc des ennemis, dont il renversa quelques escadrons. En même temps, les premières troupes de la gendarmerie s'étant formées passèrent fièrement la petite ravine (1). »
On n'a d'autre plan du champ de bataille que celui dressé par Beaurain; les auteurs suivants l'ont reproduit plus ou moins heureusement; il est à grande échelle, mais en com-
(1) La Fare, Mémoires et réflexions, p. 137-138.