LE DÉBOUCHÉ EN HAUTE-ALSACE
parant le figuré du terrain à celui de la carte d' État-major, on a l'impression que la fantaisie du dessinateur a été insuffisamment contenue. Et comme la partie principale du théâtre de Taction est occupée aujourd'hui par une voie ferrée doublée d'un canal, il est à peu près impossible de remettre les choses au point. Tout ce qu'on peut conclure avec certitude, c'est que l'action s'est étendue entre Brunstadt et Mulhouse sur environ 2 kilomètres.
La colonne ennemie était composée de Munsterois, de cravates de Ladron et de régiments impériaux; elle prit tout d'abord pour des Ërandebourgeois la tête de colonne de Sourdis qui marchait sans étendards. Puis, lorsqu'elle se vit assaillie et que la gendarmerie, sous Montaubaij et La Trousse, franchit le gué de droite en escadrons presque déployés, elle crut avoir affaire à toute l'armée de Tiœenne.
Le résultat fut désastreux : les gens de Munster firent mauvaise contenance, les croates prirent une telle peur qu'une partie s'enfuit jusqu'à Bâle et vint au bout de trois jours se faire recueillir aux environs de Brisach; même les régiments impériaux, tel que celui de Caprara, furent inférieurs à leur réputation.
Le désastre aurait été plus grand encore sans les Lorrains qui, une fois de plus, se montrèrent gens de cœur et se battirent vaillamment. Les chevau-légers en particulier se firent remarquer et infligèrent à l'escadron de Bourgogne un échec momentané que le reste de la gendarmerie put réparer. Dans cette échauflfourée, le marquis de Montauban qui avait eu l'honneur de diriger la première attaque, fut fait prisonnier; cette prise, dont les alliés pouvaient s'enorgueillir, contribua à les démoraliser, lorsque Montauban leur eut annoncé qu'ils avaient devant eux toute l'armée de Turenne.
Bref, après une série de combats partiels, la cavalerie alliée battit en retraite, découvrant son infanterie et le convoi qui suivait celle-ci. Le maréchal, qui était parti le matin avec l'intention de reconnaître l'ennemi, avait atteint
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son but; il jugea qu'il n'était pas en forces pour poursuivre son succès jusqu'au bout et préféra attendre l'arrivée de son infanterie. Autant il avait été hardi dans l'attacpie; autant il sut montrer de prudence pour ne pas compromettre l'avantage matériel et moral qu'il avait obtenu.
Celui-ci en effet était considérable, car bien que les pertes des alliés ne s'élevassent qu'à 200 ou 300 tués et blessés et à quelques étendards et timbales perdus, le combat de Mulhouse avait eu pour résultat de contraindre Tannée ennemie à une véritable retraite précipitée. L'objectif primitivement assigné à la marche du 29 étant Sansheim, un peu au nord de Mulhouse, le margrave de Bade fit pousser son infanterie une lieue plus loin jusqu'à Ensisheim par un temps affreux et des chemins détrempés. Et le lendemain, de grand matin, le duc de Bournonville les remit en marche sur Sainte-Croix, leur infligeant ainsi une étape totale de 43 kilomètres. M. de Kortzfleisch à qui ces détails sont empruntés, observe avec raison qu'on ne doit pas être surpris des pertes que subit une troupe ainsi surmenée.
L'effectif total des alliés présents sur le champ de bataille de Mulhouse est évalué par La Fare à 4.000 ou 5.000, par Deschamps à 5.000 à 6.000. Il est certain que toute la cavalerie impériale, lorraine et munsteroise était présente et a combattu; il y avait en outre la colonne d'infanterie qui ne parait pas avoir donné (1).
Les divers corps alliés se réunirent d'abord à Ensisheim, où ils pillèrent les magasins et la ville; ils étaient si misérablement approvisionnés et avaient tant souffert, qu'on peut leur être indulgent dans cette circonstance. Le 30, ils atteignirent Sainte-Croix, où Bournonville retrouva le Grand Électeur et le duc de Celle; ses troupes donnaient l'impression d'une armée en déroute.
Turenne, pour les motifs indiqués plus haut, ne crut pas devoir poursuivre l'ennemi le soir même ;'^ il se borna à
(1) M. Tschamber donne des chiffres totalement différents, desquels il résulterait que nous avions la supériorité numérique. L'assertion est tellement contraire à tous les autres témoignages qu'on ne peut même la discuter.