‹ TurgotChapitre 25 sur 30 · VAUT. III. ADMIMSII'.A'I'ION · texte numérisé non relu

VAUT. III. ADMIMSII'.A'I'ION

recevoir un problème qui occupait les intendants des deux généralités, depuis plusieurs années. En 1745, MM. de Barentin et Saint-Coutest n'avaient fait cesser qu'une partie de la difficulté, puisqu'ils n'avaient appliqué les principes de la taille réelle qu'aux corps de domaines, ce qui la laissait subsister tout entière pour les cbamps isolés; la proposition de Turgot n'était que l'extension de la mesure prise par son prédécesseur. Elle fut adoptée par l'intendant de la Rochelle, et le conseil d'État accorda son homologation (1).

La répartition de la taille, dans les villes, présentait des difficultés particulières, à cause des changements quotidiens qui survenaient dans la population, le nombre et la fortune des locataires. Des plaintes nombreuses avaient signalé les erreurs qui s'étaient glissées dans les estimations. Dans une lettre qu'il adressa aux officiers municipaux des villes, Turgot exposa ses idées sur le moyen le plus sûr d'arriver à une juste appréciation des revenus. « Je pense, disait-il, que le meilleur moyen d'acquérir toutes' les connaissances nécessaires pour appuyer désormais la répartition sur une base solide, est de ' partager le travail entre un grand nombre de personnes, dont chacune ne soit chargée que d'un certain canton. Le corps do ville, par exemple, pourrait

(j) Œuvres, (. I, p. ;i23.

nommer deux bourgeois, pour vérifier chaque île de maisons. » Venaient ensuite plusieurs règles de détail dont l'observation devait conduire ces commissaires à saisir tous les changements qui surveiendraient dans les maisons dont ils avaient à faire la vérification (1) . Autant Turgot était résolu quand il s'agissait de frapper une mauvaise institution, autant il se montrait ferme quand il jugeait nécessaire de frapper les hommes dont la position et l'influence mettaient obstacle à la réforme. Du Tillet, qui présidait à la confection des rôles dans l'Angoumois, avait trop montré qu'il était peu préoccupé de la justice pour que l'intendant conservât un agent dont l'esprit s'accordait mal avec ses projets. D'ailleurs du Tillet était décrié, et son concours aurait jeté une grande défaveur sur les intentions de l'administration nouvelle. Turgot soumit d'abord la question au ministre d'État, parce que, du Tillet étant valet de chambre du roi, les convenances demandaient que sa destitution fût agréée par le souverain. Le ministre d"État ne défendit pas le valet de chambre, et le bureau d'Angoulême fut supprimé (2). Turgot supprima un bureau semblable qui existait à Limoges, et lorsqu'il eut ainsi déblayé le terrain, il put suivre librement sa marche vers l'équitable répartition de l'im-

(1) Œuvres, f. 1, p. 661.

(2) M. d'Hugues, en rapportant la letU'e que M. do Sainl-Flo-

pot. S'il ne réussit pas à cadastrer la généralité, ses efforts ne furent cependant pas inutiles ; la répartition se fit avec plus de justice, les feuilles de relevé furent mises au courant des mutations, les abus les plus criants cessèrent, et si les résultats qu'il obtint ne satisfirent pas un esprit difficile et ami du mieux, comme l'était celui de Turgot, ils suffirent pour lui mériter la reconnaissance du pays.

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