‹ Turgot et ses doctrinesChapitre 20 sur 56 · IV · texte numérisé non relu

IV

Pour l'aider dans toutes ces réformes et iwur les Turbot

^ et les cures,

faire bien connaître au peuple et aux habitants des campagnes, un des moyens favoris d'administration de Turgot était de se servir des curés. « Etant presque les seuls hommes lettrés des paroisses de

(1) Dupont de Nemours, Œuvres de Turgot, Lettre à M. de Monteynard, ministre de la guerre, 8 janvier 1773, t. VII, p. 420 el 421. T. 1. 7

campagne et obligés de prêcher la morale, d'apaiser les querelles et de recomniander la concorde et l'union, le poids de ces fonctions paternelles rend leui' secours très désirable pour jiréparer l'esprit du jicuiile au bien qu'on veut lui faire; car on a tant et si longtemps fait de mal aux classes inférieures de la société, qu'elles ne })euvent entendre parler de l'administration qu'en tremblant , et s'imaginent qu'on ne s'occui)e d'elles que pour enlever à leur pauvreté le fruit pénible de ses sueurs (1). » En écrivant ces lignes, Condorcet a admirablement indiqué les causes principales de l'influence que les curés exerçaient. Turgot entretint avec eux une correspondance suivie.

E^iUiiie dont 11 pensait que personne, mieux que les curés,

il les eiUoure; , ,, , r- i /■ !■ i- ■ i

ses recom- « par leur état, par I éducation distuiguee que cet état exige et jiar la confiance que leur minist(M'e inspire au i)eui)le », n'était à même de bien connaître « sa situation et les moyens de la rendre meilleure ».

Il les pria, dans ses lettres circulaires, de lui faire part directement de toutes les choses qu'il était utile de lui faire connaître; de l'informer des « accidents considérables » (jui pouvaient arriver dans les paroisses; des « maladies contagieuses qui s'y répandaient soit sui' les hommes, soit même sur les animaux. »

11 les engageait à contiiuier à rédiger les pétitions que les habitants désiraient lui adresser, et à

(1) Conrlorcct, Mc'moircs sur Turnnl ; riiiladulpliic, 1782, p. 03.

iiiandulions.

LES CUUÉS 99

persuader les paysans do ne point se détourner de leurs travaux pour venir les lui présenter, car c'était une perte de temps et des frais inutiles. « Les audiences que je suis obligé de donner, disait Turgot, sont une perte de temps pour moi; mais j'ai bien plus de regret encore à la perte du leur et aux frais que leur occasionnent ces voyages, pour lesquels ils dépensent souvent plus que ne peut valoir une modération légère qu'ils viennent demander sur leur capitation (1). »

Les curés étaient chargés aussi de dresser et de Les cmcs

dressent les étals

certitier les états de pertes de bestiaux ciue les habi- , de pêne

'■ ^06 bestiaux.

tants de la généralité subissaient. Ces états, dont Turgot envoyait le modèle, contenaient quatre colonnes ; dans la première, les noms des villages étaient indiqués; dans la seconde se trouvaient les noms des habitants qui avaient perdu des bestiaux ; la troisième colonne devait contenir « le nombre et la qualité des bestiaux perdus avec la date de la perte ». Une colonne d'observation était réservée: elle était destinée « à remarquer quelques circonstances particulières qui pouvaient influer sur le plus ou le moins de modération à accorder ». Enfin, le curé était prié de signer cet; état en le faisant précéder de la déclaration suivante :

« Je soussigné , curé de la paroisse de . . . déclare avoir lu à l'issue de la messe paroissiale, le premier dimanche de ce mois, le présent état des pertes de bestiaux arrivées dans ma paroisse,

(1) Lettre aux curés sur les requêtes présentées par les paysans, 8 mai 1763.

qu'aucun des paroissiens n'a réclamé contre son exactitude, et Cjue j'en crois le contenu véritable; ce que certifient pareillement avec moi les syndics et principaux habitants de ladite paroisse, et ont signé avec moi.

<' Fait à. . . , le. . . du mois de. . . »

Hl'^..f,',°ffi'rrj'» Dans d'autres lettres, Turc-ot réclame de nouveau furmes uiiies. jg^ coopération des curés, soit pour l'aider à redresser le rôle des tailles, soit })Our adoucir le fardeau de la collecte et l'établissement de receveurs particuliers.

Il demandait le concours de leur influence pour améliorer la situation du peuple, développer l'industrie, s'occuper de l'agriculture, organiser des bureaux de charité. Il leur parlait avec une si grande bonté , ses lettres respiraient une telle confiance dans leur appui, qu'il trouva, parmi eux, des auxi- Auxiiiaires dti- Haircs actifs , cmijrcssés, dévoués. « Il leur développait si clairement ses intentions; il prévenait, il résolvait si bien leurs objections et celles qu'ils pourraient avoir à écouter, qu'il était impossible qu'ils ne rendissent ])as justice à ses plans et à ses vues, qu'ils ne prissent pas la plus grande confiance en lui, c-t qu'ils ne l'inspirassent pas à leurs paroissiens (1). »

(1) IHiponl de Ncnioui'p, f. l"^', p. li.

voues.

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