CHAPITRE III
NOUVELLES RÉFORMES — LE PARLEMENT LES ÉMEUTES DES FARINES — LIGUE CONTRE TURGOT
\ l". — Le soin des dclails. — Comment les ijitcndants doivent éerire au Conlrùleiir général. — Les fermiers géuéroux el la vente du sel. — Les droits d'entrée sur les fers. — Abolition des contraintes solidaires. — Liberté du coninierco des huiles. — Les droits de franc-fief; les roturiers et le clergé. — Suppression du droit d'aubaine. — Reniboursement des places d'intendant du commerce. — Leur nomination réservée au roi. — Turgol travaille seize heures par jour. — Mesures diverses. — Liberté du commerce de la vi:inde pendant le carême. — Mesures contre l'épizootie du Midi. — Suppression des droits sur les draps et les toiles. — Suppression du droit du marc d'or. — Les conservateurs des hypothèques et les huissiers. — Mesures prises contre les contrebandiers. — Fondation d'un hospice dans les écoles de chirurgie. = § H. — Effet produit par l'arrêt du 13 septembre 1774.
— Le pain de M. le Contrôleur général! — Turgot et le Parlement. — Préte.\te et causes de leur hostilité. — La liberté du commerce des grains ranime les préjugés populaires et accroît les inimitiés contre Turgot. — Maladie de ïurgot. — Émeutes à Dijon, dans le Nord, dans l'ilc de France, à Paris. — La guerre des farines. — Faiblesse du lieutenant de police et de Maurejias. — Energie de Turgol. • — Le lieutenant de police est destitue ; le maréchal duc de Biron prend le commandement des troupes. — Convocation du Parlement à Versailles. — Ordonnance conire les attroupements et les émeutiers. — Répression de l'émeute. — Amnistie générale. — Lettre du roi aux cvêques et aux curés.
— Hoslilité du clergé contre Turgot. — Moslililé du Parlement, de la reine, du public. — Chansons et épigrammes. — Un Limousin réformateur. — « Qui nous rend le blé cher en France'?... C'est Turgot ! » — Le général Jean Farine. — Rapports du roi avec Turgot. — Un contrôleur qui allait tous les jours à la messe et un autre qui n'y va jias! = g III. — Continuation des réformes de Turgot pour assurer la liberté du commerce dos grains. — Aboli-
lion de certains droits d'octroi. — Abolition de divers monopoles existant à Rouen. — Suppression du droit de banalité. — Les forges d'Alais. — La cérémonie du sacre. — E.xterminer les hérétiques. — Ce que Turgot pensait des serments pris par le roi. — \'olûnté du roi de n'y rien changur. — L'entrée des cotons et laines d'.\ngleleri'e est rendue libre. — Suppression des privilèges pour polir les ouvrages d'acier. — Nomination des régisseurs des poudres et salpêtres. — Suppression d'offices iiuililes. — Les emprunts des villes et conununautes. — ïravau.x politiques et d'utilité publique. — Ligue contre Turgot. — Les lurgolines. — Services de cette" poste absurde ». — ReiJuulileiiRnt de haines contre Turbot .
Le soin Oïl voit déjà avec quelle i'L'mictô Turti-ot était
b détails. .
entré dans la voie qu'il s'était tracée. Aucun des détails de son administration si complexe ne lui échappait : ce qu'il croyaitjuste et utile au.\ intérêts du pays, il le proposait au roi ; et les déclarations et édits qui promulguaient ces mesures diverses étaient précédés de préambules où « le législateur expliipiait à la nation, dans un style et avec un sens admirables, la raison de ses décisions; chacun de ces préambules est un petit traité sur la matière, qui donne aux prescriptions du ministre toute l'autorité des rigoureuses déductions de la science(l) ». Il s'occupe tout à la fois de la liberté du commerce des grains, des encouragements adonner à d'autres branches de la culture; il prescrit des mesures pour arrêter les progrès d'une épizootic; il s'occupe des perfectionnements à apporter dans la levée des contributions ; il tempère les rigueurs inutiles de la
(1) M. Monjean, article sur Turijot, Vicliuniiuirc U'iicoiiuiiiic puUUijue de GuiUuuuiiu.
NOUVELLES UÉFOKMES 2ïi3
perception des impôts; il su}>prime ou modère des im|)Ositions fort lourdes et vexatoires. Il entre dans les plus })etits détails relatifs à la comptabilité de ri'^tut, (le la maison du roi, des communes.
Les travaux publics, constructions de canaux, creusements de jiorts, améliorations île routes, appellent sa sollicitude.
Les lois linancières succèdent à des lois d'administration ou de police générale; les souffrances des pauvres et des malades ne sont pas oubliées.
Toutes ces réformes sont classées dans son esprit: il veut procéder avec ordre et méthode; il recommande à ses subordonnés d'apporter également le même ordre dans l'envoi des questions qu'ils soumettent à son examen. « Je vous prie, écrit-il à l'in- comment
. . les intendanls
tendant de Chamijacne, d avou" attention de ne pas duivenu-ciiieau eomi)rendre dans une même lettre, des objets de géncruL différente nature, et de les timbrer de la matière qui y sera traitée comme taille, vingtième, capitation, grains, corvées, manufactures, aides, domaines, traites, etc.
0 Je vous serai obligé aussi de m'écrire à mimarge ; j'en userai ainsi moi-même, et lorsque ce seront des réponses, il y aura vis-à-vis de chaque article, l'extrait de la lettre qui y aura donné lieu('l). »
Questions politiques, financières, fiscales, financières, économiques, industrielles, administratives, sont chaque jour traitées par Turgot et, à juger par les nombreuses mesures qu'il a prises, la corres-
(1) Arcliii'es du déimrtcinent de la AJunie. C. 174. Paris, 23 novembre 1774. Lettre à riiilendaul de Clioiupuijiie.
22 i NOUVELLES HÉFORSIES
pondaiice volumineuse qu'il a entretenue, les édits, aiTctés et déclarations qu'il a fait rendre, on se demande comment il lui a été possible de tant faire et de tant entreprendre à la fois, i>eii(lant la dur('i' (l'ui: ministère de vini^l-dcux mois.
Les rermieis (Ju Sait Combien étaient Idurds, sous l'ancienne et la vuate monarcuie, les nnnots nidn'ects et notanmicnt la
du sel. ' '
gabelle. En 1773, les fermiers généraux avaient obtenu de fournir exclusivement le sel dans les dépôts établis à Riom et à Aubusson, au détriment des fournisseurs et des minotiers qui exerçaient auparavant ce métier. Les provinces du Centre réclamaient, dans la crainte que le fermier, seul fournisseur, ne trouvât des raisons pour augmenter le i)rix. Turgot tit casser l'arrêt de 1773 et par décision (lu Conseil d'État en date du 11 octobre 1774, l'Auvergne, le Limousin et autres pays rédimés du Centre conservèrent leurs antiques privilèges (1).
Les Quelques jours après (23 octobre 1774), par arrêt
droits d'entrée .,,.,, ,
sur les fers, du Coiiscil, kl ijcrceptioii dcs di'oits d entrée sur les fers blancs et les fers noirs en feuille venant de l'étranger fut simplitiée. Le droit qui jusqu'alors était levé en raison de la qualité, ce qui donnait lieu à de nombreuses contestations, fut établi à raison du poids, et tlxé à quatre livres par quintal.
Aboli lion
des contr;iliilcs
solidaires.
Il abolit la loi injuste qui, sous le nom de contrainte ,s"o//(y«//'(', rendait responsables les principaux
(1) OEuviYS de Tiirijot, l. H. p. 390, édition Daire.
Liberté
du commerce
des huiles.
contribuables de la paroisse de la totalité de la taille assise sur leur communauté. Le payement devait avoir lieu désormais par imposition, et après vérification, devant les commissaires départis.
Pendant longtemps, les huiles de pavot, dites œillettes, a.y aient inspiré de la défiance à l'administration; la vente en était interdite à Paris; mais peu à peu la consommation de ces huiles avait pris une grande importance dans les provinces de Beaujolais, Picardie, Franche-Comté, Alsace, Flandre. Turgot fit rendre par le Conseil un édit qui accordait pleine et entière liberté au commerce de toutes les huiles et révoquait tous les règlements antérieurs (1).
Les roturiers qui possédaient des biens nobles Les droits de
, • 1- T franc-fief ;
devaient payer un mipot particulier dit de franc-jief. les roturiers e Le clergé avait depuis longtemps réclamé contre cette imposition qui les atteignait, faisant remarquer que « la promotion aux ordres sacrés efface en eux la tache de la roture, les élève aux premiers rangs des citoyens (2) », mais n'avait pu obtenir complète satisfaction. Turgot « ne voulant pas sans doute s'attirer inutilement l'inimitié du clergé déjà inquiet de son avènement (3) », affranchit pendant deux ans des droits d'amortissement les actes de cession ou échanges des cures; il exempta du droit
(1) Arrêt du 28 novembre 1774. Dupont de Nemours, t. VU, p. 75.
(2) Préambule de l'arrùt du 27 novembre 1774.
(3) Foncin, p. 119.
226 NOUVELLES RÉKOn.MES
de franc-Jief (1) ceux dépendant des bénéfices ou des biens patrimoniaux des ecclésiastiques de condition roturière; il déchargea du droit d'amortissement les biens ecclésiastiques mis passagèrement dans le commerce, et sans que leur destination soit changée pour toujours (2).
Suppression Pour pcrmctti'e aux étrangers, artisans, capita-
du . . , . „
iiroit d'uubainc. listcs OU négociauts, de veuir en toute connance s'établir eu France et y résider, il supprima le droit, véritablement inique, appelé droit cVaubaine. En vertu de ce droit, le Roi avait la propriété de tous les legs, de toutes les successions testamentaires et ab intestat^ mobilières et immobilières des étrangers fixés dans le royaume. Ce droit repoussait « l'établissement en France d'un assez grand nombre d'hommes habiles et d'artistes industrieux, de capitalistes et de négociants utiles, qui n'auraient pas demandé mieux que d'y établir le centre de leurs affaires ; et même de particuliers riches, attirés par l'agrément des mœurs et de la société, par la douceur du climat et du Gouvernement (3) ». Secondé
(1) On appelait franc-fief un héritage noble qui ne pouvait être possède, suivant les lois du royaume, que par gens francs, c'est-àdire par des personnes nobles, franches, libres, exemptes des tailles et autres impositions dont les roturiers étaient chargés. Le droit de franc-fief était l'impôt que les roturierj payaient pour la jouissance et possession des fiefs, arrière-liefs et autres biens nobles qu'ils possédaient. « Le droit de franc-fief est royal, lionoriPiquo et souverain; il est presque aussi ancien que la couronne, et nos rois l'ont toujours confirmé par plusieurs déclarations et lettres patentes, et spécialement par celles de Philippe le Bel, Charles VII, François I"", Henri II, Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII et LouisXIV.» (Berthclot du Fcrricr.)
[i) Arrêts des 2i et 27 novembre 1774.
(3) Du|iont, de Nemours, I. \ll, p. 78.
par son collègue aux affaires étrangères, M. de Vergennes, Turgot fît abolir le droit d'aubaine en France pour les sujets de 23 villes impériales (1). Les lettres patentes établissaient dans chacun des deux pays « le traitement mutuel le plus favorable pour les personnes et le commerce » des citoyens et sujets de l'autre.
Dans l'administration des finances, les quatre Remboursement
, , . des places
places d mtendants du commerce étaient devenues dintendams
' du commerce.
des offices que les titulaires payaient très cher. Or, il était difficile de trouver tout à la fois des hommes assez capables pour remplir une charge aussi importante, et assez riches pour l'acheter. Un des intendants du commerce étant mort, et sa charge ne trouvant pas d'acquéreur, Turgot fit rembourser aux héritiers du dernier possesseur la charge qui vaquait et fit déclarer, par un édit de novembre 1774, que, au fur et à mesure des vacances des trois autres charges^ leur prix en serait remboursé aux ayantsdroit ; mais que, pour l'avenir, la capacité seule suffirait pour obtenir ces emplois dont le Roi se réservait les nominations.
« M. le Contrôleur général se voue sans relâche aux détails de son administration les plus pénibles, » écrivait Maupeou (2). Il travaillait seize heures par Turgot travaille
seize heures
jour et portait son attention sur toutes les parties ?»•• Jo"de ses divers services.
(1) Ces villes étaient les suivantes : Scliwelnfurl, Rothembourg, Wendsheim, Goslap, Mulliausen, Gemunile, Biberach, Weil, Phullendort, Zell en Soiiabe, Ravensbourg, Wimphen, Weissembourg, Giengen, Kempten, Ysui, Kaufbeuren, Leutkii-k, Ahlen, Buchau, Buchorn, Bopfingen. (Lettres patentes du mois de novembre 1774.)
(2) Journal historique du chancelier Maupeou, 2 décembre 1774.
Mesures diverses II éci'it à l'astroiiome de Fouchy pour le prier de soumettre à l'Académie des sciences la question de savoir si la coutume de rouir le chanvre dans les rivières ne rend pas les eaux: malsaines (1).
Le prince de Condé lui demandait d'obliger les habitants de Stenay à lui céder les terrains nécessaires à l'établissement d'une forge; il refuse net d'intervenir.
De nombreux procès engagés par des plombiers, limonadiers, drapiers et merciers restaient depuis longtemps en suspens. Il écrit au lieutenant de police de hâter le jugement de ces causes diverses (2).
Liberté II supprime le privilège dont jouissait l'Hôtel-Dieu
dé u'viaiide dc Paris, de vendre seul de la viande pendant le
pendant .
le carême. carcmc daus la capitale.
Mesures contre II ordouiie dcs mesurcs énergiques pour arrêter
repiznniie du Midi
les progrès de l'épizootie qui afUigeait tout le centre et le midi de la France (3).
Suppression 11 affranchit les draps et les toiles du droit de
dp droits sur les . . ^ , .
draps et toiles, visitc, de marquc et de contrôle, de trois deniers par livre, qui étaient perçus parles gardes-jurés des faiiriqiu^s et dos marchands (4).
Suppression II fait modillcr un èdit du mois de décembre 1770 de Man- d'or, (jui frappait d'un impôt (droit de Marc d'or) les
(1) Foncin, p. 121.
(2) Archives nationales, folio li, p. 15i.
(3) Arrêt du 18 déccmlirc 1774.
(4) AiTÛl du 4 décembre 1774.
lettres royales qui accordaient des commissions, lettres de noblesse, dons et autres et qui devaient être revêtues du sceau de la Chancellerie. Une déclaration du Roi, en date du 26 décemijre 1774, exempte de ce droit :
Les lettres contenant permission d'établir des manufactures, forges, verreries, tuileries et autres établissements semblables ; celles autorisant la vente de certains remèdes et des ouvrages mécaniques; les villes, communautés, maisons religieuses, pour leurs autorisations d'emprunts; les dispenses d'apprentissage; les permissions de faire imprimer, les lettres de surséance, de grâce, de rémission, etc. (1).
Pour éviter des contestations qui avaient lieu Lesconserva-
leurs
entre les conservateurs des iiypothèques et le public, àes hypothèques et pour donner une sécurité plus grande aux em- huissiers, pruntcurs, il fait ordonner aux huissiers signifiant des oppositions d'hypothèques de les signer sur les registres des conservateurs (2) ; sur son avis, et Mesures afin d'empêcher les fraudes en effrayant les contre- conireuandiers. bandiers par une prompte répression, le Conseil d'État autorise l'adjudicataire des fermes à faire vendre, sans autre formalité que la simple permission du juge, les chevaux et effets saisis sur les contrebandiers (3); il établit un hos|)ice de six lits i-ondation
1 1 1 • • 1 T-> • ''"" bospice
dans les écoles de chn^urgie de Pans : une somme dans les
^ écoles de chirur-
de 7,000 livres était consacrée à cette fondation ; s'^ de paris.
(1) Arrôt du 2ô liecembre 1774.
(2) Arrêt Ju 4 décembre 1774.
(3) Arrêt du 19 décembre 1774.
l'arrêt recommandait d'administrer et régir cette institution « avec la même économie et la même attention que de bons pères de familles doivent apporter à l'administration domestique (1). »
Effet proiiuit Tous ces travaux de Turgot ]}0iidant les quatre
par l'arrêt . . . '" htm
(lu 13 septembre niois de SOU miiHstêre montrent avec quelle ardeur il
avait pris à cœur l'exécution' de ses projets. Cependant, à la fin de l'année 1774, la situation lui était moins favorable que lorsqu'il était arrivé au pouvoir. « Malgré les bonnes intentions du Contrôleur général dont on est convaincu, écrit le chancelier Maupeou, on commence à murmurer beaucoup contre l'arrêt du Conseil qui laisse une liberté entière aux fermiers de vendre au marché ou chez eux; qui ne prend aucune jirécaution pnur garnir le premier, et le laisse dépourvu si les gens de la campagne ne ■ jugent pas à propos de s'y rendre. La cherté du pain qui augmente depuis ce temps, fait crier beaul'iiiip de gens qui n'approrondissent i)as les i)rincipes de cette loi fondée sur la liberté, dont les principes ne peuvent être reconnus qu'au bout d'un certain temps (2). »
Le pain de Au mois d'octobi'C, Turgot avait fait fabriquer un
M. le Con'rOleui- ; o i
général. pain, (proii appelait le pain de M. le Contràlcur fjém'ral, qui coûtait 'J sols moins un liard les quatre
(1) Arrêl do décembre lll^i (sans date).
(2) Journal Itislorique du chanoeîici' Maui>cou, l. \l, |i. 335.
livres: on pouvait l'acheter dans des dépôts qui étaient convenus et assignés. Le pain ordinaire valait environ 11 sols. La tentative de Turgot ne paraît pas avoir eu de succès : on trouvait que le pain était bon, mais on était « tenté de croire qu'il y eût du seigle, ce qui l'eût rendu trop cher (1) ».
Cette question des subsistances allait être le pré- Tursot
Gt 1g Ptirlcmcnt
texte de la lutte entre le Contrôleur général et le Par- Préteste
et causes
lement. Turgot savait bien que ses réformes, quelles de leur hostilité, qu'elles fussent, devaient rencontrer près de cette magistrature une opposition d'autant plus vive que, dans une circonstance récente, à peine arrivé au pouvoir, il avait montré une grande indépendance de caractère et une grande force de volonté. Quand on discuta dans le conseil la question du rappel du Parlement exilé par Maupeou et du maintien de celui qu'il avait établi, Turgot, malgré l'opinion publique qui se montrait favorable au retour des magistrats exilés et à la chute du Parlement Maupeou, combattit le rappel comme une imprudente faiblesse et un obstacle aux réformes réclamées par l'intérêt général. Il vota au conseil des ministres contre le rappel de ses anciens collègues. C'était, comme l'a dit M. Batbie, l'acte d'un homme d'État vraiment digne de ce nom, capable de subordonner ses amitiés et l'entraînement de son cœur au succès de la cause du bien public. Mais l'avis
(1) Journal historique du chancelier Maupeou, t. VI, p. 220. Voir h la fin du tome II, aux piijces justificatives, dans la coi'ri'spnndanre de Turgot avec l'intendant de Champagne, la pièce n" It), oii la composition de ce pain est exactement indiquée.
232 NOUVELLES MÉFORMES
contraire l'emporta. Le roi fut persuadé par Maurepas, maître de la majorité du conseil; il dit en sortant à Turgot : « Ne craignez rien , je vous soutiendrai toujours. » Quant au Parlement, « il revint plus puissant qu'il n'avait jamais été, irrité, bruyant et disposé à exercer avec une ardeur nouvelle le pouvoir qui venait de sommeiller dans l'exil. Les événements démontrèrent que le vote de Turgot était éclairé (1). »
La liberté La liberté rendue au commerce des grains par
du commerce
des grains 1 arrêt du 13 septembre llT-d, coïncidant avec une
ranime les pré- ^ ^
juges populaires mauvalsc récoltc, ranima tous les préjugés popu-
et ai"croït ' J J D I i
contre" '■nip'tt 'o-ires et permit aux ennemis puissants que Turgot s'était créés, dans le Parlement, dans la noblesse, dans le clergé, dans la lînance, de se compter.
Pendant les deux premiers mois de l'année 1775,
Turgot avait déployé une activité inouïe pour com-
MuLidie battre les ravages de l'épizootie. Il était malade et
de Turgot. .
gardait le lit lorsqu'il apprit que ce fléau « continuait de se répandre avec fureur et gagnait des l)rovinces où l'on avait espéré qu'il ne pénétrerait pas (2) ». Il rassembla ses forces pour dicter, de son lit, les instructions les plus efficaces pour arrêter la contagion. Elles étaient adressées aux intendants : il les faisait miprimer à Versailles et en corrigeait lui-même les épreuves. Il sentait bien, ajoute Dupont de Nemours, « cju'il prodiguait sa vie», mais le devoir l'emportait sur toute autre considération. « Cet effort appela la goutte sur la i)oitrine... Il demeura près
(1) BalLiie, Biographie de Turgot, p. 52.
(2) Dupont de Nemoui'S, Mémoires, t. \"1, ii. 182.
NOUVELLES nÉFORMKS 233
de quatre mois sans pouvoir se lever, et ne fut tiré de son lit que par le bruit des séditions qui prenaient pour prétexte la liberté du commerce des grains (1).
Le 20 avril 1775, des troubles éclatent à Dijon. Émeute à Dijon,
n T-> 1 1 -NT 1 1 '^^"^ '" Nord,
rL,n Bourgogne et dans le Nord, les pavsans se dans nie de
France, à Pans.
portent à de coupables violences; dans l'Ile de France, des bandes d'hommes ivres et furieux incendient les granges, les fermes, coulent à fond les bateau.x de blé, interrompent les arrivages par la basse Seine et l'Oise, et, menaçantes, vont demander à Louis X^'I, dans son palais de Versailles, de faire baisser le prix du pain. L'accusation de monopole et d'accaparement ne trouve que trop facilement faveur dans l'imagination populaire.
A Paris, on pille lés boutiques des boulangers et, La Ruerre
, , . ,. . , des larines.
suivant la logique ordman^e de ces sortes de séditions, on vide dans la Seine des bateaux chargés de blé. Le roi, cédant à une déplorable faiblesse, défend d'employer la force: il va même jusqu'à ordonner que le pain soit taxé à deux sols la livre. Le Parlement fait afficher dans Paris un arrêté qui défend les attroupements, mais qui promet que le roi sera supplié de diminuer le })rix du pain (2).
Le lieutenant de police ne chercha pas à arrêter Faiwesse
du lieutenant
de police
et de Maurepas.
(1) Dupont de Nemours, lUt'woires, l. VI, ji. 182.
(2) Mastier, Biogruiihlf de Tun/ot, p. 14i!. — L. de Laverpne, Turgol, p. 258. — Dictionnaire d'i'couomie politique : Turgot, p. 784. — Dupont de Nemoui's, t. \l, p. ISi.
23 i NOUVELLES REFORMES
l'émeute ; Maurepas lui-même, laissait faire et se montrait le soir à l'Opéra (1).
Énergie Au milieu de toutes ces faiblesses et peut-être
" ' aussi de ces trahisons, Turgot déploie une grande énergie. Il représente au Roi « le danger d'une commisération imprudente et fait donner ordre aux boulangers de ne vendre le pain qu'au prix courant (2)». Il obtient de Louis XM un blanc seing Le lieutenant ciui placc l'autorité militaire sous ses ordres. Le
de police
est destitue ; le Heuteuaut dc poHce Lenoir qui avait faibli devant l'émeute, est changé : il le remplace par l'intendant du commerce Albert, dont il connaissait la fermeté et l'énergie. Le maréchal duc de Biron reçoit le commandement général des troupes et réunit une armée de 25,000 hommes pour poursuivre les ômeutiers dans toutes les directions.
mariThal duc de lijron
prend le
commandement
des troupes.
Versailles.
Convocation Eu mêuic tcmps, Ic Parlement est mandé à Ver-
du Parlement à
sailles et forcé, dans un ht de justice, tenu le 5, d enregistrer une proclamation du roi qui attribuait la répression de la révolte à la juridiction pi'évotale. Un cliàtiment exemplaire fut infligé à quelques
(1) On Ut conli'c Maiii'opos une chanson Jont voici quelques vers ■
Monsieur le comte, on vous dcmaucle;
Si vous ne niellez le holii
Le peuple se rdvoUera.
Dites au peuple : n qu'il attende,
11 faut (luo j'aille à l'Opéra ! »
(2) lixtiail iruu.' Iclli'c (le Versailles du t! mai. Jiniriidl liixlorique de Maupcuu, t. \11, II. i'JT.
coupables. Une ordonnance du roi, affichée à Ver- ordonnance
•Il i'-r** ^■p ^^l -i î • contrôles
saules et a Pans, derendit de s attrouper sous peuie attroupements
et les émeutes.
de la vie, d'entrer de force dans les boutiques des boulangers, d'exiger- que le pain lut donné à un prix au-dessous du cours; dans tous les cas, elle ordonnait aux troupes de faire feu. Pour prévenir même tout prétexte de désordre, une nouvelle ordonnance fut rendue pour défendre aux acheteurs de denrées, dans les places et rues, d'avoir des bâtons, ni aucune espèce d'armes. Ces déclarations furent affichées dans les provinces, et en même temps «tous les commandants, intendants, et même les évêques, eurent ordre de se rendre respectivement chez eux, pour y remplir leurs fonctions (1) ».
L'émeute était vaincue : tout rentra bientôt dans uepression
,, , - , . . . , , - 1 1 rri de l'cineute ;
1 ordre. Le 11 mai 1 / /o, sur les conseils de lurgot, amnistie génole roi accordait une amnistie générale « a toutes personnes de quelque qualité qu'elles soient, entrées dans les attroupements par séduction ou par l'exemple des iiiinciiiaux séditieux, i)Ourvu qu'elles rentrent sur le champ dans leurs paroisses et qu'elles restituent en nature, ou en argent, suivant la véritable valeur, les grains, farines ou pain qu'elles ont pillés ou qu'elles se sont fait donner au-dessous du prix courant. Les seuls chefs et instigateurs de la sédition sont exceptés de la grâce portée dans la présente ordonnance. »
Le Roi écrivait en même temps aux évêques et aux Lettre du roi
aux évêques
cui'és et les priait de l'aider à calmer les efferves- et aux cures.
(l) Joui nul liistorii/uc du chancelioi' Maupoou, 1. VII, p. 314.
236 NOUVELLES RÉFOR.MES
cences populaires et à éviter le retour de semblables désordres. « Je suis bien persuadé, écrivait Louis X\"I aux évéques, que je n'ai rien à prescrire à votre zèle; mais si le désir de m'être agréable peut l'accroître, soyez sûrs qu'on ne peut mieux me servir et me plaire qu'en préservant les peuples de tout malheur. »
Hostilité Le clereé ne se conforma qu'avec répugnance
du clergé contre i i o
Turgot. aux ordres du Roi. « Il fut scandalisé qu'o/i (Turgot) fit ainsi empiéter Sa ^Majesté sur ses droits et qu'on lui attribuât en quelque sorte celui de donner des instructions en chaire(l). » Quelques évéques, regardant Turgot comme un athée « à raison de ses liaisons avec les philosophes du jour (^) ne furent pas mécontents de voir toutes les difficultés qu'il avait éprouvées dans CQtte guerre des farines ».
du Parlement D'autrc part, le Parlement ne pardonna pas l'at- ^* '^.u'bTir'''" teinte portée à son autorité : la confiance du Roi fut ébranlée par le spectacle de la guerre civile. Le Roi et la Reine étant venus à Paris, y furent reçus avec froideur. « C'est à votre Turgot que nous devons cela », dit la Reine. Dans le public, i se répandit l'opinion qu'après avoir causé la disette par ses fausses mesures, le ministre avait montré une sévé- Chansons j-ité exccssivc pour défcudrc son iioavoir(3) ». Les
et epigrammes. i i \ /
chansons et les epigrammes commençaient à pleu-
(1) Journal liixlorique <Iii chancelier Maupcou, l. \'I, p. 326.
(2) Juunial liixloiiqiic du chancelier Maupcou, l. VI, p. 326.
(3) L. de Lavergne, Tiiryot, jj. i58.
voir. Dans l'une d'elles, l'Expci-ience économique? on désignait Turgot sous le nom d'un Limousin :
Un Limousin, très grand réformateur, D'un beau haras fait administrateur, Imagina, pour enrichir le Maître, Un beau matin de retrancher h? paître Aux animaux confiés à ses soins:
Un Limousin réformateur.
Et l'économe en les vuyaul périr Dit : Ils allaient se faire à l'abslinence; Mais on leur a conseillé de mourir Exprès pour nuire à mon expérience.
Dans une autre, on l'accusait d'être la cause de la « qui nous rend
le blé cher cherté du blé : en France ?
C'est Turgot!»
" Est-ce Maupeou tant abhorré Qui nous rend le bh' cher en France ; Ou bien est-ce l'abbé Terrai ?
Est-ce le clergé, la finance ?
Des Jésuites est-ce vengeance?
Ou de l'Anglais un tour falot ?
Non, ce n'est point là le fin mot.
Mais voulez-vous qu'en cunlidence Je vous le dise?... C'est Turgot! n
Que nous sommes loin, hélas! bien que quelques mois à peine nous en séparent, des acclamations joyeuses qui avaient salué l'arrivée au pouvoir de ce malheureux ministre attaqué maintenant par tout le monde et que quelques amis défendent de leur mieux!
Le maréchal duc de Biron ne fut point épargné. .'•«' siné;ai
Jean Farine.
On le chansonna dans un couplet assez humiliant sur l'air de Joconde :
" De rue eu rue, au petit trot,
» Tu chasses la famine ;
" Général, digne de Turgot,
« Tu n'es qu'un Jean Farine. »
Rapports du Roi Une oucstion d(Micatc vint encore troubler les
avec Tur^'ot.
Un contrùieur rapports du Roi avec Turgot. Louis XVI était pieux ""if mes'se"et ^ '^^ crovaut ; Turgot, lui, n'avait que des croyances qiii"nVva'pas. pliilosophiquos et ne suivait pas les plus simples pratiques de la religion. Le Roi dit un jour à M. de Maurepas : « Vous m'avez donné un contrôleur général qui ne va pas à la messe ! — Sire, répondit Maurepas, l'abbé Terray y allait. »
La cérémonie Dans uuc circoustance grave, Turgot dut blesser
du sacre.
les sentiments religieux du Roi. Par mesure d'économie, Turgot avait propose de faire célébrer la cérémonie du sacre à Paris; mais le Roi voulait, comme ses ancêtres, être sacré à Reims. Premier sujet de mécontentement. Le sacre se fit donc à Reims, suivant le céi^émonial usité. D'après l'ancien usage, le Roi devait prononcer le serment de « prolé- Exterttiiiipr iier l'Églisc catholique », « d'exterminer les héréti-
le» liéri'ti.iiies. c) o i '
qiies »; de maintenir les prérogatives des ordres du Saint-Esprit et do Saint-Louis ; d'observer l'édit contre les duels. Turgot demanda la suppression de ces formules de serment ; il en rédigea de nouvelles, que le Roi, suivant lui, « pouvait prêter sans violenter sa conscience d'une i)art, etde l'autre sans
manquer d'une manière trop éclatante aux anciens usages (1) ».
Turgot pensait que le Roi jiromettait trop au clergé ce que Turpot et trop peu à la nation; (ju'ii jurait d'exterminer tie/sermems les hérétiques, serment qu il ne pouvait tenir sans violer les droits de la conscience, les lois de la raison et celles de l'humanité. Il pensait que lorsqu'un roi, « (|ui n'a rien au-dessus de lui sur la terre, i)renait ainsi à la face du ciel un engagement avec les hommes, il ne devait jurer de remplir que des devoirs réels et importants (2) ï .
Louis X.VI était naturellement tolérant, mais il voiomé du noi lui l'épugnait de ciianger quoi que ce tut aux tormes rien changer, antiques : le clergé ayant insisté pour le maintien du serment, il le prêta, non sans un grand trouble. Turgot ne se tint pas pour battu. Il adressa plus tard au Roi un long mémoire pour lui démontrer qu'il ne pouvait être lié par un engagement injuste. Le ton et la forme de ce mémoire durent indisposer le Roi contre le ministre qu'il avait jusqu'alors énergiqucment soutenu.
d III.
Mais « plus le flot grossissait contre Turgot, plus cominuaii™
•1 • -fi'ii/» A- ■ ^^'^ ri'fonnes de
il montrait une hauteur inflexible (.5) ». Ai)res avoir Turgui pour
(1) Condorcet, Vie de Tiiigot, p. Ir3'i.
(2) Condorcet, Vie (h: Tunjot, p. 1.S5.
(3) Foncin, Essai sur le ministère île Turgot, I. Il, ch. viii, p. 245,
assurer laîiberlé
du commerce
des grains.
maintenu la liberté du commerce des grains contre l'émeute et le Parlement, Turgot en assura le développement parla suppression de plusieurs entraves légales (1). A Dijon, à Beaune, à Saint-Jean-de- Aboiition Losne, à Montbard, à Pontoise, à Bordeaux, des certains droits droits d'octroi élevés frappaient les denrées alimen-
d'octroi. ^ 1 r~i
tan-es. Des arrêts du Conseil en prononcèrent successivement l'abrogation.
Abolition A Roueu, Ic mouopolc du commerce des grains
de divers mono- ....
pôles existant appartenait à des marchands privilégiés, créés en titre d'oftice, au nombre de cent douze. Comme les abus en entraînent toujours d'autres, ce privilège avait été étendu jusqu'aux chargeurs et porteurs dont la profession était achetée moyennant finance. Il y avait là quatre-vingt-dix porteurs, chargeurs et déchargeurs de grains, pourvus de titres remontant à près d'un siècle.
Suppression Cc u'cst pas tout : uu droit de banalité était atta-
de droit
de banalité, elle aux ciuq moullns de la ville. Les boulangers de Rouen ne pouvaient employer d'autres farines que celles provenant de ces moulins ; ils étaient obligés de payer un droit de mouture sur celles qu'ils faisaient moudre ailleurs. A cet enchaînement de restrictions, Turgot substitua la liberté pure et simple : mais ne voulant, toutefois, léser aucun intérêt particulier en assurant l'intérêt général, il fît rembourser aux titulaires la « finance » (2) des offices sup-
(1) Arrêt du 23 juin 1770, enregistre au Parlement de Rouen, mais donné à Reims.
(2) On appelait finance la soimne payée pour l'acquisition d'une charge.
primés et accorda une indemnité à la ville de Rouen pour l'abolition du droit de banalité.
Presque en même temps, d'autres mesures tou- Le^ forges
. , , ,. , d'.Uais.
chant aux questions les plus diverses sont adoptées et rendues exécutoires par Turgot. Il facilite le voyage en Angleterre d'un brigadier des armées du Roi qui voulait construire, près d'Alais, des forges à charbon de terre, et désirait étudier les procédés employés par les Anglais. Il accorde une subvention de 4,000 francs pour ce voyage, les États du Languedoc devant payer la moitié de cette somme, et le solde restant à la charge du trésor royal (1).
Un arrêt du 6 septembre 1701 interdisait l'entrée L'entrée des
1 • 1 ) » 1 o colons et laines
en h rance des cotons et lames d Angleterre, our d'Angleterre
est rendue libre.
la demande des entrepreneurs des manufactures de Rouen, il lève cette interdiction et donne des instructions à ce sujet à l'intendant de cette ville.
Un arrêt du Conseil du "-li juin 1775 déclare que suppression
,,,,., ,,.,., des privilèses
1 art de polir les ouvrages d acier n était du ressort pour poUr
^ ^ ^ les ouvrages
d'aucune corporation et qu'il serait désormais en- d-acier. tièrement libre. Turgot estime que cette liberté illimitée ne peut tendre « qu'à perfectionner en France un art que les ouvriers d'un royaume étranger n'ont exercé jusqu'ici avec supériorité que par la substitution des encouragements aux gênes toujours destructives ; que la concurrence multipliera la main d'œuvre et produira le meilleur marché de la
(1) Archives nationales, folio 12, p. 151, 1775.
marchandise ». Mais, en même temps, il faisait défense aux Parlements d'avoir à délibérer à ce sujet « à peine de nullité de leurs jugements (1), car il savait qu'ils étaient tous grands protecteurs des jurandes, fécondes sources de procès (2). »
Nominaiiûu Le même jour, il s'occupait de la nomination des
lies rt'"'issL'ijrs
des lioudies réffisseurs préposés à l'administration des poudres
el salpêtres. o i i ^ i
et salpêtres et donnait toutes les instructions nécessaires pour cette régie. Il faisait connaître les cautions des régisseurs, déterminait la quotité et l'intérêt de leurs fonds d'avance, et réglait leurs fonctions « tant publiques qu'intérieures s .
Suppression II Supprimait une quantité d'offices inutiles tels
d'offices inuliles
que ceux de «commissan-es, receveurs, payeurs, commis et greftiers des saisies réelles «.Cette légion de parasites fut remplacée par un seul administrateur auquel il doinia le titre de « conseiller commissaire, receveur et contrôleur général des saisies réelles prés notre Cour et Parlement » .
Les einpiants Pour assufcr l'ordrc et la régularité dans les eicommanauiés. fînances dcs villcs et communes aussi bien qu'il s'appliquait à développer ces principes dans les finances de l'Etat, Turgot fit rendre un arrêt par le Conseil d'État aux termes duquel les « villes, corps, communautés, hôpitaux et paroisses» ne pourraient plus être à l'avenir autorisés à contracter
(1) ArrOt du 24 juin 1775. Dupont do Ncmoui's, t. VUl, p. 357.
(2) Dupont de Nemours, JUemuires, l. VU, p. 357.
er, d'utilité [)ublique.
des emprunts qirautaiit qu'elles en auraient assuré l'ainortissement et le remboursement (1).
Il étudiait Sun projet sur les nuuiicipalités, or- Travaux
... III 1 'L politiques
ganisatum [)oliti(]ue nouvelle tlu pays; s oceupait des ti'avaux du canal de Picardie, de celui de Bourgogne, de la navigation de la Charente, de la régie des messageries, etc. Ces préoccupations si variées ne lui faisaient pas perdre de vue la grande réforme d'ensemble qu'il méditait, malgré tous les obstacles qui se dressaient et se multipliaient devant lui, mais n'arrêtaient ni son courage, ni sa volonté.
« Noblesse d'argent, noblesse d'épée, noblesse Ligue d'Église, noblesse de robe, noblesse de plume et jusqu'à noblesse d'atelier, tout ce qui avait un privilège s'unissait contre Turgot (i2). » Tous les prétextes, les plus sérieux comme les plus futiles, semblaient bons pour le discréditer. Quand il s'était occui)é des messageries, Turgot avait complètement réorganisé ce service des voitures publiques. On ^es lurgoUnes. appela ces voitures des Tunjotùu's, et tous les frondeurs du ministre saisirent cette occasion de le tourner en ridicule. On le chansonnait; le couplet suivant entre autres, eut le plus grand succès :
u Miiiistie ivi'e d'urgueil, trnnchant du souveraiit, Toi qui, sans t'émouvoir, fais tant de misérables, Puisse ta poste absurde aller d'un si yrand liaiii, Qu'elle te mène à tous les diables (3), »
(1) Arriît du 24 juillet 1775.
|2| Foncin, Essai sur le ministère de Tunjot, p. 3(33.
(3) Corr. Métra, t. III, p. 133.
244 NOUVELLES RÉFOnMES
Service de cette GiVice à cette « poste absLirdc » on put cependant,
aposte absurde». . -, .
par exemple, ne mettre que cuiq jours et demi pour aller de Paris à Bordeaux, au lieu de quatorze ; ces nouvelles diligences étaient organisées avec leurs chevaux de poste, leurs relais, leur postillon, leur conducteur, leur feuille de route. Turgot les avait installées c telles à peu prés qu'elles sont restées jusqu'à nos jours, telles qu'on les trouve encore dans les contrées où, par exception, les chemins de 1er n'ont pas encore pénétre (1) ».
Redoublement Los lialues s'accumulaieut donc sans cesse contre
des haines
contre Turgot. Turgot. Il dcvait déterminer lui-même la crise finale en prenant l'offensive contre ses adversaires; ses idées et ses mesures libérales lui avaient déjà créé de nombreux ennemis. La lutte allait continuer plus acharnée que jamais.
(1) Foncin, liv. U, ch. .xi, p. 279.