CHAPITRE PREMIER
TURGOT INTENDANT DE LA GÉNÉRALITÉ DE LIMOGES PROJETS — PREMIÈRES RÉFORMES - LA TAILLE
^ I"-. — Félioilalions de \"ollairc. — Le « mallieur d'ùlrc irUrndarit ». — Ce que Turgot devait faire. — L'autorité d'un intendant. — La généralité de Limoges. — La perception dos impôts. — Le commerce. — La milice. — La corvée. — Misère des habitants. — Les maux qui les accablent. — Turgot refuse l'intendance de Lyon. — Raisons de son refus. =: ? IL — Les projets de Turgot. — La répartition des tailles. — Les réformes que Turpot réalise. — Instructions aux commissaires des tailles. — Ecarter la défiance du peuple et lui inspirer confiance. — Les paysans; leurs intérêts et leurs besoins. — Lettres au Contrôleur général et avis an Conseil d'État. — Excès des impositions ; leur inégalité. — La part du Roi. — Résultats obtenus. — Un charlatan d'administration. = g III. — Nouveaux avis et réclamations incessantes au Conseil d'État sur les impositions. — Mémoire de Turgot sur la surcharge des impositions de la généralité de Limoges. — La grande et la petite culture. — Ce que Turgot désignait par ces mots.
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Félicitations de A pcine la iiomination de Turgot à l'intendance
Voltaire. . • n
du Limousin était-elle connue, que Voltaire lui adressait le petit mot suivant : « Un de vos conTrères vient de m'écrire qu'un intendant n'est propre qu'à faire du mal; j'espère que vous prouverez qu'il peut faire beaucoup de bien. » Et Turgot lui répond : Le (c malheur «... J'ai le mallieur d'être intendant. Je dis le mal-
d'ptre
intendant ». lieuv, Car dans ce siècle de querelles, il n'y a de bonheur qu'à vivre philosophiquement entre l'étude et ses amis. C'est à Limoges qu'on m'envoie. J'aurais beaucoup mieux aimé Grenoble qui m'aurait mis à portée de faire de petits pèlerinages à la chapelle des capucins, et de m'instruireavecle Grand-Prêtre. Mais notre ami, M. de Choiseul, a jugé que pour remplir une place aussi importante, j'avais encore besoin de quelques années à' école (1)... »
ce que Tur-ot Ccs dcux Icttrcs indiquent en quelques mots
devait faire. ., ,., „ ,, . ,.
1 œuvre qu il lallait accomplir.
Il y avait, en effet, beaucoup de bien à faire dans la généralité de Limoges, et Turgot en fit beaucoup. Pour le nouvel intendant, ce poste élevé était une école, celle de la pratique des affaires ; ce fut aussi une période de « grande lutte (2) ».
Au lieu de continuer à vivre tranquillement dans la société des gens de lettres et des économistes et à
(1) 24 aoûtl7Gl.
(2) Daudrillart, Étude de philosophie morale et d'économie politique, p. 38.
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travailler pour la science et la philosophie, il avait IDensé qu'il pouvait rendre de plus grands services à son pays en entrant dans l'administration Pendant treize ans, il allait se consumer en efforts au fond d'une province pauvre, abandonnée, développer toute son intelligence et son activité, lutter contre les préjugés du peuple, l'indifférence du gouvernement, pour arriver à procurer quelques légères améliorations au sort de malheureux paysans.
L'autorité directe d'un intendant était très limitée : L'autorUé
„ . . , i 1 • d'un iuteadant.
ses fonctions, comme représentant du pouvon% pouvaient se borner à l'exécution de quelques ordres transmis par le ministre, à décider provisoirement sur quelques procès de finance ou de commerce dont l'appel était porté au Conseil : mais comme agent du pouvoir exécutif qui prenait ses décisions d'après ses avis et ses mémoires, il exerçait une grande influence sur la prospérité d'une province. D'après les comptes qu'il rendait, les informations qu'il prenait, les mémoires qu'il envoyait, les ministres décidaient toutes les affaires.
L'intendant d'une province était, en réalité, le maître absolu de ses destinées : sa puissance secrète était encore plus grande que son autorité publique. Turgot avait donc une lourde charge à remplir; mais il arrivait dans l'administration avec un fonds de connaissances solides, un ardent amour de progrès et de liberté et une haine violente contre tous les abus.
La généralité de Limoges comprenait le Limousin ^a s^jj^^j-^^^''* d^