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La pièce de Bon commençait par ces vers

Peuple jadis si fier, aujourd’hui si servile.

Des princes malheureux vous n’ètes plus l’asile.

Les deux pièces sont imprimées dans la Vie privée de Louis XV et dans le Chansonnier historique du xvuie siècle. L’auteur de la première était Desforges qui fut embastillé le 17 août 1 7 4g , puis interné au Mont Saint-Michel. Funck Brentano, Les Lettres de Cachet.

Brucourt avait une mémoire étonnante; il lui suffisait de lire ou d entendre une ou deux lois un morceau pour le retenir; il savait par cœur la plupart des poésies fugitives de Voltaire et en avait le cerveau si garni qu’ayant un jour à écrire à son frère le Chevalier, à Malte, il en remplit sa lettre. Il avait entendu la satire de l’abbé Bon; il se la rappela et la dicta à Sigorgne qui, à son tour, la dicta à des étudiants et à des amis; elle se répandit par là rapidement.

La police s’émut et arrêta plusieurs personnes, entre autres un professeur du Collège de Bayeux, qui avoua avoir écrit sous la dictée de Sigorgne. Celui-ci fut mis à la Bastille le 16 juillet 1749; il refusa longtemps de dire de qui il tenait la pièce, puis se confessa au lieutenant de police. Par égard pour la famille Turgot, l'affaire fut étouffée. Si gorgne sortit de prison le 23 novembre et fut exilé à Rambercourt-aux-Pots1. L’abbé Bon ne fut pas inquiété, mais la peur lui tourna la tête 2.

1. Funck Brentano, Les Lettres de Cachet. Turgot, quand il fut ministre, fit donner à Sigorgne une abbaye.

a. Turgot finit par le recueillir ; c’est dans sa maison qu’il mourut.

A l’époque où se passa l’incident qui vient d’être rapporté, Brucourt était, depuis le 3i décembre 1749, prieur de la Sorbonne, dignité qui ne se conférait qu’aux jeunes gens d’avenir; elle entraînait à certaines dépenses et exigeait des talents. Le prieur tenait les clefs de la maison, pi’ésidait aux réunions exceptionnelles, y prononçait des discours latins et faisait dans la même langue des compliments aux candidats. Les plus importantes de ces réunions étaient les Sorbonniques, qui revenaient tous les deux ans et qui se succédaient pendant six mois ; c’est là que les bacheliers soutenaient leurs thèses. Pendant le priorat de Turgot, l’abbé Morellet soutint la sienne.

La séance d’ouverture des Sorbonniques était très solennelle ; des prélats y assistaient, le prieur y lisait un grand discours. A la séance de clôture, tenue avec moins d’éclat, il en prononçait un autre.

Les oraisons de Turgot furent très remarquées. Dans la première, prononcée le 3 juillet 1760, en présence du Cardinal de La Rochefoucauld, le jeune prédicateur traita des (( avantages que l’établissement du christia-

nisme a procurés au genre humain )) ; dans la seconde, prononcée le 1 1 décembre, il lit le « tableau philosophique des progrès de l’esprit humain », et dans ce tableau, comme l’ont signalé Laboulaye et M. Frédéric Passy, il a le premier posé en principe que, dans son ensemble, la marche de l’humanité est progressive.

Le père de Turgot avait écrit à son hls le Chevalier : « Je vous ai mandé le succès prodigieux de la harangue que l’abbé fit au mois de juillet. » Le succès de la harangue de décembre ne fut pas moindre. C’est là que se trouve la phrase souvent citée, parce que les événements ont justifié la prédiction qu’elle renferme :

(( Les Colonies sont comme des fruits qui ne tiennent à l’arbre que jusqu'à leur maturité; devenues suffisantes à elles-mêmes, elles font ce que fit Carthage; ce que fera un jour l’Amérique. »

Turgot n’avait pas été toutefois le seul à deviner l’avenir des colonies américaines. Maurepas persuadé qu’elles secoueraient bientôt le joug de l’Angleterre, avait en 1 749 projeté entre

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