‹ TurgotChapitre 19 sur 79 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

3. Essai sur la vie, les écrits et les opinions de Malesherbes.

latine, il chargea son secrétaire Cailliard de consulter sur ses essais malheureux de vers métriques Mme Blondel, sans nommer l’auteur, et en même temps l’engagea à s’adresser à elle pour un appui dont la sœur de Cailliard avait besoin :

a Ne craignez pas de l’embarrasser quand il s’agit de rendre service, lui dit-il h »

Sans être une grande dame, comme la duchesse d'Enville, Mrae Blondel avait dans le monde une position assez élevée; elle tenait par sa famille à la diplomatie et à la finance.

Son mari, longtemps attaché à l’ambassade de Vienne, fut en correspondance secrète avec Louis XV et prépara l’alliance de la France et de l’Autriche. A la Révolution, on trouva son nom sur un papier que Marie-Thérèse avait remis à Marie-Antoinette pour lui signaler les personnes de sa connaissance.

Le père de Mmc Blondel, Batailhe de Francès-Daville, d’origine alsacienne, avait été receveur général des finances à Soissons. Il avait cédé sa place à son fils ainé et marié l’une de ses filles à un riche fermier général, Douet,

i. Lettres inédiies à Cailliard , 1770.

le négociateur clu bail David. Un autre de ses fils, connu sous le nom de Francès, joua à l’ambassade de Londres un rôle analogue à celui de Blondel à Vienne. Gomme lui, il fut dans le secret du lioi ; les lettres d Eon de Beaumont passaient sous ses yeux avant d’être envoyées à Paris1.

Lorsque Turgot, ministre, voulut se créer des appuis dans le Conseil, afin de pouvoir triompher de f indécision de Louis X^ 1, de f égoïsme de Maurepas et de f hostilité de ses collègues, il essaya de pousser Francès jusqu’au ministère, avec leurs amis communs, l'abbé de Yéry et Malesherbes,

Il confia, en outre, au fils de Mme Blondel, maître des requêtes, l’intérim d’un office d’intendant de commerce vacant par le renvoi de Brochet de Saint-Prest, l’homme des affaires de blé sous l’abbé Terray.

Blondel fils resta dans l’administration comme intendant du commerce, puis comme intendant des finances, après la chute de son protecteur. En 1792, son poste ayant été supprimé, il fut attaché au ministère de l’intérieur, avec

a. Archives Nationales.

le titre de chef de division, président du bur eau des subsistances. Dénoncé comme émigré parce qu’il avait été remplir une mission en Angleterre, il fut défendu par Roland1, alors son ministre, précédemment son subordonné, et partisan comme lui de la liberté du travail.

Un registre conservé aux Archives Nationales le montre en dernier lieu réclamant officiellement à Du Pont de Nemours des papiers que celui-ci avait détenus comme inspecteur général des manufactures et, quelques jours plus tard, après le io août, résignant ses fonctions.

Du Pont était ensuite proscrit; la sœur de Mme Blondel était, avec son mari Douet2, menée à l’échafaud ; la duchesse d’Enville voyait assassiner son fils sous ses yeux. Les meilleurs ami s de T urgo t , après avoir participé ou applaudi aux événements de 178g, étaient frappés dans leurs personnes ou dans leurs affections.

1 . Lettre au Moniteur. On sait que Roland avait été inspecteur des manufactures.

2. Il n’avait pas été poursuivi en même temps que les autres fermiers généraux, mais :1 fut bientôt dénoncé et guillotiné, trois jours après Lavoisier. Il avait 73 ans, Mme Douet en avait 60. Leurs domestiques demandèrent à la Convention le paiement de leurs gages; Cambon donna un avis favorable en faisant valoir que la Nation avait confisqué aux fermiers généraux assez de millions pour pouvoir payer cette dette légère.

PORTRAITS DE TURCOT

La logique me conduirait à parler des amis de Turgot ; mais ils sont si connus que ce serait sans intérêt. Je ne citerai que quelques noms.

Le premier est celui du marquis de Chambors 1 , parent et compagnon d’enfance de Turgot, dont la perte fut son premier cliagrin. Ce malheureux gentilhomme, écuyer du Roi, fut tué en iy55 d’un coup de fusil par le Dauphin, fils de Louis XV, dans un badinage au retour de la chasse 2. On se rappelle que, dans ces dernières années, le fisc, pris de scrupules qu’il n’avait pas connus sous nos gouver-

1. Yves-Jean-Baptiste de la Boissière, marquis de Chambors, né en 1726.

2. Correspondance de Mercy et Mémoires de d’Argenson. Turgot resta l’ami de la veuve du Marquis.

nements successifs, refusa, sans une décision formelle du Conseil d’Etat, de payer aux descendants du marquis la pension que Louis XV leur avait accordée. Le Conseil d’Etat, comme il fallait s’y attendre, fit intégralement respecter l’engagement pris au nom de la France par un de ses rois.

Je signale aussi, parmi les amis du premier rang, les deux Trudaine. L’un, Trudaine le fils ou Trudaine de Montigny \ homme aimable et honnête, attaché fortement aux opinions libérales en économie politique, fut un des camarades de jeunesse de Turgot, puis son collaborateur au Contrôle Général. Dans son château de Montigny, où allait aussi Malesherhes, furent préparées bien des réformes. D’autre, Trudaine le père, intendant des finances, ayant le « détail » des ponts et chaussées et l’administration du commerce, plus puissant que beaucoup de ministres, fut l’instructeur affectueux de Turgot en administration.

Un petit fait montre en quelle estime il le tenait. Les ingénieurs se réunissaient chez l’intendant dans des assemblées qui ont été

i. Il fut adjoint à son père en 1759 et lui succéda en 176g.

1 origine du Conseil Général des ponts et chaussées et qui étaient peu solennelles; il n y avait pas de procès-verbaux ; Perronnet se bornait à relever dans des notes sommaires 1 objet des délibérations. Dans l’une de ces notes, à la date du 18 janvier 1761, est cette mention ; « M. T urgot, maître des requêtes, ayant dîné chez M. Trudaine, assiste à la séance ‘. »

Un autre des amis de Turgot, dont j'ai déjà prononcé le nom, est l’abbé de Véry. Grand vicaire à Bourges au sortir de la Sorbonne, puis auditeur de rote et abbé de Saint-Satur, il était l’admirateur de Turgot après en avoir été le condisciple; il a contribué, par ses relations avec Mme et M. de Maurepas, à le faire arriver au ministère, et il l’a soutenu ensuite avec un dévouement qui lui a fait perdre pour toujours la confiance du Mentor du Roi.

Je rappelle, sans m’y arrêter, les noms de Vincent de Gournay1 2, de Malesherbes, de Condorcet, de Du Pont de Nemours. Dans sa

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