‹ TurgotChapitre 36 sur 79 · Avril · texte numérisé non relu

Avril

2. Les réunions commencèrent en 17G6; elles cessèrent en 1777- On n’y parlait pas seulement d’économie politique

à la secte des économistes, mais ceux-ci savaient qu’ils pouvaient compter sur lui. Il avait pris part, sous la direction de Trudaine, et avec Du PontdeNemours, à la rédaction del’éditde 176/1 qui donna la liberté au commerce des grains et dont le préambule est tout physiocratique. Il avait, au mois de juillet 176b, mis au concours pour 1767, à la Société d'agriculture de Limoges qu’il présidait, la question de l’impôt indirect et avait rédigé le programme dans des termes que n’auraient pas désavoué les disciples les plus intransigeants de Quesnay :

« Les personnes les plus éclairées dans la science de l’économie politique savent depuis longtemps que tous les impôts, sous quelque forme qu’ils soient, retombent nécessairement à la charge des propriétaires de biens-fonds et sont toujours en dernière analyse payés par eux seuls, ou directement ou indirectement... Ces personnes affirment que l'impôt indirect retombe sur les propriétaires d’une manière beaucoup plus onéreuse, qui a même été évaluée dans quelques écrits au double de ce qu’on payerait, si l’Etat avait demandé direc-

proprement dite: en 177/é Du Pont y donna lecture des lettres de Turgot sur la justice criminelle.

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tement aux propriétaires la même somme que le trésor public retire de l’impôt indirect. » En adressant à Hume, avec qui il était en correspondance, un exemplaire de son programme, Turgot écrivit :

« Nos philosophes économistes, sectateurs <( de Quesnay, soutiendront facilement le sys- « tème de leur maître. C'est un système dont « les écrivains anglais sont fort éloignés quant à « présent et il est trop difficile d'en concilier les «. principes avec l’ambition de monopoliser le « commerce de l’univers pour espérer qu'ils « l'adoptent d’ici à longtemps. Il serait cepen- « dant bien à désirer que M. Pitt et tous ceux « qui conduisent les nations, pensassent comme « Quesnay sur tous les points... »

Turgot faisait ici allusion au libre échange, auquel Ilume, quoique ayant, dans un pamphlet, combattu la « jalousie du commerce », n’était pas attaché aussi résolument que les économistes français 1 . En ce qui concernait l’impôt, le philosophe anglais comprenait mieux que ceux-ci les phénomènes d’incidence et n’était pas du tout de l’avis de Turgot.

i. Voir son opuscule sur la Balance du Commerce, traduction Formentin (Petite Bibliothèque Economique), p. 86.

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Il 1 ui fil remarquer que son programme semblait indiquer dans quel sens les concurrents devaient conclure.

« J'ai, en effet, répondit Turgot, donné le « prix plutôt pour engagera travailler sur l’apte plication des effets de l’impôt indirect, évalua- « lion assez incertaine pour moi quant à la quo- « tité, que pour faire traiter la question générale « sur laquelle j’ai une conviction entière1. »

En vain Hume essaya-t-il de convaincre son correspondant :

« Vous avouerez, lui dit-il, que les res- <( sources publiques devant être employées à la «défense delà communauté tout entière, il est « équitable de les tirer de tout le monde; mais « vous dites que c’est impraticable et que le « poids en tombera sur la terre en fin de compte « et qu'il vaut mieux imposer la terre direc- « tement. Vous supposez donc que les travail- « leurs se font toujours payer le prix de leur « travail en raison des impôts. Mais c’est con- « traire à l’expérience... Le prix delà main «d'œuvre dépendra toujours de la quantité de « travail et de la demande d’ouvrage et non pas

i. Septembre 1766.

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«des impôts. Les marchands qui fabriquent le « drap qu on exporte, ne peuvent élever le prix « de leur main-d’œuvre parce que, s’ils le fai- (( saient, ledrap seraittrop cherpour être vendu « sur les marchés étrangers et ceux qui travaillent « pour la consommation du drap à l’intérieur ne « peuvent pas non plus élever leur prix, car il (( n'y a pas deux prix pour la même espèce de a main-d'œuvre. Qu’arrive-t-il quand le blé « monte de prix P Le pauvre n’a-t-il pas une vie « plus dure et un travail plus grand; une taxe <( produit le même effet. Je vous prie aussi de « considérer que, en sus des propriétaires de (( terres et des pauvres travailleurs, il y a touu jours un nombre considérable de gens très « opulents qui emploient leurs fonds dans le <c commerce et qui jouissent du travail des <( pauvres... Je trouve très juste que ceux-là a payent pour les besoins de la communauté. »

A ces observations, Turgot répondit le 20 mars 1 7O7 :

« Vous observez avec raison que ce ne sont « point les taxes plus ou moins fortes qui déter- « minent le prix des salaires, mais uniquement « le rapport de l’offre à la demande. Ce principe « n’a jamais été contesté... »

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