‹ TurgotChapitre 63 sur 79 · Correspondance de Du Pont et du marcjrave de Bade · texte numérisé non relu

Correspondance de Du Pont et du marcjrave de Bade

2. Les Nouvelles Ephémérides renferment des articles militaires de lui.

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avoir soutenu Turgot, s’efforça de lui nuire.

A l'automne de 1775, Maurepas, qui avait repris toute la confiance du Roi, se figurait que le Contrôleur général voulait le remplacer. L’opposition devint plus audacieuse ; la réforme des Messageries lui servit de prétexte pour une campagne de brochures clandestines.

Celles qui firent le plus de bruit furent dirigées non ostensiblement contre Turgot, mais contre son collaborateur Devaines. La première, distribuée en novembre 1775, est un tissu d ineptes calomnies ; cependant, Devaines s’en émut; Turgot crut devoir y répondre en faisant nommer son premier commis lecteur du Roi et en lui adressant une lettre publique où on lit :

« Trop de gens sont intéressés au maintien des abus de tout genre pour que tous ne fassent pas cause commune contre quiconque s’annonce pour vouloir les réformer... Il faut se dire à soi-même ce que le Roi me disait le jour de l’émeute à Versailles : Nous avons pour nous notre conscience; avec cela nous sommes bien forts. »

Parut un second libelle, encore contre Devaines et presque aussi inepte que le pre-

Schelle. — Turgot

mier. Cette fois, l’auteur fut obligé de se déclarer; c’était un avocat du nom de Blonde qui, sur ordre contresigné par Malesherbes, fut mis à la Bastille. Il n’y resta toutefois que quelques jours, car le Parlement le soutint 1 .

On était au mois de janvier 1776. L’opposition était déchaînée. Les financiers se doutaient que Turgot voulait supprimer la gabelle et casser ensuite le bail de la ferme en remboursant les fonds des fermiers. Le projet de reconnaissance civile des protestants avait indigné la partie intolérante du clergé. Le projet de réforme de la maison du Roi avait soulevé toute la Cour. Enfin la Reine ne pardonnait pas à Turgot de s’être opposé à des distributions de faveurs et avait fini par se persuader qu’il était un ambitieux capable de A’ouloir bouleverser le Royaume pour devenir quelque chose comme un Cromwell.

Bien que sentant venir l’orage, Turgot dressait ses plans de réformes et, comme Malesherbes lui conseillait d’attendre, il lui ré-

1. La police avait d'abord enfermé, le 20 novembre 177 5, un colporteur dont Blonde prit la place le 20 janvier 1776. Funck Brentano, Les Lettres de Cachet.

pondait : « Dans ma famille, on meurt à cinquante ans. »

Il avait achevé, au début de l’année 1776, les six projets d’édits dont l’adoption fut à la fois pour lui un triomphe éclatant et le prélude de sa chute.

D'importance très inégale, les édits avaient pour objet :

i° La suppression de la corvée dont un an auparavant Louis I avait adopté le principe et qui, en réalité, était faite; mais il fallait assurer l’exécution des travaux publics au moyen d’autres ressources; Turgot proposait des taxes locales et territoriales, auxquelles tous les propriétaires1, privilégiés ou non, y compris le clergé, seraient assujettis ;

2° La suppression de la police des grains à Paris, en suite des lettres patentes du 2 novembre 1774, et la suppression de tous droits locaux sur les grains, complément d édits qui avaient fait disparaître nombre d’entraves au commerce des céréales ;

3° La fixation d’un délai pour le rembour-

1. De biens-fonds ou de droits réels, sujets aux vingtièmes, à proportion de leur contribution au rôle de cette imposition.

sement des offices des quais, halles et ports, supprimés par acte antérieur ;

4° La suppression des Jurandes et communautés de métiers qui, dans l’opinion du Contrôleur général, étaient, «après la liberté du commerce des grains, un des plus grands pas que pût faire l’administration vers l’amélioration ou plutôt vers la régénération du Royaume » ;

5° La suppression de la Caisse de Poissy qui, sous prétexte de favoriser le commerce de la viande, la faisait enchérir;

6° Un changement dans l’assiette du droit sur le suif, conséquence de la suppression de la communauté des chandeliers.

Le Parlement fut saisi le 9 février; l’opposition que dirigeait le prince de Conti, comprenait l’un des présidents de Chambre, Joly de Fleury, et le conseiller d’Epréménil, personnage peu considéré, mais remuant; elle concentra tous ses efforts contre l’édit relatif à la corvée, dans l’espoir de mettre Turgot dans l’embarras; car si cet édit était rejeté, il aurait fallu, faute de ressources, rétablir la corvée.

L’opposition pressentait que les informes proposées seraient suivies de réformes fiscales

tendant à remplacer la gabelle et les autres impôts de consommation par un impôt territorial frappant les privilégiés nobles et peutêtre le clergé Dans le Mémoire qu’il avait présenté au Roi Turgot avait dit :

« Un des plus grands biens que Votre Mali jesté peut faire à ses peuples serait de « convertir la gabelle en un autre genre d’im- « positions moins vexatoire, mais le clergé paie « l’impôt sur le sel qu’il consomme et il résis- « tera à payer la même somme si on la lui « demande directement. »

L’intention du contrôleur général n’était donc pas de supprimer entièrement les privilèges du clergé.

Maurepas déclara d’ailleurs qu'il ne donnerait pas son assentiment aux Edits si les biensfonds du clergé étaient compris dans l’imposition des chemins et Turgot modifia en conséquence l’édit sur la corvée.

Il ne pensait non plus qu’il fut possible de supprimer la taille, du moins avant long temps ; les privilèges de la noblesse n’étaient pas bien sérieusement menacés. Les projets d’édits n’en soulevèrent pas moins de vives colères.

Montigny, effrayé de la tournure que prenaient les choses au Parlement, écrivit à son ministre : « Il faut enlever tout ce que vous avez à faire passer. Soyez sûr qu'il n’y a pas un conseiller au Parlement qui ne regarde l’époque de l’envoi des édits comme la fin de votre ministère. Je sais cette circonstance par quelqu’un qui le sait bien... »

Turgot lui répondit brièvement : « Vous vous moquez de moi et vous me désolez avec vos idées de méfiance P... Comment voulezvous que, pressé comme je le suis, j’ai le temps de discuter de pareilles misères l. »

Il avait écrit précédemment au Roi : <x Tous ceux qui ont à délibérer sur l’enregistrement de la loi sont privilégiés et l'on ne peut se flatter qu’ils soient tous au-dessus de cet intérêt personnel2. »

Il avait donc peu d illusions sur les sentiments du Parlement, mais il savait que le Roi le soutiendrait et passerait outre à la résistance de la Cour, ne fut-ce que pour ne point laisser prendre à celle-ci trop de puissance.

L’opposition, résolue à défendre dans son

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