DISGRACE DR TURGOT
clîiime, la physique, la mécanique, Toptique, Tastro^ nomie, partageaient ses loisirs avec les amis qui cultivaient ces sortes de connaissances, Tabbé Bossu t, Lavoisier ^ Tabbé Rochon. 11 fît avec ce dernier plusieurs expériences utiles sur la distillation et la oorderie. C'est aussi pendant ces années de loisirs qu'il traduisit en vers métriques la plus grande partie des'bucoliques, et un livre de FEnéïde. Horace n'était pas plus oublié que Virgile. L'Académie des inscriptions voyait souvent à ses séances Tex-ministre rendu à ses travaux littéraires.
Quoique en dehors des affaires, il ne pouvait manquer de s'y intéresser encore : fidèle à ce qui lui restait de devoirs à remplir envers le prince, le pays et l'humanité, il rédigea un mémoire qu'il fit mnettro à M. de Sartine, où il proposait d'excepter le capitaine Cook des hostilités qui régnaient alors entre la France et l'Angleterre. La proposition, d'accord avec la magnanimité du roi, fut goûtée, et valut à la France des représailles généreuses. Sa mort prématurée l'empêcha de mettre la dernière main à plusieurs ouvrages d'un grand intérêt ; nous ne mentionnerons ici que les Réfleœiom mr la situation des Américains- Unis et le Traité des Vrais Principes de V Imposition.
L'homme privé dans Turgot ne le cédait point à l'homme public. 11 possédait toutes les qualités qui inspirent les amitiés sérieuses et qui les paient de retour. Eminemment doué du côté de l'intelligence et du caractère, il était en même temps fort sensible et d'une simplicité charmante : indulgent pour tous
les hommes, il Tétait encore davantage pour ses amis« Les qualités morales qui méritent Testime et la con* fiance étaient ce qui l'attachait de préférence. Quant aux lumières et aux opinions, il exigeait peu des unes et se montrait fort tolérant pour les autres. Un pro* fond respect pour la conscience et la liberté d'autrui lui faisait mettre dans ses relations les plus intimes une exquise délicatesse. Mais cette attention n'allait jamais jusqu'à la faiblesse, et les devoirs de l'amitié n'en souffraient point* Il donnait les consâls qu'il croyait utiles. C'était, d'ailleurs, une sorte de droit qui lui était acquis par tout ce qu'il y avait de tendre, d'a^ssant et de courageux dans son amitié.
Nous ne serions pas. éloigné de croire que, pour savoir aimer, il faut savoir quelque peu haïr; une âme énei^ique et noblement trempée ne peut rester indifférente à l'égard du vice, et l'on ne peut qu'estimer Turgot de n'avoir pu supporter les charlatans, quels qu'en fussent l'habit et le masque. Sa haine contre la méchanceté, dit l'un de ses amis, était franche et irréconciliable. La satire, si elle était vraie, si elle s'adressait aux vices et surtout aux crimes publics, lui paraissait méritée. Du reste, il savait rendre justice à ceux-là mêmes qui le forçaient à les mépriser. Il ne croyait pas qu'il fût plus permis d'être injuste envers les méchants qu'envers les honnêtes gens. Ses sentiments, en mal comme en bien, n'étaient donc qu'un tribut qu'il croyait juste de payer, mais qui n'étaient jamais dispensés par la faiblesse. La vengeance lui était inconnue.