‹ Turgot, sa vie, son administration, ses ouvragesChapitre 36 sur 41 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

On peut dire, en résumant les doctrines politiques de Turgot, que la liberté d'agir et de transiger, dans les limites de la justice et de la bonne foi, en était l'âme. « 11 est si vrai, dit-il, que les intérêts des nations et les succès d'un bon gouvernement se réduisent à un respect religieux pour la liberté des personnes et du travail, à la conservation inviolable des droits de propriété, à la justice envers tous, d'oti résulteront la multiplication des subsistances, l'accroissement des richesses, l'augmentation des jouissances, des lumières et de tous les moyens de bonheur, que l'on peut espérer qu'un jour tout ce chaos prendra une forme distincte, que ses parties se coordonneront, que la science du gouvernement deviendra facile et cessera d'être audessus des hommes doués d'ua bon sens ordinaire. C'est à ce terme qu'il faut arriver. (1) »

Jetons maintenant un coup d'œil rapide sur les nombreux écrits que nous venons d'analyser, et réca-

(4) Pensées et Fragments.

450 LIVRB III. — CHAPITRE lY.

pitulons-en les principaux. La philosophie du langage doit à Turgot des observations remarquables sur les rapports de la pensée et de la parole, et un travail d'une rare perfection sur l'étymologie. Les sciences appliquées lui sont redevables de plusieurs aperçus féconds sur la distillation , la vapeur, la confection des câbles, Tunité du système métrique, etc. En philosophie, il a le premier donné la véritable réfutation de Tidéalisme. Ses considérations et ses plans sur la philosophie de l'histoire sont encore les aperçus les plus larges et les moins contestables qui existent. Nul plus que lui n'a été pénétré à un plus haut degré de la sainteté de la justice, et l'histoire offrirait difficilement l'exemple d'un homme d'Etat qui ait professé un respect plus religieux et plus éclairé pour l'équité dans les lois et les affaires. Il met constamment le droit au-dessus de l'intérêt, l'intérêt pubUc au-dessus de l'intérêt privé. 11 concilie, d'ailleurs, habilement le droit privé et l'intérêt public par le principe de l'indemnité. Guidé par ces idées aussi saines qu'élevées, il résout sans peine le problème du respect dû aa' fondations à perpétuité, et des modifications ou excej tions qu'elles peuvent justement subir dans l'intér public. Le premier il dégage d'une manière large décisive la question de l'intérêt de l'argent des fau' subtilités dans lesquelles s'étaient égarés les juris^ suites à la suite des théologiens. En droit publ ouvre ou élargit les grandes voies que devait s plus tard notre immortelle révolution : la sépa de l'Eglise et de l'Etat; la tolérance civile; la j

de tous les cultes qui ne blessent en rien les droits tnii ni la morale publique, telle qu'une saine raita conçoit ; les charges publiques réparties suivant brces ou les avantages matériels que protège la Aé; une organisation hiérarchique de la cité, telle [es droits politiques fussent proportionnés aux in- 8, et que Tinfluence dans les affaires communes a raison de l'étendue des circonscriptions graduées levaient constituer les ressorts administratifs; une i de suffrage universel organisé, une représentahiérarchisée, un pouvoir exécutif héréditaire toutomt pour le bien , impuissant pour le mal : voilà brièvement Tordre de choses politique qu'il avait u pour son pays, et dont il eût sans doute achevé eution, si le prince débonnaire qu'il servait eût i force de caractère suf^sante pour le soutenir ji*au bout contre l'esprit de privilège ou d'injustice aisée qu'il s'agissait de vaincre. Le droit public national vit sa jurisprudence s'agrandir sous les rations généreuses du ministre économiste et du )sophe : le droit d'aubaine se relâcha habilement de

igueurs. U ne tint pas àTurgot que le décret du 6

1790 ne fût proclamé vingt-cinq ans plus tôt. La ralité des expéditions scientifiques entre les nations ées par la guerre fut un autre service rendu à la ci vion, sur l'avis et les motifs du publiciste condamné laturément à ne plus servir son pays et l'humanité )ar ses écrits. Mais de toutes les branches des conances humaines, c'est l'économie politique qui le plus à Turgot. Le premier traité vraiment classi-

452 CHAPITRE m. — LIVRE IV.

que de cette science est sorti de sa plume. S'il en est aujourd'hui qui renferment un plus grand nombre de vérités, il en est peu qui en contiennent de plus essentielles et qui soient moins exempts d'erreurs. Ces nombreux services rendus aux lettres et aux sciences, surtout aux sciences morales et politiques par un même homme, nous permettent de dire avec l'un de nos économistes les plus autorisés, qu' « il n'est guère d'ouvrages qui puissent fournir au publiciste et à l'homme d'Etat une plus ample moisson de faits et d'instruction que les écrits de Turgot. (1) »

Et quand on rapproche la pratique et la doctrise, la vie et les principes de ce grand homme, alors s'offre à l'esprit un ensemble d'une étendue et d'une élé'vation telles, qu'il est difficile de n'y pas voir l'une des gloires les plus nobles et les plus pures de l'humanité.

{{) J.-B. Say, Traité complet et Economie politique, t. Il, p. 555, édition Guillaumin.

La Sorbonne avait stigmatisé comme impies ou sentant rimpiété trente -sept propositions du Bélisaire do Marmontel. C'étaient là, suivant elle, autant d'erreurs en matière de foi, contre lesquelles il fallait prémunir les fidèles. Les propositions contradictoires devaient donc être autant de vérités. Turgot, s'attachant toujours à la distinction logique entre les propositions contradictoires et les propositions contraires, met en relief les propositions opposées à celles qui avaient été condamnées, et fait appel au bon sens pour juger entre Marmontel et ses critiques.

Cet opuscule n'ayant pas été reproduit dans l'édition Guillaumin des Œuvres de Turgot, nous avons estimé convenable de le donner ici, d'après Dupont de Nemours, et par les mêmes motifs : « S'il y avait encore des gens qui pensassent ou feignissent de penser comme la Sorbonne le faisait alors, ce petit ouvrage serait inutile. — S'il n'y en a plus, ce sera du moins un monument assez

curieux des efforts de l'intolérance religieuse, et q constatera que ce n'est pas sans raison qu'elle a été coin^ battue par les philosophes et les écrivains du siëcLc passé. 9

Nous avions une autre raison, celle de ne rien laisser oublier des écrits d'un homme de la valeur de Turgot

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