CHAPITRE
Ses études. — Sa jeunesse.
Turgot fit ses premières études au collège Louis le Grand et au Plessis. 11 était encore interne dans le premier de ces établissements, que déjà il apprenait seul à pratiquer avec discernement et délicatesse des vertus sociales un peu plus précieuses que les qualités mondaines, si fort regrettées par sa mère. Ses parents, qui avaient Tattention de garnir sa petite bourse, la trouvaient toujours vide. A la fin on voulut savoir par d'autres, puisqu'on n'obtenait de lui que des explications insuffisantes, quel chemin prenait l'argent qu'on lui donnait. Le supérieur de la maison eut ordre d*y regarder. 11 ne tarda pas à savoir que le jeune Turgot partageait les générosités paternelles entre ceux de ses camarades externes dont les parents n'étaient pas en mesure d'acheter à leurs enfants tous les livres nécessaires.
Un pareil élève ne pouvait manquer d'avoir ses condisciples et ses maîtres pour amis. L'un de ses camarades d'enfance, plus célèbre par son esprit que par sa sensibilité, l'abbé Morellet, dit de lui : « Cet
ft LIYRB !• — CHAPITRE II.
homme 9 qui s'élève si fort au-desjsus de la classe eommune, qui a laissé un nom cher à tous les amis de l'humanité, et un souvenir doux à ceux qui l'ont particulièrement connu , annonçait dès lors , dans sa jeunesse, tout ce qu'il déploierait un jour de sagacité, de pénétration, de profondeur. Il était en même temps d'une simplicité d'enfant, qui se conciliait en lui avec une sorte de dignité respectée de tous ses camarades, et même de ses confrères plus âgés. Sa modestie et sa réserve eussent fait honneur à une jeune fille. Il était impossible de hasarder la plus légère équivoque sur un certain sujet, sans le faire rougir jusqu'aux yeux, et sans le mettre dans un extrême embarras. Cette réserve ne l'empêchait pas d'avoir la galté franche et naïve d'un enfant, et de rire aux éclats d'une plaisanterie, d'une pointe, d'une folie. »
Au collège du Plessis, il eut pour professeurs et pour amis, Guérin, littérateur estimable; l'abbé Si~ gorgne, le premier dans l'Université qui abandonna les chimères cosmogoniques du cartésianisme pour la doctrine de Nev4on ; l'abbé Bon , qui passa ses dernières années et termina sa vie dans la famille de l'ancien élève auquel il avait appris à sentir les écrits de Fénelon, de Vauvenargues , de Voltaire et de Rousseau, dont il était l'admirateur passionné.
Parvenu au terme de ses premières études, il s'agissait du choix d'une carrière. Son instruction, son ardeur au travail, ses vertus, des convenances de famille, un avenir certain dans l'Église; tout semblait se réunir pour persuader à ses parents que la carrière