CHAPITRE V
Disgràca de Targot. — Sa retraite. — Son portrait.
Sa flu.
Le temps était venu où des intrigues de cour, des rivalités mesquines, mais par-dessus tout des abus irrités d'une répression accomplie ou près de l'être, devaient triompher de la résistance du roi, et faire renvoyer un ministre décidé à vaincre tous les obstacles, à tenir tête à tous les orages.
Un intrigant avait su capter la confiance du roi , et lier avec lui une correspondance qui avait fini par s'étendre à tout. Le premier ministre le sut, et ne put Tempêcher. 11 résolut de se faire un instrument de celui qui eût pu lui nuire, sauf à le perdre quand il en serait temps. Il lâcha donc la corde à la vamié du soi-disant marquis de Pézas, lui communiqua le budget de Tannée suivante, en lui permettant d'en faire part à Necker et à un ancien employé des finances, que le contrôleur général avait été obligé de renvoyer. Le budget est examiné, critiqué; on fait grand bruit du déficit avoué de 24 millions; mais on ne dit point que d après les calculs mêmes de Turgot il devait être comblé en 1777, avec un excédant de 3,900,000. On ne dit point que les moyens qu'on propose pour combler le vide sont empruntés au
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compte-rendu critiqué. Le roi, auquel on fait entendre, au contraire, que cette fâcheuse situation est de nature à durer autant que le ministère de Turgot; que le système de ce financier est tout jugé, en est vivement impressionné. Il a le tort de ne point étudier lui-même le budget , ou tout au moins de ne pas en entretenir le contrôleur général, en lui soumettant les observations reçues.
Ce défaut de loyauté ne peut s'excuser par Teffet d'une seconde intrigue, pleine d'artifice et de noirceur^ puisqu'ici encore le roi manqua d'équité et de prudence. Il jugea sans Tentendre, et sur une correspondance anonyme, un serviteur dont la probité et le zèle lui étaient cependant connus. Des lettres écrites à Paris étaient envoyées à Vienne, d'où elles étaient adressées à Turgot , comme si elles eussent été de la main d'un ami intime. Turgot , à son tour, était censé adresser des réponses à son ami. Les unes et les autres étaient arrêtées à la direction de la poste, ouvertes et mises sous les yeux du roi et du premier mimstre. Cette infernale manœuvre était si bien ourdie que tout y paraissait de la plus grande vraisemblance : c'était d'abord les raisons qui moti-^ vaient Tabsence des signatures et les adresses de convention. C'était l'imitation du style, des sentiments et des doctrines de Turgot. Une grande modération d'abord, puis de la contrariété, de l'humeur, du dégoût, des allusions sarcastiques contre la reine et le premier ministi*e; enfin, des expressions blessantes pour le roi , telle était la gradation observée dans ce
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tissu d'infamies. D'autres lettres d'origine moins mystérieuses, également interceptées, et où Turgot était traité d'ambitieux, de sournois intrépide, etc. étaient données à l'appui de la fameuse correspon* dance. Le roi, dont la froideur était visible, communiqua cependant l'une de ces lettres à Tui^ot, qui le remercia de cette confiance, en le priant de lui tout dire, afin de le mettre à même de lui donner le» réponses et les explications nécessaires. Nous ne savons si le roi promit. Mais T heureux mouvement qui l'avait un instant rapproché de son ministre ne fut ni complet ni de longue durée : Louis cacha l'essentiel, et ce ne fut qu'au bout d'un an que, dans un moment d'abandon, et en déplorant le sort des princes, il parla de la fameuse correspondance à d'An^ giviller. Malesherbes, plus facile à rebuter, n'était pas en butte aux mêmes machinations ; d'autres moyens devaient y suffire. Sans cesse contrecarré, mal mené même par Maurepas, à propos des réformes qu'il désirait introduire dans son département, il voulait offrir sa démission. Turgot et d'autres amis l'en em* péchèrent. Mais comme la position était de moins ^i moins supportable, la démission fut enfin donnée. Ce fut une occasion pour Maurepas de persuader au roi que le zèle de ses deux collègues était bien tiède, puisque l'un offrait sa démission pour des dissidences insignifiantes , et que l'autre était disposé à faire de même si ses vues n'étaient pas entièr^nent adoptées. Le roi accepta donc la démission de l'un et demancbi
celle d9 Tautror