‹ Turin et ses curiositésChapitre 11 sur 55 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Des bâtimens et édifices servant à la. sûreté et à la défense publique , aux Ministères , à la Justice et aux différentes parties de V Administration de l'Etat.

Avaxt de parler des Monumens de la ville do Turin, qui se trouvent consacrés à des objets d’utilité publique , il y a une remarque à faire qui est relative à l'histoire du Piémont , et dont le voyageur doit se rappeller dans la suite de ses observations j que si les Princes , qui, dans le cours de huit siècles ont régné dans ce pays, n’ont point pris part à ces premiers encouragemens que les Souverains de la Toscane , de Mantoue et d’Urbino ont accordés aux sciences et aux arts, les Comtes et les Ducs de Savoie ne se sont pas moins distingués par l’intérêt qu’ils manifestèrent de bonne heure, pour tout ce qui pouvait tendre à l’amélioration du régime intérieur de leur pays , ainsi qu'à l’établissement de bons réglemens militaires ; objets , par lesquels ils ont acquis une véritable gloire , leurs institutions ayant été souvent imitées par les peuples voisins, et leur état militaire ayant fini par leur donner une prépondérance sur les autres puissances de l'Italie.

luette considération peut devenir essentiellement utile à l’étranger qui désire de connaître toutes les particularités de la ville de Turin. Les monumens de cette ville doivent se ressentir de la manière avec laquelle les Princes de la maison de Savoie ont procédé dans l’ordre de leur gouvernement $ ainsi tous ceux qui appartiennent à l’institution militaire auront ce caractère de grandeur qui a toujours été la première pensée de ces Souverains , et les édifices destinés à la justice et à l’administration civile conserveront les traces de cette ancienne sagesse qui les a dirigés : mais tout sera plus récent et d’un genre plus moderne dans ce qui regarde les beau* arts , et sôus leur rapport le voyageur aura beaucoup moins à admirer dans Turin , qu’il pourra en avoir à Rome, à Florence , à Naples et dans les autres villes d’Italie.

Il est vrai que peu de cités présentent , dans leürs aspects extérieurs , un ordre aussi symétrique que Turin : mais cette belle distribution de rues et de places , et cet allignement qui fait croire que tout y a été tiré au cordeau , lient plus à l'esprit de méthode qui a présidé à la direction du pays , qu’au génie de l’art ; et il est aussi vrai de dire , que dans Turin il y a plus à remarquer de cette partie de l'architecture qui concerne la disposition inté-» Fieurè des divers emplacemens , que de celle qui regarde la décoration extérieure des maisons ; et d’un autre côté , que si les palais de Turin , h’ont point le mérite de ceux de Palladio et de Vigndlfi pour la beauté de leurs compartimens , ils ne sont

pas moins d’une forme et d’une masse qui se trouvent en rapport avec l’ordonnance générale de la ville.

Tout doit être soumis au principe de la régularité et de l’utilité dans la capitale du Piémont , et tel est le plan de ses derniers embellissemens , que tout devra concourir à l'harmonie de l’ensemble, et servir essentiellement aux besoins et à la commodité des habitans.

D’après ces réflexions , comme l’espèce d’intérêt , que peuvent inspirer les monumens de la ville de Turin se rattache en partie à la connaissance des faits historiques qui les concernent, nous aurons soin de rappeller ces faits à nos lecteurs , et celà autant pour les mettre à même de compléter leu* instruction que pour satisfaire leur curiosité.

Page 1