‹ Turin et ses curiositésChapitre 12 sur 55 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Citadelle de Turin , de l'Arsenal et de l'École 'Théorique et Pratique de V Artillerie j de la Fabrique des Armes et de celle ' des Poudres et Salpêtres j de la Caserne , de l'Hôpital Militaire et de l'Êtablissérnent de la Boulangerie pour les Troupes.

T;a Citadelle de Turin a été bâtie par le Duc Emmanuel Philibert , en i565, après avoir gagné la bataille de Saint-Quentin , en 1 55j , et avoir obtenu la restitution de scs États par le traité de Cateau

Cambresy , en x5ôq , étant devenu l'époux de Marguerite de Valois, lille de François Premier, sœur d’Henry II, ce qui le fit rentrer dans Turin, le i56d. Une inscription qui était placée sur lede vant du donjon de la citadelle avec les armoiries de la maison de Savoie , en bronse , consacrait cette époque mémorable. Elle portait les mots suivans :

KM . PHILIBERT . nVX . SAB . X . VARIIS . rOST . AMISSYM

A . SVIS . AVITVM . SOLIVM . LABORIBVS . EXANTLATIS PARTA . CIIRISTt . KVMIXE . Il* . BELGIS VICTORIA . ET . MARGARITA . FRANC . REGIS . SORORE IN . MATRIM. . nVCTA . RECEPTISQ . PROVINCIIS . HAIYC

ARCEM . PVB . SECVRITATI . A . FVNDAM . EREXIT

AX . CIDVLXV

Pour la construction de cette place , qui au seizième siècle doit être regardée comme d’une grande conception , le Duc Emmanuel Philibert appella auprès de lui le célèbre François Pacciotto d’Urbino , dont Annibal Caro a parlé avec éloge j et c’est d’après les dessins de cet architecte , que le monument a été élevé.

Cette forteresse étant destinée à dominer la ville on choisit pour son emplacement le site le plus élevé de ses environs , et on préfera celui où était autrefois l’église de Saint-Soluteur , dont l’abbé , du haut de son château avec deux tours , exerçait une espèce de jurisdiction civile. Pour la bâtisse on mit à profit les matériaux provenant de la démolition des faubourgs ordonnée par le Roi François

Premier , quelques années auparavant , et on employa sur-tout les décombres de ladite Abbaye , dont on trouve encore quelques vestiges dans les fossés de la citadelle.

Il parait que cette place a été élevée en très-peu de teins , et à la considérer dans' son ensemble c© Fut un ouvrage immense qui est d’autant plus remarquable aujourd’hui , qu’on peut la regarder comme la première citadelle bâtie en Europe , ayant été achevée deux ans avant celle d’Anvers. Sa figure est un pentagone régulier, miné et contreminé que l’on ne saurait examiner en détail sans se faire une haute idée de l’architecte qui en a dirigé la construction. Elle avait un grand puits au milieu d’une profondeur considérable , qui pendant deux siècles a fait l’admiration des étrangers, et que l’on a comblé dans les derniers tems parce qu’il était presque ruiné. Ce puits était destiné à l’abreuvage des chevaux , qui pouvaient monter et descendre sans se rencontrer , au moyen d’un double escalier dont les deux rampes bien ménagées , circulaient l’une sur l’autre. C’étaient deux spirales qui avaient leur départ aux deux points opposés. Un autre puits semblable se voyait à Orvieto , bâti par le Pape Clément VII d’après les dessins de Sangallo , et dont parle Milizia dans les mémoires des architectes publiés à Parme en 1781.

La citadelle de Turin a été enrichie de beaucoup d’ouvrages extérieurs et cclà à différentes époques , additions dont nous avons parlé dans 1© discours préliminaire. Ces travaux ont été faits

d’après les dessins de Guibert, de Bertola, et de quelqu es officiers du génie Piémontais. Les armoiries de la maison de Savoie , qui se trouvaient sur le donjon du côté de la ville , étaient un ouvrage remarquable de Mario d ’Aluigi de Perugia , artiste célèbre que le Duc de Savoie avait récompensé d’une manière digne d’être notée. L’artiste s’étant engagé à terminer son ouvrage dans un mois le Duc lui avait fait remettre le métal nécessaire pour la fonte de la pièce , et lui avait fait débourser une somme de 600 écus d'or , outre un cadeau à sa volonté après le travail terminé. Ces armoiries, qui étaient d’une très-grande dimension et d’un style %nâle et vigoureux , ont été enlevées par les Français dans les derniers tems.

Comme le Duc Emmanuel Philibert savait mettre de la dignité et de la grandeur dans tout ce qu’il faisait, on ne peut lire sans intérêt les détails de la cérémonie qui eut lieu le jour que cette place fut consacrée au service militaire ; plusieurs pièces d’artillerie y furent amenées avec pompe et avec l’attirail de toute espèce de munitions militaires , accompagnées des troupes destinées pour le préside et suivies du Duc de Savoie , du grand-chancelier , de l’archevêque de Turin et du gouverneur de cette ville, Joseph Caresana de Verccil qui le fut aussi de la citadelle. Après la messe , le gouverneur de la place ayant prêté le serment de fidélité entre les mains du chancelier , oh en célébra l’événement par des actes publics.

Il ne doit point paraître étonnant, que les Italiens ,

qui donnaient de l’importance à tout ce qui tenait à la défense militaire , ayent pu dévancer le* autres nations dans la théorie des fortifications : ils ont entrepris et soutenu tant de guerres durant le i5.e et le i6.e siècle , que toutes leurs études ont dû se tourner vers cette partie de la science. Depuis la révolution opérée par la découverte de la poudre , en i588, le premier bastion élévé en Europe fut celui bâti à Turin, en i463 , par le Duc Lodovico d’après les dessins de Michel C anale , et un siècle après fut bâtie la citadelle de François Paccictto dont nous venons de parler ; et il est à remar-. quer que la rédaction des livres sur l’art de fortifier les places a suivi les mêmes époques. Les ouvrages des Nicolas Tortaglia d’Arezzo , Pierre Cattaneo de Siene et Daniel liarbaro de Venise furent publiés vers le commencement du i6.e siècle ; et après les Lanteri , Alghisi , Lorini , Teli et Bellini , tous auteurs de mérite , vint le célèbre François Dp~ marchi qui publia à Brescia, en 1699, un traité complet sur l’architecture militaire où il parle des 160 manières de fortifier les places de guerre. Il n’est point de nation qui puisse citer de tels ouvrages à des époques si reculées , et des gens de l’art ont même prétendu assurer que c’était des auteurs Italiens , que le maréchal de J^auban avait empruntées les méthodes qui lui ont fait le plus d’honneur.

Après avoir visité la citadelle le voyageur peut se rendre à I’Absénsi. qui en est à peu de distance du côté du levant. C’est un vaste édifice avec des

galeries , des sbuterrains et des cours spacieuses , qui ont fait dire à M de la-Lande , que c’était l’arsenal le pius considérable dont il eut connaissance. Ce bâtiment a été commencé par le Duc Charles Lmmanuel II et continué par le Duc Victor Ainédée II , son successeur : mais il fut agrandi et rebâti par le Roi Charles Emmanuel III d’après les dessins du commandeur Devincenli , chef du corps royal d’artillerie : d’une architecture grande et majestueuse , et qui est en rapport avec l’objet de sa destination. Une partie essentielle de l’édifice est encore à terminer , c’est celle qui doit comprendre la porte d’entrée et il est permis d’exprimer le désir que dans sa construction on ne s’écarte en rien de la sévérité du dessin , ce qui n'a pas été exactement observé dans la portion de l’aile au nord , qui a été bâtie la dernière. Passe d’avoir augmenté le nombre des croisées , mais c’est une faute grave que de les avoir ornées, comme si l’architecte eut voulu sanctionner une irrégularité qui était commandée par des circonstances impérieuses , à l'aide desquelles elle pouvait être pardonnable. Il y a dans l’arsenal tout ce qui peut être nécessaire pour la fabrique des canons , avec les avantages que peut donner une chute d’eau. Il y a en outre une école d’artillerie et de métallurgie avec un dépôt de plans en relief de toute sorte de fortifications anciennes et modernes , un laboratoire de chimie et un cabinet d’histoire naturelle. Cette école d’artillerie y a été fondée, en 1739, par le Roi Charles Emmanuel 111 , et e’est pour cette école

que ‘le célèbre chevalier d 'Antoni à écrit ces beaux traités sur les différentes parties de la mécanique qui regardent l’art militaire. Parmi les curiosités de l’arserial on y remarque une salle magnifique où sont disposés avec art , et groupés d’une manière pittoresque quelques faisceaux de vieilles armures le tout mêlé avec des trophées de la main du célèbre Bernardin Galliari.

Plusieurs établisscmens dépendent de l’arsenal , tels que la caserne du corps-royal de l’artillerie qui est dans l’intérieur même du bâtiment ; l’école pratique de l’artillerie pour l’exercice du pointage et de tout ce qui tit“it à la manœuvre et à l’usage des bouches-à-feu , qui est située au-delà du Pô derrière la ci-devant église des Capucins , près le chemin de IMoncalier; ensuite , la manufacture d’armes qui est hors de la ville , près de la Doire y dans vin endroit qu’on nomme le f-'aldoc et la fabrique des poudres et salpêtres située au faubourg du Balon , outre un certain nombre de magasins à poudre distribués aux environs de Turin, que l’on a pris soin de garnir de paratonnerres, d’une excellente construction et de tout ce qui peut les garantir des accidens malheureux.

Les corps de troupes stationnés dans Turin sont casernes dans d’assez-beilcs maisons , que dans le pays on appelle quartiers. Ces bâtimens peuvent mériter d’être observés. Le plus beau est celui de la garde-du-corps de Sa Majesté , qui est situé presqu’au terme de la rue de Pô , à gauche , a' ant d’arriver à l’esplanade. Il a été bâti par le üoi

Victor Amédée III sur les dessins de feu le comta Dellala de Beinasquc. La garde Suisse et la garde de la porte sont logées dans de vieilles caserne» placées dans des corps de maison attenant au vieux palais des Ducs de Savoie. Les troupes d’infanterie de la garnison de Turin sont casemées dans deux superbes bâtimens , très-spacieux, qui terminent la rue où était la ci-devant porte de Suse , et dont l’un se présente à gauche au sortir de la rue de Doire-grosse lorsque qu’on veut prendre le chemin de Rivoli. Ces deux édifices qui forment une espèce de place décorée de portiques d’une assez-belle architecture , ont été élevés par le Duc de Savoie -Victor Amédée II sur les dessins de Juvarra , lors de l’agrandissement de Turin , en 170a au-delà de la ligne de l’ancienne porte Turrianica. Il est cepen* dant à noter que la partie de ces casernes qui s’étend jusqu’à joindre la rue de Doire-grosse a été embellie, de ce côté, d’une façade d’après les dessins du comte de Borgaro major-général d'infanterie ; ouvrage ordonné par le Roi Charles Emmanuel III ; et que le Roi Victor Amédée III a depuis enrichi ces établissemens d’un acqueduc en pierre et de quelques autres constructions importantes. Les corps de cavalerie , en garnison à Turin , sont logés dans une vaste maison située entre la rue de Pô et celle de Sainte-Thérèse , près des remparts.

Les carabiniers-royaux , établis par patentes du t3 juillet 1814, ont leur caserne sur la place Carline , dans un palais où était autrefois le collège des Provinces.

L'établissement de la boulangerie pour les troupes est situé en Face de i’arsenat , peu loin du palais de l’ârchevôque , ayant à côté l’hôpital mi K taire placé dans te maison où étaient jadis les Pères de te Mission.

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