‹ Turin et ses curiositésChapitre 13 sur 55 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Des Palais du Gouverneur de Turin , de la Chancélerte , deS Sèctélaireries d' État , des Archivés, du Sénat , de ta Chàmb're Royale des Comptes et des autres Tribunaux. <

Depuis îè retour du Roi le gouverneur dé la ville , qui l’est en même teins de la province et de la citadelle, a été logé au château t>ù se trouve aussi l’état-major de la place. Cét édifiée offre dans ses vastes dimensions des emplacfemcns convenables pour cette destination.

Les Chanceliers de Savoie datent du ix5o, et léS grands-chanceliers ont pris leur cbrtimmehcetnertt dans le l33o. Guicheàon dit qiie celtb chargé n'a pas toujours éu le liiénic éclat , parce qu’en soh origine le chancelier n'était que comrhc lé secrétaire du Prince , député pour recevoir tés Requêtes des sujets , et pour signer él scellèr toutes les expéditions et commandentèns du Souverain. Depuis cette dignité , dit toujours G uichenon , a cru en autorité et a tenu connu’ elle tient encore aujourd’hui le pre-

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mier rang parmi les dignités de la justice , et précède les chevaliers de V Annonciade. C'est F œil du Prince par lequel il regarde la face de suri état; c'est son oreille , par laquelle il entend les plaintes de ses sujets ; c'est sa langue qui déclare sa volonté et prononce les oracles de ses édits. Aussi cette charge n'a jamai* été remplie que par des personnages signalés , illustres en naissance , en doctrine et en probité.

Nous avons rapporté en entier ce trait de Gui chenon , tiré de son histoire de la maison de Savoie, parce qu’il retrace l’esprit de cette institution et dépeint d’une manière naturelle la haute vénération qui l’entourait. De ces jours la Grande-Chanceixeiue

été replacée au même endroit où elle se trouvait déjà dans les derniers tems j ses bureaux, comme ceux du conseil-d’ëtat et des requêtes , sont dans un palais attenant à celui de S. A. R. le Duc du Génévois , vis-à-vis le Séminaire.

Les secrétaires-d’état étaient autres-fois logés au palais. Mais , il est à noter que les anciens comtes et les premiers Ducs de Savoie n’avaient qu’un seul ministre , qui était attaché directement à leur personne , et qui prenait le titre de conseiller , de premier sccrétaire-d'état et même quelquefois de clerc et de Notaire Ducal. Ce fut le Duc Charles Emmanuel I , qui , après la mort du comte Crotli tué en i5a5,dans la guerre pour la conquête de la Ligurie , eut la pensée de porter à deux le nombre des premiers secrétaires-d’état,

Il paraît que de ces deux premiers Secrétairesd’État , l’un était plus particulièrement attaché au Cabinet du Prince et devait le suivre dans ses entreprises militaires , tandis que l’autre, de permanence à Turin était chargé du porte-feuille de l’Administration. Vers le 1692 , sous le Règne de Victor Amédée II , le nombre des Secrétaires-d’État a été augmenté de celui de la guerre , qui , en 1699 , avait déjà pris le rang de Ministre de la guerre. Mais c’est en 1717 , que les fonctions des Secrétaires-d’État ont été bien déterminées par la distribution de cette place en deux dicastères, l’un pour les affaires étrangères et l’autre pour les affaires internes ; et ces deux bureaux, joints au dicastère de la guerre , ont formé depuis l’ensemble du Ministère des Rois de Sardaigne.

Pendant la durée à peu-près , d’un siècle , le Piémont et les États de Savoie ont été administrés par ces trois Ministres , les finances étant gérées par un Intendant-général , et la police se trouvant confiée au Vicaire , pour la ville de Turin et sa banlieue , et aux Gouverneurs militaires , et an v Syndics des communes, pour les autres pays. Le Roi Victor Emmanuel , après l’agrandisseir'"V d , ses États par le traité de Vienne , voulant donner une plus grande étendue aux fonctions ministerielles, faire fleurir le commerce dans les ports de Gênes , de Savone , de Nice et de Villefranche par l’établissement d’une marine militaire , et créer une police administrative , a porté le nombre de ses Ministres à six, par la création des ministères des

les

finances , de la marine et de la police générale. Le ministère de la marine a été réuni à celui de la guerre. ,

Lf. Palais des Secrétairemes-d’Etat, que nous allons décrire , a été bâti par le Roi Charles Emmanuel ni. sur les dessins du comte Alfieri. Cet édifice , d’une longueur considérable , s’étend dépuis la rotonde où vient se terminer la galerie du Palais du Roi , dite de Beaumont , jusqu’au théâtre dè l’Opéra , et donne d’un côté sur le jardin du Roi, qui autrefois était fermé par une grille , et de l’autre sur la place dont 1’ ordre symétrique a été Conservé. L’intérieur de ce Palais offre des compartimens convenables à l’objet de sa destination. Deux grands escaliers , qui partent des arcades , aboutissent à une galerie par laquelle on a l’accès dans les bureaux. Cette galerie, d’une architecture noble et simple , est ornée de bustes antiques qui ont été tirés du Château de Casal-Monferrat.

Dans ce Palais se trouvent les Secrétaireries-d’état pour les affaires étrangères , les affaires intérieures , celles de la guerre et de la marine. Ces trois ministères sont placés d’après l’ordre de leur préséance. Les deux autres ministères ont leurs emplacemens dans l’ancien Palais des Finances, qui est situé de l’autre côté de la place , dans un corps de maison qui embrasse plusieurs cours et donne sur la place du Château et sur les deux rues des Finances et des Gabelles. En suivant la galerie des secrétaireries fl’Etat on parvient aux Archives Royales , superbe bâtiment élevé sur les dessins de Juvarra et dont

on ne peut voir la façade qu’en entrant dans la cour de l’académie. Cet édifice complété l’ensemble des palais destinés au gouvernement civil, politique et mi* p taire des états de Sardaigne , et peu de Souverains peuvent se flatter d’avoir une aussi belle distribution pour le placement de leurs ministres.

Le dépôt des archives de la Cour de Turin est conservé avec soin , et tenu avec un ordre qui mérite d’étre noté : c’est un fond très-riche en documens de toute espèce par la part que les Princes de la maison de Savoie ont toujours pris dans les affaires politiques ; mais il n’est permis à personne d’y puiser des connaissances à moins d’avoir un® permission du sur-intendant, qui est une des charges les plus élevées de la magistrature , ayant le rang de premier président. Cette charge se trouve maintenant confiée à l’un des personnages les plus instruits du Piémont , le comte Jean-François Galeani do JVapione, des seigneurs de Coconato. Dans la salle d’entrée des archives on remarque cinq bustes en marbre qui sont d’un très-beau style , et dont on ignore l’auteur. Ils étaient apparemment au nombre de ceux qui décoraient l’ancien palais des Ducs de Savoie. Les deux à droite en entrant représentent le Duc Emmanuel Philibert avec sa femme Marguérite de Valois ; ce derniei’ sur-tout retrace tous les traits de cette sage et bonne Princesse dont Brantôme a fait l’éloge. Des trois qui so*t de l’autre «ôté , le premier est le Duc Charles Emmanuel I. , le second est son fils le Prince Emmanuel Philibert grand -prieur de Castille , gouverneur «Le Sicile,

mort à Païenne, et le troisième est le Duc -Yicterr Amédée l.cr.

• Ouelquc soit la dignité qui relève le Sénat de Turin, quelque soit son antiquité, ce premier magistrat n’est pas encore logé dans un palais qui lui appartienne, et qui soit distribué d’une manière J>a rlaitcment assortie à sa destination. Les Ducs de Savoie, qui ont songé de bonne heure à bien organiser leurs magistrats , n'ont pensé que tard à les bien loger.

Dans les teins plus reculés, les comtes de Savoie prenaient connaissance des principaux différends de leurs sujets, et les réglaient eux-mêmes selon l’avis de* personnages qui étaient auprès d’eux. Le comte Verd , en i355, fut le premier à se décharger de ce -soin par l'établissement de deux conseils , l’un à Chambéry l’autre à Turin , et d’après les ordonnance» d’Amédée VIII , il paraît que ces conseils devaient résider près de la personne du Prince. Dans le i43y , le Duc Lodovico accorda de nouvelles prérogatives à l’un de ces conseils , en le rappellant de IVloncalier à Turin , et en le rendant plus indépendant : c’est-là l’origine du premier magistrat <le Turin qui insensiblement prit le nom de sénat, sans que l’on sache la véritable époque de cette dénomination. 11 est vrai qu’après le départ des Français en 1662 et la cessation des fonctions du parlement établi à Turin par le Roi François I, le Duc Emmanuel Philibert y appclla un sénat qu’il avait .déjà créé un an auparavant , pour juger , en dernier ressort , les causes civiles et criminelles -, mais tel

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«tait déjà le nom de ce premier magistrat longtcms avant l’invasion des Français.

Anciennement le sénat tenait ses audiences dans le palais de Raconis Nous ignorons où il ait été logé depuis. Aujourd’hui le palais qui lui est destiné et qui appartient à un particulier , est situé près de l’église de la Consolota. C’est un édifice qui ne manque point de grandeur , et dont la distribution intérieure est assez convenable , mais qui laisse encore à désirer un meilleur choix. Dès le commencement du siècle passé on avait entrepris la construction d’un palais uniquement destiné à la justice:, ce palais, qui devait s’élever sur les dessins de Juvarra, n’a été que commencé et on en voit les fon-. damens , avec les premiers entablemens du péristile sur la rue du Sénat. Ce palais, d’une vaste étendue; devait comprendre l’ancienne maison des prisons qui est sur le derrière; et outre d’offrir un emplacement convenable pour le sénat et ses dépendances, il donnait de quoi loger la chambre des comptes avec ses archives , et les autres tribunaux. La partie qui était destinée pour la Cfiàmbbe des Cojhi*tes a été achevée , et Ce magistrat qui a été fondé en 1 5f»7 par le Duc Emmanuel Philibert, se trouve bien logé , à part que la porte d’entrée , qui n’a été percée que provisoirement sur le .côté de l’édifice, ne répond point à sa dignité.

Sans entrer dans les détails relatifs à toutes les ramifications du pouvoir judiciaire qui sont assez nombreuses , nous parlerons du consulat , du préfet ®u juge-maje et des juges en première instance.

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C’est Madame Royale , Jeanne-Baptiste de Nemours , qui , -voulant établir à Turin une place de change y créa en 1676 le Consulat pour statuer sur tous les différons relatifs au négoce et au commerce. Ce magistrat qui était logé à l’hôtel-de- ville, depuis l’incendie qui a éclaté dans ce palais en janvier 1817 , a été transféré à l’ancien Couvent des Carmes au-delà de la place Paesane. Le Juge-maje , qui connaît des affaires en seconde instance , est logé sur la place Paesane , et les Juges de Turin , déplacés aussi de l’hôtcl-de-ville à cause du désastre du feu , ont été logés au Couvent de Saint-François, dit de Turin. Mais ces destinations semblent ne devoir être que provisoires.

Pour ne rien oublier de ce qui a trait à l’histoire dans la description des objets qui peuvent intéresser le voyageur, nous rappellerons que durant le dernier séjour que les Français ont fait en Piémont, l’ordre judiciaire y avait été organisé comme dans l’intérieur de la France , et que Turin , formant le chef-lieu d’une division militaire, avait une cour d’appel , un tribunal de première instance et des juges de paix , outre un tribunal de commerce. Cette organisation a cessé au retour du Roi , et ft été remplacée par l’ancienne magistrature donc nous avons parlé.

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