CHAPITRE QUATRIÈME
Des hospices et des établissemens de Charité et de Bienfaisance.
Faire la description des établissemens de charité qui se trouvent dans Turin, c’est entreprendre l’éloge de la pitié de nos ayeux, qui ont pensé mettre une barrière à l’infortune en multipliant et en dotant les hospices ; c’est parler d’un héritage que nous devons pieusement respecter pour honorer la mémoire de ces fondateurs, et ne point tromper leurs espérances. Peu de villes peuvent compter autant d’institutions charitables que la Capitale du Piémont. Les hospices y sont au nombre de huit , compris l’hôpital Militaire : il y a un Mont de Piété établi sur un plan bien conçu , et outre de quatre grandes maisons publiques, appelées Conservatorii , pour l’éducation de jeunes demoiselles dont nous parlerons dans la suite , il y a une école pour les arts et métiers appelé Albergo di Virtù , et qviatre maisons de travail pour les jeunes filles abandonnées ; on y remarque une association de bienfésance qui fait distribuer des secours à domicile , une institution qui a pour but d’instruire les pauvres mendians , et deux vastes sépultures publiques qu’on appèle les Cénotaphes. Nous allons parler de ces divers établissemens.
La fondation d’un hôpital dans Turin, pour y recouvrer les infirmes nécessiteux , peut être, rapportée au i3.rae siècle. Cette date mérite d'être notée , et c’est une remarque à faire, que dans l’histoire du retour que les hommes ont fait ver» la civilisation , les vertus y ont précédé les lumières, il n’y avait encore rien d’ordonné à Turin touchant la justice et l’instruction publique, que la charité y avait déjà ouvert des hospices pour les malades. Telle est l’origine de l’ancien hôpital de sainte- Cathérine , qui porte aujourd’hui le nom d'Ospedale
XAGOIORE DI SAIT GlOANNI BaTTISTA E DELLA CiTTa’ Dï
Torino. L’on a des notices de son existence dèa le i3i4» et il parait que c’était depuis bien des années que les Chanoines en avoient été les fondateurs et en étoient pour cela les Administrateurs. Cet Hôpital se trouvait dans un corps de maison, attenant au logement des Chanoines, près de la place de saint-Jean , et dans ses premiers cominencemens il ne devait avoir que huit lits pour les malades. En i45a, il était déjà bien agrandi et c’était l’Evèque de Romagnano qui avait le soin de sa direction , avec le titre d’ Administrateur perpétuel : mais dans un acte du a3 mai ify'i , qui parle de l’achat d’une terre fait par les Chanoines Bussi et Boveri , ce dernier, Curé de saint-Pierre , ces deux personnages sont qualifiés de Recteurs , Gouverneurs et Administrateurs de l’Hôpital de sainte-Cathérine. Depuis cette époque jusqu’à la moitié du 16.® siècle, cet hospice commença à e’appeller vulgairement l’Hôpital de saint-Jean , ou
del Duomo , et cela parcequ’il était près de l’Eglise Cathédrale , et tantôt l’Evèque et tantôt les Chanoines en furent les Administrateurs, lorsque le» Français ayant occupé le Piémont en i5.i6 , les rues de Turin furent tellement encombrées de pauvies malades que la direction de l’hôpital, qui ne pouvait les recouvrer faute de fonds , eut recours aux membres du Conseil de la Ville pour les engager à partager scs soins , et l’aider de leurs puissans secours. Cette association de la Ville avec le Chapitre dans une affaire ausfci intéressante pour l’humanité, fut entendue et stipulée en i54i, et l’hôpital de saint-Jean eut dès-lors des revenus fixes et un établissement plus considérable. 11 restait à fixer la dénomination de l’hôpital , et comme. des différends étoient survenus entre les Décurions et les Chanoines à cet égard , par un acte du i3 janvier 1578, stipulé à médiation de l’Archevêque Cardinal de la Rovere , il fut convenu que l’hospice porterait le nom d’hôpital de saint-Jean- Baptiste et de la ville de Turin. Il est à noter que cet établissement avait pris un tel essor , que dès le i543 il avait été agrégé à l' Arci-os pédalé de saint -Salvadore de Rome.
Aujourd’hui cet Hôpital se trouve dans les quartiers de la nouvelle Ville, vers le Pô , près des remparts. L’édifice qui lui est destiné est somptueux Lien que rien n’y soi* perdu en magnificence. C’est l'architecte Garroé qui en a donné les dessins. Le corps de maison a deux étages , et offre dans son intérieur tout ce qui peut être nécessaire à l’objet
de sa destination, Les malades sont divisés selon les deux sexes, qui ont chacun un étage séparé , et l’étage supérieur , où sont les femmes , est regardé comme le plus sain. Les lits se trouvent distribués dans de vastes galeries formant une croix grecque , au centre de laquelle est un autel que tous les malades peuvent appercevoir de leurs couchettes. Les châlits sont en fer et sont garnis de rideaux. 11 suffit de donner un coup d’oeil sur l’intérieur de ces galeries pour voir que l’établisse» ment est bien fourni en linge et que rien n’y manque de ce qui peut en assurer la propreté et la salubrité. L’apothicairerie est une des plus belles de Turin, et comm’elle se trouve au-rez-de-chaussée de même que les grandes manutentions , une mécanique très-simple sert pour la distribution des médecines, et des alimens dans les diverses galeries; c’est un grand porte-manger qui s'élève et s’abaisse par le jeu de quelques poulies.
À l'extrémité de la galerie, au-rez-de-chaussée , on entre dans une rotonde qui a été bâtie en 1768, par le Marquis Argentero de Bagnasque sur les dessins de l’architecte Castelli. C’est un monument à voir. Un ordre de colonnes joniques, de marbre de Suse, forme la décoration intérieure de la chapelle , et soutient le dôme qui est surmonté d’une lanterne. Comme les colonnes sont rebattues par des pilastres, cela donne lieu à une espèce de portique qui règne dans le pourtour de l’Eglise et dont le fond est orné d’arcades avec des fenêtres. Le bon goût qui se montre dans tous
les ornemens ajoute au charme de l'architecture qui est d’un style noble et élégant.
L’Hôpital de saint-Jean est destiné pour le traitement des fiévreux et des blessés , outre qu’il renferme un nombre de lits pour les incurables. Ces lits portent le nom de leurs auteurs , et des personnes , qui avoient paru dans le monde , ont trouvé dans cet Hospice un asyle contre l’infortune et bénissent la mémoire de ces fondateurs. L'homme, qui le premier a cultivé en Piémont les pommes de terre, a sa retraite dans cet Hôpital.
11 y a quelque chose à remarquer dans ce qui regarde les détails de son administration. Le mouvement extraordinaire des malades, qui s’opère chaque jour, a suggéré depuis longtems d’y placer l’école de Clinique , et tous les élèves en médecine «t en chirurgie sont obligés d’y faire leurs cours: outre que la variété des maladies leur présente les moyens d’achever leur instruction , ils y trouvent une salle pour les dissections anatomiques , et la Direction fournit amplement ce qui est nécessaire pour les progrès de la sience et pour la formation des élèves.
Le nombre des recouvrés dans cet Hôpital , est pour le moins de cinq-cents j et quoique l’établissement ait des revenus en bienfonds, ces revenus ne peuvent guères suffire à son entretien. La charité des habitans de Turin prend soin de suppléer à ce qui manque, et les loix du Piémont sont favorables à ces actes de bienfaisance. Le texte de ces loix prescrit aux notaires , qui reçoivent des testamens .
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d'interroger les testateurs s’ils ne veulent rien léguer à tel , ou à tel hospice qu’ils sont obligés de leur nommer. Aussi l’inscription qui est sur le frontispice de la façade extérieure de l’Hôpital , prouve que l’existence de cette maison avait été confiée à la pitié généreuse des personnes opulentes.
SALVTI PAVPERVM TEMPORALI DIVITVM AETERNAE APERTYM.
Après l’Hôpital de saint-Jean, le plus remarquable est celui de la Charité , qui occupe un vaste emplacement près de la rue de Pô. C’est un établissement dont l’histoire peut faire un petit volume. 11 a été érigé par cette compagnie de saint-Paul qui a fait tant de belles choses dans Turin, et que nous fairons connaître à l’article du Mont de Piété. Le Duc Charles Emmanuel premier concourut de sa munificence à sa fondation , et l’hôpital de la Charité , où des pauvres abandonnés , fut d’abord réuni à l’ancien Hôpital des fiévreux entretenu par les Chevaliers de l’ordre de saint-Lazare, dans une maison qui était située au-delà de la Doire et qu’on appelait le Lazzaretto ; mais telles furent les vicissitudes de la guerre dans ce siècle , que l’hôpital de la charité se vit menacé de son existence dès les premières années de sa création. Ses pauvres furent dispersés , et il eut été fermé sans l’intérêt que lui porta le Président Bellezia , qui était l’un des principaux conseillers de cette Compagnie que nous avons nommée. Une forte pénurie de subsistances s’étant manifestée dès le commencement de l’an 1649 > *e Président eut le
soin de représenter à Madame Royale Christine de France , Régente des Etats de Savoie , de quelle importance ce pouvait être dans ces pénibles circonstances de remettre sur pied l’hôpital de la Charité; et cette Duchesse, secondée par le zélé du Prince Maurice de Savoie , ordonna des subsides considérables pour son rétablissement , et l’hospice fut alors placé dans le faubourg du Pô sur le terrein et dans les maisons qui sont aujourd’hui habitées par les Juifs. Le 3o août de cette même année. Madame Royale Christine approuva les réglemens de son administration, qui lui furent présentés par la Compagnie de saint-Paul , après qu’elle les eut faits examiner par le Marquis de Pianezza et le Comte D. Philippe d'Aglié , ses conseillers intimes.
Après l’agrandissement de Turin vers le Pô , et après la mort du Prince qui Pavait ordonné, le Duc Charles Emmanuel II , la Duchesse Jeanne- Baptiste de Nemours se trouvant Regente de Savoie, l’on eut des craintes pour la salubrité de la Ville , vû que l’IIospice, placé près de Turin, pouvait devenir un sujet d’infection , et vers le 1679 , d’ordre de Madame Royale , l’hôpital de la Charité fut transféré dans cette belle maison que M.me Christine avait bâtie sur la colline en face du Valentin, «t qui après sa moft se trouvait abandonnée ; et c’est alors que les Juifs , rassemblés jadis à san Giovan di Dio et à moitié dispersés dans la Ville, furent rassemblés dans le Ghetto , où ils demeurent •acore aujourd’hui. Mais l’Hôpital ne put rester
long-tems sur la colline : les mauvais chemins , en hiver , en rendoient l’accès pénible aux personnes chargées de sa direction , et l’éloignement de la "Ville paraissait diminuer le zélé des habilans : il fut bientôt rappelé dans Turin et établi dans le local , où se trouvait V Alberto di f^irtù qui venait d’obtenir un autre emplacement sur la place Carline j c’est dans ce local que l’on bâtit l’édifice que Ton y remarque encore aujourd’hui , lequel reçut ensuite de grandes ampliations lorsque le Roi Victor Amédée II conçut le projet de bannir la mendicité, comme par le contenu de son édit du 6 août 1716.
Le souvenir des ordres émanés dans cette circonstance mérite d’être conservé. Une fête extraordinaire fut décrétée pour solemniser cet acte de prévoyance vraiment royale. Tous les pauvres , qui devaient être renfermés dans l’hôpital, au nombre de huitcent environ pour y former comme un dépôt de mendicité , furent arrêtés les premiers jours d’avril de 1717 , et le 7 de ce mois , dans une procession générale avec l’intervention du Clergé, ils furent rassemblés sur la place du chate-au, d’où, après un repas qui leur fut servi par les gens du Roi , et en présence de la Cour , qui occupait les galeries du chateau , ils furent conduits à l’hospice.
La maison de l’hôpital de la charité se compose de deux grands corps de bâtiment à-peu-près uniformes , donnant chacun sur une cour avec des galènes autour : de ces deux maisons Tune est pour les hommes , l’autre pour les femmes. Au milieu est Tcglise , dans laquelle on a l’accès par la rue de
Pô , de même que dans l’hôpital. Le nombre des malheureux qui s’y trouvent recouvrés peut se monter à i5oo , dont le tiers pour le moins est de vieux invalides. Tout ce qui a trait à leur entretien se fait dans la maison , aussi tous les individus valides sont occupés au travail de la laine , au tissus et aux difl'érens métiers qui sont nécessaires à la manutention de l’IIospice.
L’Église , décorée d’un portail avec deux campaniles, n’a rien de remarquable dans son architecture intérieure.La peinture du plafond, représentant l'Assomption de la Vierge, est du chevalier Daniel Sejrier: d’une manière grande et large. Le tableau du bienheureux Amédée est de Jean-Baptiste Dasso. et celui de la bienheureuse Marguérite de Savoie est de Philibert Perdomomo.
L’hospice de la Charité, dont nous venons de faire mention , porte le titre de Regio Spepale DE ll. 4 Carita’, et son administration est confiée à des personnages de distinction qui ont de même la direction supérieure d’un autre hospice que l’on appelé I'Opera Bogetta , où l’on reçoit les vénériens et les malades atteints d’affections contagieuses ét incurables. L’établissement de cet hôpital se trouve annexé à l’hospice de la Charité ; il a été fondé, en 1734* Par Ie banquier Louis Bogelto , dont il conserve le nom.
Avant l’entrée des Français en Piémont, il y avait à Turin un autre hospice pour les fiévreux et les blessés, qui portait le nom de Spedale df.lla sacra Religione de'Santi AI a it ri zi o e Lazzaro, fondé
par le Duc Emmanuel Philibert en t5?3 , lor» de la reunion de l’ancien ordre de saint-Lazare avec l’ordre de saint-Maurice. Cet hôpital, qui pouvait avoir soixante lits environ, se trouvait derrière l’Eglise appellée Basilica Magistrale , et dans un palais qui avait été réparé et agrandi par l’architecte Feroggiu. L’administration de cct hôpital , où l’on recevait des malades appartenant à des familles honnêtes , quoique peu aisées , dépendait d’un chevalier Gran-Croix de l’ordre des saints-Maurice et Lazare , qui prenait le titre de Grand Hospitalier, et avait ses appartemens dans le même palais. Cet hôpital n’existe plus aujourd’hui ; mais il va, dit-on, être rétabli.
Un autre hôpital, assez considérable, est celui des aliénés , que l’on nomme Ospedale çe’ Pazzarelli, Les soins de cet hôpital appartiennent à une confrérie de pénitens blancs sous l’invocation du saint- Suaire et de Notre Dame des Grâces , érigée dès le i5g8, sous les auspices du Duc Charles Emmanuel I. Cette confrérie ayant appris , un siècle après environ, que le Roi Victor Amédée II avait l’intention de fonder un hospice pour les malheureux atteints de folie , fit l’offre au Souverain de se charger elle-même de l’entretien de cet hôpital en louant dès-lors une maison pour y recevoir les personnes en état d’aliénation mentale. Le Roi fut satisfait du dévouement de cette confrérie, et lui céda en 1728 un vaste terrein dans les nouveaux quartiers de la porte de Suse pour la construction de rilôpital et de la nouvelle Eglise, dont la bâtisse
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a été achevée eni^sg. La maison de eet hôpital n'offre rien de remarquable ; l’Eglise a été élevée sur les dessins de Vittone , hors la façade qui est de l’architecte Butturino. L’intérieur de cette Eglise est d’une assez belle distribution: on y voit quelques peintures de Milocco , qui ont été retovichées par le chevalier Beaumont: c’est dommage qu’on n’aie pas encore rendu cette Eglise au culte.
L’hôpital des aliénés devra à l’administration décurionale de la Ville un nouvel agrandissement par la cession qu’elle a bien voulu lui faire d’une partie des terreins qui ont été applanis par la démolition des remparts, et qui se trouvent près de son établissement. L’architecte Panissa est chargé des dessins des1 nouvelles constructions, qui sont déjà commencées et dont l’ensemble annonce un plan très-vaste. Le nombre des aliénés , qui , dans cette maison est aujourd’hui de deuxcent-trente environ , peut s'accroître tous les jours , parce que l’hospice n’est pas ouvert seulement pour Turin, mais pour l’État en général. L’administration de l’hospice des aliénés relève d’un personnage en dignité dans la Magistrature.
Autrefois les femmes en couche et les enfans abandonnés avaient leur asyle à l’hôpital de saint- Jean: en 1801 l’hospice de la Maternité en a été séparé , et a reçu un établissement plus considérable dans le couvent de saint-Michel. A cet Hospice est annexé une école pratique d’accouchement.
Le dernier des hospices de Turin, outre l’hôpital militaire dont nous avons parlé ailleurs, estl ’Ospedjle
Di SAy Luigi , dont la fondation date de 1794. Un pieux et digne personnage , le prêtre Barucchi curé de la citadelle, avait rassemblé une société de personnes charitables, sous l’invocation de saint-Louis, qui prenoient à coeur de rendre toute sorte de soins et de secours aux malades dans leurs foyers : parmi ces personnes , les premières à se montrer par leur zèle avaient été les sieurs Molineri et Orsetli ; cette société, protégée par le Cardinal Costa Archevêque de cette Ville , reçut en 1798 de la munificence du Roi Victor Amédée III un revenu fixe, et dès-lors , sans cesser de ses visites domiciliaires aux infirmes , elle s’occupa de l'érection d'un hôpital pour les pauvres atteints de ces maladies longues et pénibles qui ne trouvent point de refuge dans les autres hôpitaux. Cet hospice, bâti à cette époque, sur un plan très-circonscrit va recevoir, ces jours-ci , une plus grande extention par les terreins que l’Administration Décurionale de la Ville a bien voulu abandonner à cette société près de ceux cédés à l’hôpital des aliénés. Un bâtiment remarquable va s’élèver sur ces terreins, et l’architecte Talucchi en a donné les dessins. La première pierre y a été posée par S. M. le Roi "Victor Emmanuel , le 26 mars de 1818.
Après avoir parlé de ces différens hôpitaux, qu’il nous soit ■ permis de faire une question , et celà pour répondre d'avance à celles que pourraient nous faire les voyageurs ; le nombre des hospices de la ville de Turin, qui est assez considérable, est-il en rapport avec l’état de sa population et des cir-
constances de son territoire regardé comme trèssain et abondant en toute sorte de commestiblesf Le nombre des hospices n‘est-il pas toujours en raison directe du nombre des victimes que produit l’inégalité des fortunes ? Nous répondrons que le nombre des recouvrés dans ces divers hospices , étant tout au plus de quatremille , ce nombre est d’autant moins excédant pour la population d’une ville qui a environ quatrevingl-mille habitans et dont le mouvement est assez remarquable , que dans ces hospices il y a beaucoup de personnes appliquées à des travaux utiles, que parmi les recouvrés il est une quantité d'individus qui sont étrangers à la ville de Turin; et d’ailleurs, que cette pitié active et bienfésante qui a augmenté en cette Ville le nombre des hospices , ne s’est pas moins exercée en y établissant des manufactures et des maisons de travail ; et que le dévéloppement que le commerce et les arts industriels et agricoles peuvent y recevoir , est plus que suffisant pour répandre l’aisance dans toutes les classes des hahitans.
Avant de faire l’énumération des maisons de travail pour les jeunes personnes abandonnées , nous parlerons de l’Oratoire de saint-Paul et du Mont de Piété , qui se trouvent en seconde ligne dans l’ordre de notre travail. Les Monts de Piété, dont l’origine remonte au i5.e siècle , le premier ayant été établi à Orvieto en i4G3 ont été introduits dans presque toute 1 Europe. Le Concile de Trente leur a donné le nom de pieux. Celui de
Turin a été fondé en iSig , et comm’il avait été fermé à cause des guerres , il fut rétabli en i58o par la Compagnie de saint-Paul , dans un tems où l'intérêt de l'argent s’était élévé à trentesix pour cent. Les réglemens de son administration ont été approuvés par le Die Charles Emmanuel I le a de janvier 1681. Le Mont de Piété se trouve uni à l’Oratoire de saint-Paul , où s’assemble la Compagnie que nous avons citée et qui porte le nom de Compagnie de la Foi Catholique. L’origine de cette Compagnie date de i563. Dans le tems que les Français occupèrent le Piémont , un nombre de Calvinistes s’étant introduit dans Turin , et déjà beaucoup de personnes ayant embrassé leur doctrine , cinq citoyens s’assemblèrent dans le cloître de saint-Dominique pour songer aux moyens de s’opposer à des innovations qui menaçaient la pureté de la croyance religieuse. Outre l’avantage d’avoir reconstitué le Mont de Piété, cette Compagnie a rendu bien d’autres services à la ville de Turin. On lui doit la fondation de plusieurs éta- Blissemens dont l’utilité a été sanctionnée par le tems. La Compagnie de saint-Paul , qui administre le Mont de Piété a toujours fait des distributions d’aumône à domicile, lesquelles, pendant la dernière occupation du Piémcnt par les Français , avaient été remplacées par celles que faisait le Comité de Bienfésance.
Le re Gio Albergo di ViRTu' , maison qui date de i58o , et offre une preuve de l’intérêt qu’on prenait à cette époque pour encourager les arts