LIVRE QUATRIÈME
Des Monumens qui concernent les Sciences , les Lettres et les Arts.
Ex parlant des édifices destinés à des établissemens de science et d’instruction publique, nous n’aurons pas à remonter si haut dans 1 histoire que nous l’avons lait dans le livre précédent. Deux siècles et demi s’étaient écoulés depuis que Turin était tombé sous la domination des Comtes de Savoie , que l’on n’y voyait encore rien d’établi pour un corps d’enseignement : Les tems étaient malheureux, les moeurs étaient grossières et 11 n’y avait nul goût pour les lettres. Durant le douzième et le treizième siècle il n’y eut d’autres écoles en Piémont que celles des Couvens et des Évêques : seulement vers la moitié du quatorzième siècle on commence à y découvrir la trace de quelques écoles séculières , entr’ autres d’un cours de médecine ouvert près le palais de la commune j mais ces écoles, qui n'étaient que de foiblcs entreprises particulières , ne pouvaient avoir de plan , et les études qu’on y faisait devaient manquer totalement de méthode.
Cependant des Universités s’étaient rendues célèbres ailleurs par le nombre des écoliers que l’on y .envoyait de toute part. Le Piémont, qui relevait d’une couronne dont le système politique tenait plutôt à la France qu’à l’Italie , n’avait pas été des
premiers à se ressentir du mouvement que la renais> sance des arts avait occasionné dans cette contrée. Vénise, Bologne, Pise , Florence, .Sienne et Gênes même , étaient déjà des villes florissantes que dans presque toute la France les maisons étaient couvertes de chaume , et le Piémont n'était pas loin de partager le même sort , comme l’attestent les noms que conservent certaines villes , telles qu’Alexandrie de la paille , Nice— rie la paille etc.
Il faut le dire, les sciences et les arts ont tardé un siècle et plus à faire leur première apparition dans ce pays , et l’on doute , si les Sonnets de Pétrarque ayant pu être lus, de son vivant, à Turin où l’on ne connaissait alors que le latin, le gaulois et le jargon des alpes Il est vrai que l’essor a été brillant par la suite , et que si les commencemens y ont été tar difs , les progrès n’y ont point été lents ; mais c’est au dixhuitième siècle que la ville de Turin a pris son rang parmi les capitales de l’Europe par le nombre des savans et des littérateurs qu’elle a donnés. C’est une remarque à faire , que , bien que le Piémont ait produit des hommes de mérite dans les siècles précédens , tel qu’un Decara , un Botero , un Della-Chiesa Lodovico etc. , les époques \ que les sciences et les arts ont marquées dans ce pays n’ont pas été les mêmes que celles du reste de l’Italie. Déjà les esprits avaient été appelés à la lumière dans cette contrée , que l’on était dans le sommeil aux pieds des alpes ; ici on se trouvait dans l’enfance, que là tout était frappé au coin
du génie; et lorsque la décadence avait ménacd en Italie le kistre des arts , le Piémont , qui recevait de près l'impulsion du Règne de Louis XIY , marquait l'aurore de son beau jour , et préparait à la nation italienne cette couronne tragique que les étrangers lui avaient disputée jusqu’alors , tandis qu’il donnait dans La-Grange un successeur à J\Teuwton.
Dans ce livre , nous aurons soin de faire connaître la marche que les diverses parties de nos connoissances ont suivie dans ce pajs , en même tems que nous présenterons un tableau descriptif, détaillé, des monumens que l’on y a consacrés aux Sciences et aux Arts, ainsi que des établissemens qui s’y trouvent destinés à l'instruction et à l’éducation de la jeunesse. Et après avoir parlé de ce qui a trait à la branche inventive dans la science , comme de ce qui a pour but de conserver le bon goût dans les arts , nous fairons parole de ces institutions qui se proposent de corriger les travers des hommes, d’adoucir leurs moeurs et de leur tracer les règles de cette politesse qui est le lien de l’ordre social : les Théâtres, objets d’un passetems agréable et qui seront dans ce livre le sujet d'une description particulière.