‹ Turin et ses curiositésChapitre 32 sur 55 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des rues , des places . des ponts et des promenades publiques.

ïl y a dans Turin quatre-vingt-deux rues , dont cinquante appartiennent à l’ancienne Ville et trentedeux à la nouvelle. Les premières de ces rues , presque toutes étroites et irrégulières , occupent moins d'espace que les secondes qui sont larges , longues et alignées. Parmi les rues de l’ancienne Ville, les principales sont la rue de saint-Thomas , celle de Doire-grosse , et les deux du Sénat et d’Italie. Parmi celles de la nouvelle Ville , les principales sont la rue de Pô , les deux de Porteneuve et de sainte-Thérèse , et les rues Bogin , de saint-Charles , du Théâtre d’Angennes , de la monnaie et de saint-François de Paule.

On compte à Turin douze places , dont les principales sont la place du Chateau et celle de Carignan : ensuite la place Cariine , place Susine , et celle de saint-Charles où l’on fait le marché du blé ; viennent après les places où l’on tient le marché des commestibles , et celles qui se trouvent à l’entrée de la Ville. On y compte quatre ponts , l’un en pierre sur le Pô, d’une superbe construction entrepris par les Français et achevé depuis le retour du Roi j deux en bois sur la Doire , peu loin de la Ville , et le quatrième sur la Sture à la distance de deux milles. Dans quel quartier que on habite on y a la commodité des promenades

publiques ,• dont l’entretien et la fraîcheur en été , sont l’un des soins particuliers du Gouvernement.

La rue de saint-Thomas , qui est suivie de celles des Orfèvres , des Chapeliers , du Saint-Esprit et des quatre Pierres , était jadis la plus belle de Turin. On y entrait par la porte Palatine , et en descendant on y vojait les trois palais, de l’Évéehé, de la Commune et des Études : on y rencontrait le marché du ris comme on touchait à la place aux-Herbes ; et on traversait le marché du blé au devant de l’Église des Mineurs Observantins ; et outre les meilleurs auberges, on trouvait dans cette rue le dépôt du Camelotto , ( ou Gahellotto ) où se faisait le commerce de l’huile , du poisson et des oranges. On y admirait des hôtels avec de belles peintures et dans l’une de ces maisons les Juifs tenoient leur Synagogue. C’était dans cette rue qu'on allait faire les emplettes parcequ’il y avait les boutiques des orfèvres , des bijoutiers et des droguistes , outre celles des chapeliers , des chaudroniers et des confiseurs. En sortant on prenait la porte des marbres , placée à l’extrémité de la •rue au sud , et là on jouissait de la vûe de l'amplii théâtre et des autres monumens d’antiquité. Aujourd’hui , la rue de saint-Thomas est à peu de chose près la plus vilaine , et à moins que d’y avoir à faire on l’évite , crainte de s’y voir arrêté par les voitures à cause de son peu de largeur sur quelques points. Cette rue , d’ailleurs , n’offre plus rien de remarquable hors l’hôtel du Marquis de Roddi dont nous parlerons dans la suite , et le

palais d«« Tours , que l’on ne peut plus voir qu* des bôu^vards du nord , depuis que la porte Palatihe a été fermée.

Le palais dit les Tours , le Torri della Cittj ’, est le seul édifice Romain qui soit debout après les vicissitudes que la ville de Turin a éprouvées ; mais dans ce bâtiment tout n’est pas de la même époque ; on y remarque la trace de quelques additions , et de plusieurs restaurations. La partie du milieu , décorée de deux ordres de pilastres * rappélle le bon style du premier siècle, et il faut èroire qu'une portion de l’édifice avait fait partie de ces constructions que les Romains avoient destinées pour le palais d'Auguste , et pour celui où Ée tenoient les conseils et les assemblées des Magistrats. Dans les tems postérieurs , cette espèce de château a appartenu aux Lombards ; quelques Rois d'Italie y ont demeuré , et parceque l’un de èèa derniers appelé Guido , par corruption Yuide , y a logé , ces Tours ont pris le nom de Tours d'Ovide. On remarque sur le devant de cet édifice une espèce de fenêtre ronde dont la grille en fer représente le nom de Jésus } cette même devise se trouvait autrefois sur les quatre portes de la Ville de Turin. Depuis le ao mai 1724 le Roi a Cédé l’usage des Tours à l’administration de la Ville , et dès lors elles sont devenues un lieu de prisbn pour les délits de police correctionnelle.

La rue de Doire-Grosse , Dora Grossa, s’étend depuis l’entrée de Turin par la route de Suse jus^. *ju’à la place du Château. Elle était il n’y a pas

lohg-tems tortueuse et irrégulière , de même que les deux du Sénat et» d’Italie. Deux loix de 1736 et 1753, que nous avons citées dans le discours préliminaire, les ont faits redresser en peu d’années, en accordant la faculté d’établir des majorats à ceux de la classe bourgeoise qui y auraient bâti des maisons sur les nouveaux dessins; comme cettë rue était peuplée de marchands , elle s’est trouvéé tout-à-coup alignée et décorée de superbes édifice^ en 1775, lors du mariage du Prince de Piémont avec madame Clotilde de France. Il n’y avait plus que la vieille tour à démolir parce qu’elle se trouvait hors de l’alignement, et quelques points à redresser , et cela fut opéré durant le séjour des Français.

Dans cette rue on a la comodité de deux trottoirs en pierre de taille, et d’une belle largeur, quî sont toujours propres ; la rue elle-même l’est aussi à cause du ruisseau qui la parcourt dans sa longueur , et qui sert à distribuer les eaux dans les quartiers placés inférieurement. L’abbé Passeront dans son poème il Cicerone , a fait une peinture de cette rué en ces vers :

AHe pedestri squadre

Posto con simmetria rasente il mitro

DoppiO ordtne dî lastre eguali e quadre ,

Rende V andar piacevole e sleuro.

In mezzo al calle lut V acqua il suo pendlo ,

Che par Ira doppia s pondu un picciol rlo.

Mais ce Poëte a oublié de parler de l’espèce de charme que donnent à cette rue les aspects de ■es deux extrémités ; le superbe frontispice du château d’un coté , et )a vue de la campagne de l’autre terminée par les alpes et agréablement coupée par la pyramide destinée à rappeler le souvenir de l'opération exécutée par Beccaria en 1760, lors de la mesure du dégré du méridien. Ce monument, élévé par l'architecte Lombardi , est sur l’un des points qui ont servi à tracer la base pour élever les triangles et procéder à l’opération.

La rue d'iTAÙE est la plus fréquentée de Turin; elle s’étend en droite ligne depuis la place aux herbes jusqu’à la ci-devant porte Palais , et de-là elle conduit par une belle promenade au faubourg de la Doire. De cette rue on entre dans celle du Sénat, au coin de la nouvelle tour; mais cette dernière rue n’est encore qu'ébauchée, et ne sera parfaitement alignée qu’en coupant une portion du superbe hôtel du Marquis Fallette de Barol, ce qui ne pourra se faire sans beaucoup de regrets.

De toutes les rues de Turin, la plus longue est celle de S.te-TnÉRÈsa , qui part de la citadelle et touche à l’esplanade de la ci-devant porte du Pô. La plus belle , la plus large et la plus agréable est la rue de Pô , qui s’étend sur une ligne diagonale depuis le château jusqu’au pont en pierre bâti par les Français. On ne sait conçevoir comment on a pu tracer cette rue d’une -manière si oblique ; d’où provient que , sur les rues qui la traversent les angles des maisons , faisant le coin * sont aigus

i*uh côté et obtus de l’autre ; et comme cela se Irepète dans les appartemens l’effet ,qui en résulte est assez desagréable. Malgré cela , l’aspect de la rue de Pô est imposant : les maisons qui la bordent sont toutes d’une architecture uniforme et supportée par des portiques ouverts d’une belle proportion. Cette rue a été bâtie en par le

Duc Charles-Emmanuel II sur les dessins du Comte Amédée de Castellamonte ; et ce Prince eut à peine le tems de la voir terminée. Les portiques de la rue de Pô , qui font suite à ceux de la place du château, offrent en hiver une promenade agi éable » et qui s’est embellie depuis la démolition des remparts et du donjon de la porte du Pô , parcequ’on y a mis à découvert les belles scènes de la colline j mais que ne deviendra-t-il pas ce quartier lorsque les portiques de la nouvelle place prolongeront ceu* de la rue de Pô , et que la Rotonde dédiée à la Vierge , Mère de Dieu, s’élèvera au-de-là du nouveau pont f constructions ordonnées par le Roi dans son projet d’agrandissement , dont nous parlerons bientôt.

La rue de la Monnaie a été percée sur l’alignement de celle de Doire-Grosse ; aussi, de la porte du château, on jouit de l’aspect de ces deux rues, qui montrent l'intérieur de la ville dans sa plut grande longueur. Les deux rues de S. t— Charles et du Théâtre . d’Angennes sont parallèles à la rue de sainte-Thérèse, et la rue Bogin et celle de S.t- François de Paule sont les plus considérables parmi les rues de traverse qui entrecoupent la rue de

Pè- La rue Rogin porte le nom d'un Ministre , qui, a laissé un grand souvenir de son savoir, de sa rectitude et de la fermeté de son caractère,

La rue Neuve et celle de Pobte-Neuve, ainsi que Ja place de saint-Çharles ont été tracées par le Pue Charles-Emmanuel l.er ; la rue-Ncuve en i6râ et le reste en *6?o, lors de l'agrandissement de Turin vers le sud. Quoique ce Prince eut chargé dès Je i584 le célèbre Ascanio Viiiozzi de la formation d’un projet pour l’embellissement de la place du château, ce projet ne fut exécuté que long-tems après ; et nous apprenons que ce Souverain fit donation à cet architecte d’un emplacement appelé le silo vacuox situé non loin de la porte Phibellone; çn-deçà de la place Château et entre le palais Martinengo, depuis Ei aucavilla , et l’enceinte carrée, pour y élever une maison sur les nouveaux dessins; maison , qui fut par la suite achetée par le Marquis de saint-Germain. Ce lut là l’époque du tracement de la rue Neuve, Coüvr 4P A N i/o r A.

Le palais du Comte Marlinengo s’étendait le long des fossés dç la place du Château, depuis la rue ije l'anneau d'or, aujourd'hui dei Canesirelli , jusqu’à l’endroit où est la boutique des frères Reycend. Ce palais fut coupé sur toute sa profondeur , ainsi que les corps de maison placés sur le derrière, parmi lesquels on remarquait un jeu de paume auquel on aboutissait par la rue du Canard , aujourd’hui rue de la Chasse. Après le tracement de la ru* Neuve , il ne dut plus exister qu’une lisière de maisons sur la gauchç de cette rue, depuis la place Chà,

teau jusqu’à son extrémité au sud , telle qu’on J* remarque encore aujourd’hui dans Cftte suite d« quartiers de peu de largeur qui se trouvent entré la rue Neuve et la ruelle qui sépare la maison de saint-Martin d’Agliè les cul-de-sacs derrière le théâtre Carignan et la ruelle du Mouton. L’enceintô carrée devait s’étendre sur la même ligne et les noms que portent les deux rues de traverse , du Jardin et de la Verne, rappellent qu’elles se trou* vaient jadis près de la Campagne.

Comme le palais appartenant alors au Comte Mar* tinengo , aujourd’hui rebâti à neuf, est l’un des principaux qui bordent la place Château, ayant à parler de cette place, nous prenons soin de çiter Jes curiosités que présente son histoire.

Ce palais fut d’abord acheté d’un certain Favetlo, Podestà de Turin durant le séjour que les Français y ont fait au i6.e siècle. Le Comte Martinengoj devenu propriétaire en Piémont, était un militaire distingué de Brescia passé au service du Duc dp Savoie, ayant été décoré de l’ordre de l’Annonciade. Il avait épousé Béatrice Langosco fille du chancelier de ce nom , veuve Visme , et de laquelle le Duc Emmanuel-Philibert avait eu une fille, Méthilde de Savoie , mariée au Marquis Simiana de Pianezza, Seigneur d’Alhigny.

Le Comte Marfinengo ayant quitté brusquement le seryice de la Cour de Savoie , avait emporté le» joyaux de sa femme. Déclaré coupable de félonié par une Commission , de laquelle était membre le .ÿ èrç Dun Isidore Pictor , Supérieur des Barnabita#

,«t confesseur de Son Altesse , duquel nous avons parlé, il fut privé de l’ordre du Collier et sa mai* son fut confisquée au profit de Donna Méthilde comme héritière de sa mère en remboursement des joyaux. De cette manière la maison Martinengo devint la maison du Marquis de Pianezza , qui eut soin d’acheter les corps de bâtiment placés à ses côtés; de là elle passa au Prince de Francavilla et par suite au Marquis du Bourg ; et achetée par Martini , qui la fit reconstruire à grands frais, elle fut revendre au profit des créanciers de ce dernier.

La place du Cuateau n’était pas bien grande autrefois , n’ayant été formée, dans sa première origine, que des terrains laissés à découvert autour du château. Elle s'accrut progressivement, et bien que son espace fut tracé lors de l’agrandissement de Turin vers le Pô , elle ne reçut toute son étendue que depuis la démolition de la galerie de bois et du pavillon , et ne sera parfaitement belle que lorsque l’édifice du château sera achevé. Anciennement les habitans de Gruillasque venaient sur cette place pour y fredonner la balloria, espèce de danse ou de jeu populaire , dont l’usage s’est perdu. Depuis les tems reculés on a l’habitude d’y allumer un bôcher le jour de la veille de la saint- Jean d’été , dont la fête coincide avec l’époque du solstice ; et cela se fait de no» jours avec la parade des troupes de la garnison et la triple décharge de l’infanterie en présence de la Cour: ce sont le* deux Syndics du Corps Décurionâl de la Ville , qui portent le feu. Sur cette place on a souvent célé-

bré les fêtes de mariage des Princes par des feux de joie , des tournois et autres solemnités.

Les portiques de la place Château , qui se trouvent au coin de la rue Neuve portent le nom de portiques de la foire de saint-Germain , parce que le Marquis de ce nom avait obtenu du Duc de Savoie , en 1684 , le privilège d’j tenir deux foires dans l’année ; l’une dans le carnaval , l’autre au mois de mai. Sur la portion de la place , qui est derrière le château, et qui s’appelle place Madame du nom de madame Royale Jeanne-Baptiste de Némours , dont les appartemens étaient au château , l’on remarque sur la maison à droite de la rue de Pô l’observatoire où le père Beccaria faisait ses observations et ses recherches sur l’électricité. Le bâtiment du grand Théâtre est de l’autre côté et on le distingue par quelques statues placées sur la façade extérieure de la maison. Sur le sommet du château et sur les deux tours qui flanquaient l’aile ' du devant, on voit encore les deux espèces de pigeonniers que les Français avaient bâtis pour le placement du Télégraphe , qui servait à l’entretien journalier de la correspondance entre Paris et Turin etc. , et que l’on a enlevé sur toutes les lignes depuis le retour du Roi.

La place Carignaiv, formée lors de l’agrandissement de Turin vers l’est, était presque carrée dans son commencement ; elle a pris une forme oblongue depuis que le Roi a permis au Prince de Carignan d’en occuper une partie pour la bâtisse de son Théâtre. Cette place est le rendez-vous des gens

«l'affaires et de commerce, à cause d’un café trèsachalandé où était autrefois la bourse des négocians,

, Une des plus belles places de Turin est celle de S.t-CHABLES. Elle est carrée et prend le nom de saint-Charles Borromée, qui est le titulaire de l’une des Églises situées sur les deux côtés de la rue de Porte-Neuve. Les palais qui décorent çette place, d’un dessin uniforme, ont été bâtis par lo Comte Charles de Castellamonte , et c’est dom-t piage que les colonnes accouplées , d’ordre Toscan, qui soutiennent les portiques pratiqués autour de la place , d’un marbre tiré de la carrière de Çhianoc , n’aient pas été d’assez bonne qualité pour résister à l’injure de l’air et supporter le poids qui leur a été imposé : comme pour conserver ces édifices , on a été forcé de combler l’espace qui est entre les colonnes , on s’est avisé d’engager ces dernieres dans des espèces de pilastres , qui, ont , l’air de soutenir des trophées , et parent à l’inconvénient sans produire de mauvais effet.

La place de saint-Charles est le lieu où se rendent les troupes de la garnison soit pour le service de la garde , soit pour les parades qu’elles sont obligées de faire dans certaines circonstances : aussi elle prend le nom de place d’armes. Sous les portiques , à droite , est le marché du bled que l’on y tient trois fois la semaine , à gauche est le marché des comestibles pour les quartiers de 1» tiouvelle Ville.

La place aux Herbes , où se trouve le grand jnarché de toutes sortes de subsistance? , n’a pris

sa dernière forme que depuis le 1755 , lors dea édits du Hpi Charles-Emmanuel 111 , qui ont prescrit le redressement des rues de Poire-Grosse, du Sénat et d'Italie, ainsi que la reconstruction des maisons de cette place sur des plans réguliers et symétriques.

C’est le Comte Alfieri qui a été chargé des des-, sins , et si l’on veut bien remonter aux diilieultés qu’il a dû vaincre pour régulariser cet emplacement , on lui doit des éloges. Sa première pensée fut de partir de l’hôtel de Ville , dont les lignes ont été sacrées pour le développement de ses plans} de ce principe sagement suivi , est résulté en grande partie l’effet que produisent les aspects de, cette place , où en faisant disparaître autant que possible la difformité des angles saillans introduit» ^pqr la nécessité de masquer les ouvertures qui aboutissent aux rues de traverse , l’oeil trouve une espèce de repos dans cette belle prolongation do lignes, laquelle, en mettant le ciel à découvert sur un fond bien coordonné , offre quelque compensation pour ce qui manque à l’étendue naturelle de l’cmpla-. cernent. On a reproché à cet Architecte d’avoir occupé l’issue de la rue de Doire-Grosse par des portiques , qui gênent la circulation des voitures : mais l’on doit se rappeler qu’il avait reçu des ordres à cet égard, l’Administration Déeurionale ayant marqué le désir de pouvoir faire le tour de la place à couvert lorsqu’elle se rend en procession à l’Église du saint- Sacrement , le Corpus Domûü, le dernier dimanche de chaque mois. Les mômes portiques dévoient

trouver sur l’ouverture de la rue d’Italie , qui est «n face , et l’on voit encore les 'pilastres qui de* voient rebattre les colonnes. Si la place aux herbes, au lieu d’être encombrée par les échoppes des marchands, était bien entretenue, et avait sur son milieu un beau monument en bronze ou en marbre, elle serait la plus belle de Turin : les boutiques * placées sous les portiques , dont elle est décorée ,

* *e trouvant alors occupées par des bijoutiers , des orfèvres et des marchands de nouveautés , y attireraient le beau monde , et l’Hôtel de Ville qui est en face receverait un nouvel éclat des objets qui viendraient l’entourer.

La place de Saint-JEAN est très -ancienne , et se» trouve destinée pour le marché de la volaille. Les deux autres places Carline et Susine , tracées lors des deux agrandissemens de Turin vers l’est et l’ouest, sont destinées , la première pour le marché du vin, l’autre pour le marché du vieux linge et de la ferraille.

Des diverses places de Turin, la plus longue est celle formée des terrains laissées à découvert lors de la construction de la citadelle, et qui sert pour le marché du bois et du foin : des quatre places situées à l’entrée de la Ville , celle de la ci-devant porte Palais , bâtie sur les dessins de Juvarra est destinée pour le marché des fruits. Son architecture peut mériter que l'on y fasse attention.

On trouve des promenades agréables soit dans l’intérieur, soit à l’extérieur' de la ville de Turin.

Les principales sont; i.°Les allées de la citadelle,

qui ont été plantées par le Duc Victor Amédée II

après le siège de Turin de 1706. a.* Les remparts,' espèce de promenade pratiquée sur les bastions, qui faisaient le tour de la Yiile et qui seront à l’avenir comme les boulevards de Paris. 3.° Le jardin du Roi que l’on ouvre au public pendant la belle saison. 4«° Les avenues du Valentin, qui , aujourd’hui, se prolongent de la ci-devant porte-Neuve jusqu’à la son. tie de la porte du Pô. 5.° Les grandes allées plantées sur des doubles lignes avec une grande chaussée au milieu, par ordre de MM. les Décurions en 1818, depuis la barrière de Suse jusqu’à celle du Pô et sur les terreins mis à découvert par l’aplanissement des fortifications. 6.° Les routes de Rivoli, de Stupinis , 4e Ja Vigne de la Reine , de Moncalier et les sentiers qui conduisent à Notre Dame du Pilon, qui offrent des situations agréables et des aspects souvent pittoresques , et variés.

Nous allons parler des Ponts de Turin. De tous les genres de construction qu’embrasse l’architecture, celle des Ponts est la plus intéressante. Ces édifices se font remarquer autant par l’élégance de leur forme que par la solidité de leur bâtisse. Celui que les Français ont élevé sur le Pô réunit ces deux qualités : mais avant d’en faire la description, qu’il nous soit permis de rassembler quelques notices sur les anciens ponts de cette rivière.

L’on a des mémoires sur les ponts de Turin qui remontent au treizième siècle. Ces documens traitent des réparations qui étoient souvent occasionnées par les inondations. A’ cette époque le Pont sur le Pô était en bois avec des culées en maçonnerie

•t de quinte travées tfuindeeim trabntas cinit columnis ligneis , et clanculis ferreis. Ce Pont , bien antérieur k celui qu’on a démoli en i8to , déjà en pierre , était placé plus haut que ce dernier , et avait un château , une tour, et un pontlevis en tête vers la Ville , comme une autre espèèé d* donjon vers la colline. Ces deux têtes de pont , fcrec la bastille des Maletti , située sur le monticule où sont aujourd’hui les Capucins , complétoient le système de défense de la Ville du côté de la montagne, Ën 126a , la ville de Turin ayant emprunté î4°0 florins, Astesi , d’un certain Obertino de Settimo pour racheter le pont sur le Pô que l’on avait engagé pour une somme d’argent , objet qui coûtait de gros intérêts, il est dit dans l’acte du i5 mai , obligaeerunt poiïtem Padi et ca~ strum pontis Padi deversus montaneas , et bastitam ultra Padum , et turrim ipsius , et ipsa castra prope tlictis. Comme l’on voit, dans un moment de détresse, l’on avait mis tout en gage.

Une chose à noter c’est que le Pont sur le PA avait une espèce dé Gouverneur où d’Administrateur qui avait le soin de sa conservation , et percevait se* revenus j et que les revenus de ce pont étoient devenus considérables , se trouvant propriétaire de journées de terrain , outre de quelques vignobles et d’une maison située dans Turin près de saiht-Silvestre , et jbuissànt , de plus , des droits de pohtagiùm sextaragium et gioaticum. Comme cette charge avait/été Conférée en î3i4» par le Vicaire et la Ville à \iü certain Bertolin t>

Tintore , cette cdncéssion fut approuvée par Phi* lippe de Savoie , Prince d’Achaje , par des patente* du i5 février de la même année.

Le pont sur le Pô fut emporté par les déborde-* mens qui eurent lieu dans le quatorzième sièale , et l'on voit par un acte du 7 mai 1874» que la Villa avait concédé à Martino Tintore, de la famille dit précédent , la faculté , pour sa vie seulement , d» reconstruire les ponts sur le Pô et sur la Doire qui avoient été ruinés. Une crûe d’eau extraordinaire ayant eu lieu en i38o , en i386 on arrêta que le pont sur le Pô serait bâti en pierre , et le Prince d’Achaje accorda à la Ville de pouvoir abat> tre la tour placée sur le donjon pour en employer les matériaux à la réconstruction du pont. 11 est dit dans les patentes du 3 de mai de cette année. Turrim sitam prope introitum pontis a parte civitatis , in auxilium refectionis dicti pontis donamvs, conce * dimus largimus tali modo i/uod dicti de Taurino di- «lam turrim diruere , aut dirai facere , ac de monit et de lapidibus , et aliis in eadem existentibus fa* eere valeant atque possint , libéré , licite et impune prout suae fuerit voluntatis.

Mais il ne parait pas que l’on ait desuita mis en exécution le projet de cette (importante construction. La difficulté d’y faire concourir les Communes de Colegno , Altesano , san Mauro , Gassino , Castiglione , Revigliasco , Grugliasco * Settimo , JSeinasco , Pecetto et Chien qui s’ y trouvoient obligées ; les obstacles qu’il y avait alors pour se procurer les matériaux nécessaires à

l’entreprise; la pénurie d’argent, et surtout le manque d’architectes, dans ce pays où iL n’y avait aucune culture de science et d’art , étoient des entraves qu'on ne pouvait vaincre qu’avec le tems. Le Comte de Savoie • et le Comte de Piémont , l’Évêque^ les Abbés de saint-Soluteur et de saint* Maure et les Citoyens les plus riches, ayant fourni une forte somme d’argent , le plan du nouveau pont fut arrêté, tant pour son emplacement que pour son architecture. C’ait vers le 14.06 que les travaux de sa construction furent commencés , et c’est dans des années malheureuses qu’ils ont été conduits à terme, au milieu des efforts causés par le besoin du pilotage , et l’inconvénient des sources d’eau qui gènoient les travailleurs:

C’est là le pont que nous avons vu abattre en 1810 , dont les arches se developpoient sur une ligne qui aboutissait à l’avenue de la Vigne de la Reine , avec une légère inlléxion à droite sur sa longueur ; c es arches étoient au nombre de treize, dont dix grandes et trois petites , l’une de ces dernières servant jadis pour la commodité d’un pont mobile qu’on levait dans les tems de guerre , et les deux autres ,■ adossées à la septième pile , soutenant autrefois un corps de bâtiment et une Chapelle. Ce pont , construit dans un siècle où l’on n’avait aucune connaissance de l’hydraulique, et où la rivière n’avait point de régime fixe à cause des édifices élevés sur son rivage , ne tarda pas à éprouver la force de l’eau. Achevé vers le i4ii , trois de ces piles avoient déjà cédé en i4j6 , ce

qui résulte du contrat passé le 97 mai de cette année par le Maçon Alexis Perrin d’Avignon, pour leur restauration : objet qui a réclamé depuis les bienfaits du Pape Martin V , lequel à son passage à Turin en 1417 a permis , par une bulle datée du i5 octobre, de pouvoir distraire les fonds de quelques legs pieux pour les employer à cette réparation , outre les indulgences accordées à ceux qui y auroient contribuée de leur bourse. Il y aurait de quoi faire un petit volume si l’on voulait rendre compte de toutes les restaurations que l’entretien de ce pont a nécessitées dans la période de quatre siècles environ ; tracé sur une ligne courbe avec beaucoup d’irrégularités dans ses ouvertures, le nombre mal disposé de scs piles causait un remont dans le cours de l’eau, qui, par la défectuosité du pilotage, avait amené ces accidens. 11 tremblait sous les pieds des passans lorsqu’il a été démoli, bien que ses vieux murs , à moitié renversés , aient paru résister aux coups des travailleurs.

Nous avons pris soin de faire connaître les détails rélatifs à l’histoire de ce Pont , moins pour rappeler des souvenirs , qui montrent l’état de détresse où se trouvaient nos anciens pères , que pour faire sentir tout ce que l’on doit au perfectionnement des sciences et des arts , en parlant du nouveau Pont , dont l’architecture et la bâtisse méritent les plus grands éloges. Ce bel édifice a été commencé en 1810 sur les dessins de l’Ingénieur en chef Pertinchcimp , et les travaux de sa construction , oonduits par le chevalier Mallet Ingénieur en chef,

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de mèmè que son prédécesseur, des ponts et chaussées en France , étaient fort avancés lors du retour du Roi en Piémont. Sa Majesté en ordonna aussitôt la continuation ; ayant pris soin, non seulement de faire achever le Pont , mais de le faire embellir par l’exécution de quatre grands murs projettés à ses côtés , pour le prolongement des quais , ouvrage dont nous sommes redevables au zélé de l’Intendant général des ponts et chaussées, et qui sera au nombre des belles choses à remarquer dans Turin, lorsque les plans de reconstruction et d’agrandissement sur la rivière seront exécutés.

Le nouveau Pont, bâti d’une pierre tirée des carrières de Cumiane , promet une longue durée tant par les élémens qui le composent , que par le principe de sa construction. Il se projette en cinq arches avec des voûtes en anse de paniers , dont le dévéloppement commence de la ligne de l’étiage , qui est celle des plus basses eaux connues et se trouve à environ un mètre ,-au-dessus du point le plus bas du lit, relevé dans l’axe du pont ; les eaux moyennes se trouvant à un mètre, 55 centimètres, au-dessus de 1 étiage. Comme le pilotage a été exécuté à dix mètres de profondeur et à refus, l’on peut compter sur sa solidité , à moins d’évenement qui puisse abaisser le lit de la rivière. Les quatre piles du Pont sont assez fortes pour résister chacune à la force de l’eau sans compter sur l’appui des tulées ; tel étant le système du Pont , que l’une des piles serait emportée, que les autres resteraient debout. St l’épaisseur totale des douze piles de

l’ancien Pont était de 60 mètres , ao centimètres , celle des quatre piles du nouveau n’est plus que de 22 mètres j et, si l’ouverture totale de l’ancien Pont était de io4 mètres , 35 centimètres , celle du nouveau se trouve être de ia5 mètres : de manière que le rapport des débouchés de l’ancien et du nouveau Pont est de 8oo à 843 ; et si l’on veut faire attention à la diminution du nombre de* piles dé 5 à 12 , l’on peut regarder le débouché comme augmenté de la moitié eu sus. L’on a remarqué dans les fortes crues d’eaux surnues depuis la nouvelle construction , une différence à peine de o 65 entre la hauteur des eaux en amont et celle des eaux en aval , et on en a conclu, que d’après la forme du Pont , la différence appelée remont doit être prèsque nulle.

Outre les avantages dont nous venons de parler, le nouveau Pont a celui de sa belle architecture et de l’exactitude de son travail : cette belle corniche qui se prolonge sur les murs latéraux après avoir décoré le Pont ; l’aspect majestueux des arches et le développement des trottoirs et des parapets, ont quelque chose d’imposant qui retrace la grandeur des édifices bâtis par les anciens : cet effet sera complet, lors que l'on verra s’élever en face du Pont le beau temple dédié à la Vierge que la Ville a décrété par une délibération prise i dessein d’éterniser le souvenir du passage du Roi en ce lieu, au moment de son retour, ayant été le premier à passer sur le nouveau Pont , avant même que sa construction fut terminée.

Pour satisfaire la curiosité des lecteurs nous plaçons ici la gravure* représentant le projet de cette nouvelle Église , dont les dessins ont été donnés par l’architecte Bonsignore , qui a eu la pensée de suivre pour cet objet le plan du Panthéon de Rome, avec les seules variations reclamées par les diverses circonstances ; la forme antique et sévère de cet édifice paraissant convenir parfaitement à cet endroit. La pierre fondamentale en a été posée le a3 juillet 1818 par S. M. le Roi Victor-Emmanuel, et celà avec une solemnité dont il n’y avait point d’exemple. En face d’une espèce d’amphithéâtre , décoré de guirlandes et sur lequel on avait pratiqué des loges , s’élevait la scène du nouveau temple à un tiers de sa grandeur j l’on y avait l’aspect de la Cour et des personnes les plus distinguées de Turin et l’on jouissait de la vue de cet édifice , dont les belles lignes étaient un • objet d’admiration. Pour juger de la haute dimen-

sion de ce bâtiment, il doit suffire de rappeler que la sommité du temple en peinture, en la regardant du Pont , s’élevait de presque toute la hauteur du dôme au-dessus des toits de cette maison que l’on va abattre pour former une place sur le devant de l’Église.

La ville de Turin a deux autres Ponts sur la Doire, et un autre sur la Sture à la distance de deux milles. Le Pont pratiqué sur la Doire à l’extréjnité du faubourg et sur la route de Milan, d’une simple construction en bois , est encore tel à peu» près qu’il se trouvait lorsque les Scrolo et lea

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Tintore en avoiént le gouvernement. L’autre, placé plus bas sur cette rivière et sur l’avenue du Parc où est la manufacture du tabac, bien que l'ouverture des arches ne soit aussi qu’en bois , il peut mériter d’être observé par la beauté des culées et des piles en maçonnerie , comme par l’eiisemble de ses proportions. Il a été bâti par l'administra» tion des sels et tabacs sur les dessins de l’architecte Drunati. Le Pont sur la Sture est de plusieurs travées en bois j et cette rivière n’ayant point de régime , on a dû reprendre plusieurs fois la construction de cet édifice , qui sera toujours exposé à la rapidité de l’eau , lors des crûes occasionnées subitement par les orages et par la fonte des neiges.

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