‹ Turin et ses curiositésChapitre 34 sur 55 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

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Des Établissemens d’industrie et de commerce

Le Piémont , qui exporte à l'étranger beaucoup de matières premières, telles que Je chanvre, le fer, la noix de galle, le cobalt, les bestiaux, le riz et toute sorte de bleds , ne fournit que peu à l’exportation d’objets manufacturés, à moins qu’oa n’y veuille comprendre les soies en état de trames et d’organsins , les vins et les fromages etc. Les fabriques qui existent dans ce pays, ne travaillent en général que pour la consommation intérieure , et de tous les établissemens industriels que renferme la ville de Turin , il n’en est qu’un petit nombre qui regarde le commerce extérieur, teilef sont les manufactures de damas, de gros de Tours, de rubans ; les fabriques de liqueurs et les tanneries pour quelques articles seulement.

Il est vrai, que la consommation intérieure de* États -de Piémont serait un objet de quelque considération si réellement tout se faisait dans le pays; et que la ville de Turin y trouverait son compte -parceque scs manufactures prendraient un certain essor. Mais qpus ne sommes point dans un -état si prospère i il n’est pas donné à un Piémon- -tais de pouvoir se meubler, ou s’habiller d’une manière convenable, sans payer une espèce de tribut •aux manufactures de Suisse, d’Allemagne, de France ou d’Angleterre. La mode, et l’habitude ont maintenu ««t usage, .et c’est l’exportation des matières

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premières , et surtout des soies , qui fait les fonds pour l’exportation des objets de luxe, outre qu’elle solde le montant des denrées coloniales , dont la consommation est immense dans le pays. Dans les années de bonne récolte, la balance du commerce offre quelques avantages $ dans les tems de disette on fait face à l’excédant de l'importation par une extraction d’argent, qui fait toujours tort à la circulation du numéraire.

Pour procéder avec ordre dans 1’ exposé que nous allons faire de tous les établissemens d’industrie et de commerce que l’on trouve dans Turin et ses environs , nous commencerons par ceux qui tiennent de près à la branche agricole, pour entrer ensuite dans les détails de ceux qui regardent la partie manufacturière.

Le premier objet de curiosité pour un étranger , qui met le pied sur une terre fertile , est de connaître les moyens d’exploitation que la nature du sol et l’industrie des habitans y ont pu mettre en usage par la suite des tems , et l’homme instruit cherchera à y examiner les instrumens aratoires^

Le perfectionnement des charrues est l’un des objets qui occupent l’attention de l’autorité chez les principales Nations de l’Europe. Quelques mots sur cet article ne seront point déplacés dans cet ouvrage. En Piémont on fait usage, depuis le tems immémorial , d’une charrue( qui a été citée avec éloge par les journalistes étrangers. Cette charrue, qui n’a point de roues, ni d’avant-train , est transmise par la routine aveç un appareil foyt-simple ,

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elle est néanmoins le résultat des combinaisons dequelque habile Mécanicien.

Dans la construction de cette charrue , ce qu’il peut y avoir à noter c’est la manière de l’employer, outre la nature des angles et des courbes qui composent sa mécanique.

Le soc représente un triangle isocele : sa largeur prise à la sommité où il s’emboite dans le sep, est de 20 centimètres; sa longueur est de 35 centimètres. Le coutre s’élève sur un plan qui fait un angle de 4^ dégrés II s’appuyc en bas sur le soc à son extrémité, et est retenu en haut par une mortaise pratiquée dans un montant qui se prolonge sur le devant et fait fonction de timon. Un morceau de bois taillé en forme de coin arrête le bras du coutre à la hauteur que l’on veut , et en l’élévant où en l’abaissant , Comme on ouvre ou l’on reserre l’angle formé par la ligne du coutre avec le plan du soc , où détermine l’entrée de ce dernier dans la terre. En partant du point où le coutre entre dans le soc, et en s’élévant vers le point où commence la puissance du trait, on dessine un autre angle de 45 dégrés

Cette charrue a deux (treilles ; une assez grande qui est une espèce de déversoir, l’autre plus petite. La grande oreille présente deux courbes différentes, une horizontale ou longitudinale, l’autre verticale ou transversale. La courbe longitudinale approche de la cicloidale ; elle se forme de ce que le bord rentrant de l’oreille sur le devant devient le bord saillant sur le derrière.

Par l'effet de ce renversement la terre se trouve

(ébranlée et «menée eu point -qu'elle est forcée de se déverser par son propre poids. La courbe transversale est une véritable cicloide.

La grande oreille se détache du sep à 5o cen~ ti mètres de distance de l'emboîtement du soc. S* plus grande hauteur est de 3a centimètres. La peiite oreille a son point de départ à l’endroit où la flèche et le timon sont implantés dans le sep. La .courbe de la petite oreille est aussi ci.cloidale à l'extrémité supérieure : elle se perd et se réduit -à mesure qu’elle avance vers le soc. Le segment de cette courbe , pris dans son plus grand développement,, donne un bord en avant de 6 centimètre# et demi. La hauteur de la petite oreille est de a.o centimètres. Toutes les courbes, dont j’ai fait mention, se dirigent vers le soc : elles sont autant de .rayons concentriques qui vont se réunir à son ex* ..trémité.

La largeur du sep est de 33 centimètres , en ]fi prenant à l’extrémité du versoir et au point où elle interséque la petite oreille. Lorsque cette charrue est en action, la résistance est au bout du soc, le centre de gravité est à l’endroit où la flèche et le timon se rencontrent j la force mouvante s’exerce à l’extrémité de ce dernier.

Le laboureur, qui amène cotte charrue dans le terrein , ne la tient point horizontale , mais il a soin de la maintenir sur un plan incliné ,, .qui fait un angle de i5 à 3o dégrés. Par cette position, la ligne qui suit ,1a direction du soc , du sep, et de la flèche dessine une courbe qui varie selon l'éld* vyation plus ou moins .grande de J a flèche.

l a longueur /de la flèche est de 3 mètres 55 centimètres. Du centre de gravité jusqu'à l’extrémité du timon on a la longueur d’un mètre go centimètres. La longueur totale de la charrue est de 5 mètres 4^ centimètres. Toute la machine, vâe d’un point horizontal, représente un triangle isocele.

Avec cette charrue on fait trois labours pour la •culture des plantes céréales , et on soulève la terre A la profondeur que l’on veut. De ces trois labours, le premier sert à rompre le terrein que l’on reprends ensuite avec la herse ; par le second , qui s’appelle arbvffé, on fait un nouveau sillon que l’on reprends encore avec la herse ; dans le troisième on prépare le terrein pour les sémailles. On creuse un sülon , on l’applanit avec une machine fortsimple , ensuite on jette la graine et après, on reunit le terrein en ouvrant un sillon qui doit séparer les couches.

Les assolemens aux environs de Turin se distribuent dans la série ci-après. Sur un terrein fumé, la première année on sème du maïs ; la seconde et troisième année on sème du blé , et la quatrième année du seigle avec lequel on sème du trefle qu’on coupe après la récolte , Jet que l’on enterre au printems ; ce qui vaut la moitié de l’entrais pour la série suivante. Comme l’on voit , le •fumage d’une terre dure pour le mains quatre ans» La proportion dans les produits des plantes céréales, près de Turin, peut être énoncée de la manière ci-après : maïs 3gi , seigle 343 , blé ag5. Le rapport entre la semence et le produit , dans le blé y est en général de i à 5. Les terres qui composent la

banlieue de Turin ne sont point les meilleures du Piémont : elles se trouvent bonifiées par l’usage où l’on est de les bien fumer depuis de longues années , à cause de la fatalité que l’on a de se • procurer les engrais.

Outre les prairies artificielles que donne la culture du trelle , dont nous venons de parler , et qui couvre pour le moins un cinquième de la surface des terres labourables , on voit aux environs de Turin de très-belles prairies naturelles que l’on arrose en été et sur lesquelles on coupe trois foins, outre le quartarolo qu’on laisse en herbe pour la pâture des bestiaux sur la fin de l’Automne. Ces prairies sont alors couvertes de troupeaux , et pour donner une idee du nombre des bétes-à-cornes qui existent dans le pays, il suffit de noter, que dans Turin , en général, l’on ne mange point le bœuf qu’on engraisse pour l’envoyer dans l’étranger ; que l’on y mange très-peu de jeunes veaux ; et que toute la consommation de viande se fait avec de demi-bœufs , non atelés , que l’on élève pour la boucherie. Il faut être bien riche pour fournir à la fois aux travaux de l’agriculture , et aux besoin» d’une telle consommation.

Les jardins se touchent les uns les autres près de Turin, et la culture des légumes, ainsi que Ite taille des arbres fruitiers, y sont assez-bien entendues. En général ces jardins sont tous arrosés , et il arrive de voir dans les villages l’emplois des lanternes à sceaux lorsque les eaux sont trop basses pour l’irrigation : comme on y voit déjà des parti-

euliers faire usage de la Chain* aspirante inventé par le Major Castellano.

On récolté beaucoup de vins sur la colline, qui borde le Pô , mais ce ne sont que des vins ordinaires. L’aenologie n'a pas encore faits de trèsgrands progrès en Piémont.

Dans les champs et dans les prés on remarque beaucoup d’arbres , parmi lesquels un nombre de noyers et d’autres dont le bois sert pour la construction et pour le chauffage. Les forêts ne sont pas abondantes en Piémont. Sur le bord des chemins et des enclos on cultive , en général , des mûriers qui s’y trouvent en grand nombre sans nuire aux produits de l’agriculture. On lit dans l'histoire , les efforts que les Princes de la Maison de Savoie ont faits pour introduire en Piémont la culture des mûriers. Aujourd’hui on vient d'établir une pépinière de plants de mûriers dans le parc du jeu du mail, au Valentin , qui est l’entreprise d’un particulier qui en fait un objet de spéculation et de bienfaisance publique , en le proposant par actions , avec une remise considérable sur le» prix. Si les plans du notaire Clarotti se remplissent, ce nouvel établissement pourra contribuer à reparer les pertes que cette partie de notre culture a essuyées depuis vingt-ans.

En Piémont on récolté beaucoup de soie et plus que dans aucune autre contrée de l’Europe ; cependant dans ce pays l’on ne fait pas comm’en France, de grandes éducations de vers-à-soie. A moins que la méthode proposée par le Comte Dandolu, dan»

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«s nouvelles Bigatüere , n’encourage les propriétaires ; jusqu’à présent l’on ne fait en Piémont que de petites éducations qui donnent cependant des produits considérables , parcequ’elles se trouvent très-multipliées. 11 n'est point de maison , point de chaumière où l’on n’éléve de vers-à-seie , et cette distribution de soins et de revenus peut avoir ses avantages.

Les ateliers des vers-à-soie selon la méthode de Dandolo ont déjà trouvé de proneurs en Piémont, parmi lesquels on distingue les deux Marquis de S pi gno*e t de La-Rovere, M. Colla , le Comte Colegno et l’Avocat Robert , et beaucoup d’autres. L’on ne saurait mettre en doute l’utilité de cette méthode, si l’entrepreneur veut bien se charger de l’entière observance des préceptes que donne le savant agriculteur de f^arese. Le voyageur qui désire en connaître les détails n’a qu’à se rendre au printems à la ferme dite La-Morozzo , hors la barrière du Moncenis , o4 l’on mets en activité la Bigattiera de M. Colla.

Si dans la méthode ordinaire de gouverner les vers à soie, le rapport de la quantité de cocons récoltés avec le poids de la graine est de 70 à 8e livres par once de graine , en suivant la méthode de Dandolo, une once de graine peut donner de 17» à 200 livres de cocons

On a qu’à sortir des barrières de Turin pour y voir des établissemens , soit pour le dévidage des soies , soit pour leur conversion en organsins ; et comme Part du moulinage est né en Italie , cette branche d’industrie est déjà ancienne en Piémont,

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(*rt elle n'a que peu à emprunter des perfections nemens que l’on y a introduit en France et ailleurs.; La supériorité des organsins du Piémont est reconnue sur tous les marchés de l’Europe : elle tienfc plus à la main d’oeuvre qu’à la qualité primitive de la soie. Les Princes de la Maison de Savoie y voyant dans le crédit de leur soie la hase principale de la prospérité de leur pays , ont fait de* réglémens , qui, au premier coup d’oeil, peuvent paraître minutieux , mais qui sont extrêmement Sages. La manière de tirer la soie des cocons , lo nombre des brins qui doivent entrer dans chaque fil , le diamètre des dévidoirs et leur vitesse y sont fixés } et ces réglemens sont strictement observés. Les mêmes précautions sont prises pour lo moulinage et la réduction des soies en organsin.

Le penchant naturel des Piémontais pour perfectionner et améliorer ce qui appartient à la manufacture des soies est remarquable. Avides et empressés de connaître les nouvelles inventions qui Ont lieu dans l’étranger, ils sont sages et mesurés lorsqu’il est question de les adopter. Dans quelques filandes on emploit le procédé de M. Gensoul pour le dévidage des cocons à la vapeur, mais avec de» .modifications utiles. On peut voir les détails de ce procédé dans le bel établissement de M. Barbaroux à Grugliasco , à trois milles de Turin.

11 existe à Turin comme à Lyon un bureau pour la Condition des soies , c’est-à-dire pour les dépurer de l’eau et en assurer le titre. Annexé au bureau , est un établissement où l’on tient pendant

a4 heures la soie exposée k une température de 2* degrés du thermomètre de Reaumur. Cette épreuve en général est regardée comme suffisante pour le dégagement de l’eau dont la soie est saturée , et ce bureau , qui est le garant du titre des soies qui sont dans le commerce, peut fournir des données certaines sur le mouvement de cette marchandise à différentes époques, pour ce qui regarde , surtout la consommation intérieure. Le relevé comparé de ce qui est entré et sorti en condition, dans les années 1786, 1801 , 1808 et 1817 , donne les résultats suivans:

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