INTRODUCTION
I-ies Comtes de Savoie , qui ont régné depuis Ja fin du dixième siècle jusqu’au commencement du quinzième, bien qu’ils fussent déjà maîtres d’une partie du Piémont n’ont prèsque jamais habité ce pays : ils ont fait d’abord leur résidence à S. Jean de Maurienne , ensuite à Chambéry et souvent même dans la Bresse. Seulement, vers le 1235 , une branche de cès Souverains s’étant établie ea deçà des alpes y a fondé la race des comtes de Piémont , devenus seigneurs d’Achaie et de la Moréc , qui ont fixé leur séjour à Pignérol. Si ces Princes venoient quelquefois demeurer à Turin, ce n’était que par intervalles, et à peine une vieille tradi- % tien nous a conservé le souvenir d’une maison^qûÜ le Comte de Piémont, Lodmnco , avait dans la rue des pâtissiers près de l’ancienne église de s. Georges , comme d’un palais que les derniers Comtes de Savoie , Amédée VI. et VII., dévoient avoir sur la place aux Herbes* près de l’arcade dite la
voutc-roqge , du nom peut-être de cet Amedéte VII., qui s’appelait le Comte-rouge.
Le premier palais , digne de la grandeur de leur rang, que les Souverains de la maison de Savoie ont habité àTurin, est le château des quatre tours, situé à l’est de la Ville , et bâti par Amédée VIII. en i4i6 , après avoir été élevé à la dignité de Duc par l’Empereur Sigismond. Ce Prince, ayant réuni dans sa personne les deux branches de sa maison par la mort du Comte Lodovico , dernier rejeton des Seigneurs d’Achaie et de la Morée, vint habiter la ville de Turin , qui alors, quoique considérable par ses fauxbourgs , était loin d’étre régardée comme la Ville capitale des états de Savoie.
En effet, c’est à Chambéry, qu’en i43o le Duc Amédée YIIL a publié ses statuts dominicaux qui sont les plus beaux monumens de son règne ; et quoique son successeur , le Duc Lodovico , ait paru aimer le séjour de Turin par les soins qu’il prit de le faire fortifier , c’est encore à Chambéry, qu’en i465 , son fils , le Duc Amédée IX. ( le bienheureux ) convoqua les états généraux de la Savoie et du Piémont : mais , ce pieux monarque ayant bâti le vieux château de Moncalier, les charmes du séjour de l’Italie y attirèrent peu-à-pèu ses Successeurs , et nous apprenons, qu’en i494> Blanche de Monferrat , veuve du Duc Charles I. et régente durant la minorité <lu jeune Duc Charles Jean Amédée, ayant accueilli à Turin le Roi de France Charles Ylll., qui marchait à la conqûete du Royaume de Naples , lui céda son appartement
dans le château des quatre tours , et alla habiter pour quelque terne le palais de l’Evèque à côté, de l’église de saint Jean , dans un vaste quartier dans lequel, outre la maison Episcopale, se trouvaient les logemens des chanoines et l’hôpital de sainte Catherine, devenu par la suite l’hôpital majeur de saint Jean (a).
Depuis cette époque, les Dues de Savoie ont pris goût d’aller passer quelques mois au palais da l’Evéque où il y avait un appartement pour les recevoir , et plusieurs actes du Duc Emmanuel Philibert , entr’autres une esquisse de son testament, ont été faits dans la chambre dite du paradis qui était une pièce distinguée dans ce palais. Ce fut là l’origine de l’ancien palais des Ducs de Savoie , qui est connu aujourd’hui sous le nom de palais vieux. Le Duc Charles Emmanuel I., ayant acheté la maison épiscopale au prix de douzc-mille-écus d’or, chargea l’architecte Vittozzi de jetter les fondemens d'un palais digne de sa Cour. Ce palais avait une salle de spectacle et de très-belles galeries. C'est dans cette salle qu’on devait représenter pour la première fois le berger fidèle du célèbre Guarini , et c’est dans ces galeries que l’on a conservé depuis les fameux ma* nuscrits de Pirro Ligorio, que le Duc avait achetés avec beaucoup d’autres choses rares et précieuses.
Ce qui reste de cet ancien palais prouve qu’il était d’une assez belle construction; les étrangers y admiroient une rotonde soutenue par des colonnes d'ordre jonique, dans laquelle était déposée autrefois la relique du Saint-Suaire : elle existe encore au-
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jourd'hui et fait partie du garde-meuble de sa Majesté ; son architecture est rémarquable et des personnes intelligentes ont prétendu l’attribuer à Palladio, mais cette opinion n'est pas fondée. Au reste ce palais , qui était d’une vajte étendue, avait une assez belle façade du côté du jardin avec des statues et les bustes des personnes de la famille régnante , dont il est fait mention dans la rélation d’un voyage que le Prince de Condé lit en Piémont, en i6î6. Les galeries pratiquées par Yittozzi se prolongeoient de maniéré, à donner l’accès entre le château des quatre tours et le palais Ducal. Un reste de cette ancienne galerie existait encore en *799 * et de communication entre le palais
du Roi et le château, que l’on a nommé depuis le palais de Madame. Les Français ont fait abattre cet ancien édifice qui portait le nom de galerie de bois, comm’ils ont fait démolir de l’autre côté du château une portion de l’aile droite du donjon de l’ancienne porte Phibellone , qui était encore de bout, et renfermait un dépôt de cartes topographiques.
Le Duc Charles Emmanuel I. et son successeur le Duc Victor Amédée I. , le mari de Madame Christine , ont logé dans ce vieux palais , qui dans son tems n’a pas manqué d’être admiré, lorsque vers le 1660 le Duc Charles Emmanuel II., fils de ces derniers, prit la résolution d’en bâtir un autre plus vaste et d’une magnificence convenable à la grandeur que prenait en Europe la maison de Savoie. Ce Prince ne pouvait faire choix d’un
meilleur emplacement pour cette nouvelle construction. Il voulut d’un côté tenir au palais vieux et avoir l’accès à l’église de saint Jean, et de l’autre jouir de la commodité du jardin et élever son corps de bâtiment sur une ligne tracée au midi, dont l’effet fut de clorre d’une manière grande et majestueuse les aspects de la nouvelle Ville qu’ avait bâtie son ayeul. Mais comme, lorsqu’en 1620 on bâtissait la place de saint Charles et la rue-Neuve , on avait aussi construit des maisons et ouvert une rue parallèle à la rue-Neuve de l’autre côté de la place du château vers le jardin , sur les terrains qui ont puis formé la place Royale , le Duc Charles Emmanuel II. résoulut de faire déblayer cet emplacement par la démolition de ces corps de maison, dont le devant fut conservé en partie pour composer cette barrière qu’on a appelé le pavillon, et qui était destinée à séparer la place Royale de celle du château , et à former par une belle ordonnance de colonnes une espèce d’avant corps propre à réléver la façade un peu monotone du nouveau palais.
Après ce court exposé des circostances particulières qui ont amené les Princes de la maison de Savoie à fixer leur résidence dans Turin, et â enrichir cette Ville de tant de beaux édifices , on pourrait ajouter que par une suite de ces changemens que les siècles préparent dans les affaires politiques , il est arrivé , que le Piémont , qui dans les tems reculés n’était qu’un accessoire dans les états de Savoie , ne tarda pas à devenir le princi-
pal de cette Monarchie , et que si les anciens Comtes de Savoie exercoient leur politique à se placer avantageusement entre les intérêts divers des Ducs de Bo»\rgogne , des Comtes de Genève et des Dauphins de Yiertne, les Ducs leurs successeurs commencèrent à étendre leur influence sur un horiscmt plus vaste , et que bientôt on vit la Cour de Turin prendre une part active dans les affaires de l'Europe. Le Lecteur, qui a suivi de près le récit des motifs qui ont porté ces Souverains à entreprendre toutes ces diverses constructions dans Turin, doit entendre avec plaisir l’énumeration des entreprises du même genre faites à la campagne ëù ces Princes ont élévés des palais que les étrangers ont un peu trop admirés , lors qu’ils les ont mis à côté des momimens de l’antiquité.
Sans parler du séjour que Charles I. et sa veuve. Blanche de Monferrat , ont fait à Carignan , où le fameux Bayard a donné un Tournois en l’hon^ neur de cette Princesse, et sans nous arrêter au Château de Lucento où le Duc Emmanuel Philibert reçut, les genoux à terre, la rélique du Saint-Suaire lors qu’il la fit venir de Chambéry pour épargner à saint Charles Borromëe le voyage qu’il avait entrepris de Milan à pieds pour aller la visiter, ni nous arrêter à lt terre appelée la Marguérite, où ce Prince faisait cültîver des milliers de mûriers pour les distribuer dans le Piémont , qu’il nous soit permis de rappeller lés beautés de deux châteaux élevés par le Duc Charles Emmanuel I. l’un à- Millcfibri , MUlefteurs, à une lieue et demie dé
Ja Ville hors de la porte-Neuve , et l’autre au vieux Parc près du confluent de la Doire et du Pô. Le Tasse a entendu parler de ce dernier, lorsqu’il a dépeint les fameux jardins d’Armide. Ces deux châteaux que l’art et le goût avoient embelli de toute manière , abandonnés par la suite , ont été destinés à la manufacture du tabac et l’odeur ingrate de la Nicoliane a remplacé les doux parfums qu’exaloient les fleurs de leurs jardins. C’est le Roi Victor Amédée II. qui ordonna cette culture en Piémont, en 1718 (b).
Ce même Charles Emmanuel I. avait aussi embelli le château de Rivoli où il était né , au point d’en faire une maison de plaisance très-agréable, et avait rébâti celui de Moncalier. Le château de Rivoli brûlé un siècle après, a été rébâti par le Roi Victor Amédée II.
Pendant le règne de Victor Amédée I., dans le tems que Madame Christine de France commençait les embellissemens du Valentin, qui furent achevés sous sa régence , le Cardinal Maurice de Savoie A fait construire cettè belle maison qui a pris le nom de vigne de la Reine. Le fils de Madame Christine, le Duc Charles Emmanuel II., créa la Vénérie, cet immense château où tous les arts se sont réunis pour orner la demeure du Souverain ; et enfin lé Roi Charles Emmanuel III. bâtit Stupiniggi , la Seule maison de plaisance considérable qui n’âie point souffert des désastres de la guerré.
«HAPITRE PREMIER
Palais du Roi.
T Je palais du Roi de Sardaigne, que nous allons décrire, a été élevé sur les dessins du célèbre Comte Amédée de Castellamonte , fils d’un architecte qui était déjà au service des Ducs de Savoie. Ce bâtiment dont la façade vers le sud est de la longueur de toute la place, a une très-grande élévation et se présente avec deux pavillons à ses côtés : vu dans son intérieur , c’est un édifice carré qui a une cour assez spacieuse et dont le contour est percé d'arcades en pierres de taille. Les appartemens se trouvent distribués dans les trois ailes du bâtiment qui sont au sud, à l’est et au nord ; l’aile qui est à l’ouest a peu de profondeur se trouvant adossée à la chapelle où l’on venère le saint Suaire. Outre la façade qui est sur la place, le corps de maison en a une autre sur le jardin qui est ornée d’une belle terrasse *
Cet immense palais a une porte d’entrée qui est sans décoration , et son vestibule est assez simple, quoiqu’il soit orné de statues qui ont été tirées du château que le Ducs de Mantouc a voient à Casai Monferrat. Sur le premier palier de l’escalier l’on voit une statue équestre en bronze qui représente le Duc Victor Amédée I., de bien glorieuse mémoire. Le 6heval, qui est d’un seul morceau e»
marbre, foule aux pieds deux esclaves ; ces derniers sont en marbre colorié. Il faut avouer que ce mélangé de marbre et de bronze, usé par les anciens, n’est pas "sans effet dans ce monument} mais ce groupe a le défaut d’appartenir à plusieurs artistes. Le cheval de marbre , qui fai* l’admiration du peuple , est lourd et d’un travail si médiocre qu’il ne vaut pas la peine qu’on en recherche l’auteur. Honoré Derossi dans sa guida di Torino l’attribue au Tacca, ce qui n’est pas probable, s’il entend parler de l’artiste qui a coulé à Florence la statue équestre d’Henry IV. pour être placée à Paris sur le pont-neuf : statue qui a éprouvé de cruelles vicissitudes, ayant fait naufrage à Marseille lors de son voyage , et retirée de la mer et placée à Paris, ayant été détruite à la révolution. La statue en bronze du Duc Amédée I. est assez belle , et sa figure , qui est très-ressemblante , a les traits qui conviennent au caractère de ce Prince ; mais nous ne saurions l’attribuer à un artiste Français , à moins que ce Dupré, que l’on dit en être l'auteur, n’ait travaillé long tems en Italie. Ce qu’il y a de meilleur , sous le rapport de l’art, ce sont les deux ésclaves qu’on croit être l’ouvrage d’Adriano Frisio élève de Jean de Boulogne. L’inscription placée sur le piédestal est du stile du Chevalier Emmanuel Tesauro, qui a composé prèsque toutes celles qui décorent les monumens élevés par les Princes de la maison de Savoie vers la fin du i7.e siècle. La voici:
DIVl VICTORIS AMEDEI BELLICAM FORTITVDINEM ,
ET INFLEXVM IYSTITIAE RIGOREM , METALLO EXPRESSYM VIDES.
TOTVM AN1MVM VIDERES SI VELOX INGENIYM , FLEX1LEMQVE CLEMENTIAM ,
' EXPRIMERE METALLYM POSSET (c).
Lés différent objets que nous avons à examiner dans le palais du Roi , voulant procéder avec ordre , doivent se classer selon lès divisions que présente l'intérieur de ce palais : ces divisions peuvent se concevoir de la manière suivante ; la salle de la garde Suisse ou le salon, les chambres destinées à la représentation du Trône, les appartemens du Roi et de la Reine , les galeries , la bibliothèqué et la chapelle. On peut ajouter les appartemens de l'étage supérieur et du rez-de-chaussée qui sont également dignes d’étre observés.
La salle de la garde Suisse qui se nomme communément le salon , et d'où il est permis au peuple de voir la Famille Royale lorsqu’elle va à là messe , est une pièce très-vaste qui donne l’accès aux divers appartemens que nous avons indiqués , comm'à ceux de l’étage supérieur , et à la chapelle du Saint-Suaire. La décoration de cette salle est d’un style un peu vieux , mais dont les détails ont été exécutés avec gôut, et de très-bons artistes y ont travaillé. Le plafond qui est très-élévéf offre dans ses compartinjens d,es sujets allégoriques
^ui sont peints par Jean Miele. La corniche peinte à fresque est d’une manière grande et large. Elle représente les faits mémorables des Princes de la maison de Savoie , et sur chaque cadre on lit un inscription analogue à son sujet. Les lambris sont peints par Joseph Sariga , artiste Suisse, qui a réussi à imiter les bas réliefs. Les encadremens de ces lambris renferment des médaillons peints en grisaille, lesquels, de même que la corniche, repré* sentent des sujets tirés de l’histoire du pays ( d ).
Sur la droite de cette salle est une grande cheminée ornée de marbres précieux et de pierres dures. C’est une espèce d’encadrement soutenu par des colonnes de marbre de Suse qui imite assez bien le vert antique. Cette belle architecture est rélévée par les 'figures de trois enfans qui sont posés sur la cheminée, et dont celle du milieu carresse un chien. Ces trois figures sont dignes d’être rémarquées. Les colonnes dont nous venons de parler, sont surmontées par trois bustes dont les têtes sont antiques. 11 est à noter que le fond de l’encadrement est rempli par un mosaïque en pierres dures , et qu’Un autre mosaïque octogone , pareille à celle-ci , se trouve placée au-dessus de la colonnade. De l’autre côté du salon et en face de la chéminée est un tableau qui représente la bataille de saint Quentin gagnée par le Duc Emmanuel Philibert qui commandait les armées de Philippe II. Le Duc de Savoie , dont le portrait est très-ressemblant, se trouve sur le premier plan du tableau. On attribue cette peinture à Palma le vieux.
La salle des Gardes du Corps, celle d'audience et celle du Trône sont richement décorées : les vôutes sont sculptées et splendidement dorées, avec des encadremens dans lesquels sont des tableaux de Claude Dauphin et de Jean Miele. La chambre du Trône , dont les croisées donnent sur la cour, est d’une richesse extraordinaire , mais qui a le défaut d’être peu éclairée. Le plafond de la chambre de parade représente la statue allégorique de la paix avec une bandelette où sont écrits ces mots multis melior pax , una triumphis , devise sage et heureuse , dit Monsieur de la Lande , et qui convient parfaitement à la maison de Savoie dont les victoires ont été moins utiles que les négociations et la paix. Ce plafond est de Jean Miele.
Les appartemens de ce palais se divisent en appartemens d’hiver et en appartemens d’été. Dans l’appartement d’hiver il y a une grande pièce dont le plafond peint par Daniel Seiter, est le meilleur morceau de cet artiste. Les quatre dessus de portes sont de Ricci, et le plus beau est Tobie, à qui l’ange rend la vue. Les ornemens de la chambre à coucher sont riches et d’un goût recherché. Le plafond est du même Daniel Seiter et les deux dessus de portes sont du même Ricci: ils représentent Salomon qui encense les faux Dieux et Agar qui se retire dans le desert avec Ismael. A côté de cette chambre sont les cabinets de parade et de toilette de la Reine où l’on remarque des panneaux de vieux laque enchâssés dans des cadres dorés, que l’on dit être un cadeau fait à la Cour de Sa-
voie par le Prince Eugène. En général dans ce* appartenons les vôutes, plafonds et les dessus de portes ont été peints par le Chevalier Beaumont et Daniel Seiter que nous avons déjà nommés, et par Horace Gentileschi , François Demorra , François Porbus et le célèbre Guido Reni.
Le Chevalier Beaumont a représenté dans l’un de ces plafonds , le jugement de Paris et daas l’autre l’enlèvement d'Hélène avec différens symboles parmi lesquels on distingue un génie qui tient une croix de l’ordre de S. Maurice et Lazare dont il fut décoré par le Roi Charles Emmanuel III. Le* quatre élémens peints par l’Alhane sont dans cette pièce. Ces quatre tableaux composés pour le Cardinal Maurice de Savoie sont regardés, comme les plus beaux de ses ouvrages. Il est vrai que ce grand peintre a été obligé de répéter ce sujet plusieurs fois : pour le Prince Borghese , le Duc de Mantoue et un Seigneur de France appelé le Comte Carouge ; mais voulant donner un nouvel essor à ses idées , ces dernières copies n’ont point le mérite de la première composition. Nous trouvons la description de ces tableaux dans deux lettres originales de l’Albane qui ont été imprimées par Malvasia dans sa Felsina Patrice, et dont la plus courte a été traduite par Monsieur Emeric David dans la description du musée Français publiée par Robillard. C’est de ces lettres que Monsieur Millin a tiré les détails qu’il donne de ces tableaux. Qu’ils nous soit permis d'emprunter les paroles de Monsieur Millin, lequel observe d’abord, que si l’Albane a
donné la forme ronde à ces tableaux, c’est -parce que de son te ras on croyait que les élémens étoient placés l’un au-dessus de l'autre, par ordre concentrique dans l’ensemble de l’ univers.
Le premier tableau représente Venus, assise dans un beau char, traîné dans les airs par des jolies colombes. La Déesse tient un grand flambeau auquel plusieurs amours vont allumer le leur. Ainsi armés ils traversent les airs , et portent ces feux sur la terre , et jusque dans l’atelier de Vulcain , dont, au lieu des hideux Cyclopes , ils deviennent les aimables compagnons ; leurs chair» forment une opposition piquante avec les tons bruns de celles du Dieu. Le Cardinal de Savoie p ajoute Monsieur Millin , avait demandé à l’Albane de représenter beaucoup d'amours perçant de leurs traits irrésistibles , le marbre le plus dur , le» coeurs de jaspe , les cuirasses les mieux trempées et le sein des Dieux mêmes. Vna copiosa quantité, d'amorelti , che corne potenti nella forza dette lorn saette superano con quelle le rigidezze de’ marmi 9 l'impenetrabilttà de’ cuori di Diaspro , le durezz « dette corazze , anzi i petli divini dette divinité. Il fut servi à souhait , et ces tableaux ont fait donner à l’Albane le titre de peintre des amours. Pendant que Jupiter prend paisiblement la foudre que Vulcain a forgé pour lui , le Dieu de Lemnos , appuyé sur son lourd marteau, est couché sur les armes que son art a fabriquées pour Mars. Trois petits amours sont à la forge, deux frappent les traits sur l’enclume, un troisième fait aller les soufflets;
plusieurs rougissent leurs traits au feu de leurs dam* beaux pour les rendre plus brûlans , et les passent à leurs compagnons , qui , non contens d’avoiç percé des boucliers qu'on croyait impénétrables , lancent leurs traits dans le coeur du maitre des Dieux lui-même.
Dans le second tableau, la déesse de l’air Junon, arrive chez Æole. Des petits amours sortent de l’antre du Dieu , où îls , ont pénétré pendant son sommeil. Cupidon guide les paons qui sont attelés au char de la Déesse , leur plumage réflete des couleurs semblables à l’azur des deux , aux feinç du soleil couchant, à la pourpre du matin. Les quatorze Nymphes dont elle promit la plus belle au Dieu des vents , groupées autour de la Déesse, représentent les principaux météores. La rosée, la pluie , l’éclair et le tonnerre se tiennent embrassés , la tempête prend la fuite , et l'orage, les chevaux épars, paroit au loin au dessus de l’arc qu’ Iris a tracé avec les riches couleurs dont la lumière se compose. Pendant ce tems-là des amours poursuivent des oiseaux et d’autres frappent sur des tambours.
L’eau est figurée , dans le troisième tableau, par la réunion des sources , des fleuves et des rivières qui, admirablement groupées , versent abondamment leurs eaux : celles-ci vont se rendre dans le vaste Océan, sur lequel vogue Galathée dont le voile est enflé par les zéphyrs , et qui est entourée de Nymphes que des Tritons portent amoureusement sur leur croupe. La variété du ton donnée aux
fchairs rend les calons plus agréables. Plus bas sont des Nymphes et des amours occupés à la pêch* des perles et du corail.
Le tableau qui représente la terre est encore supérieur aux taois autres par la fécondité de l’invention. A l’exemple des anciens Grecs et de Raphaël l’Albane n’a figuré que trois saisons , pour se débarasser du triste hiver qui aurait désagréablement contrasté avec les autres. Elles sont groupées sur le char de Cybèle , qui est traîné par des lions. Chacune régarde des groupes d’amours occupés des travaux auxquels elles président. Ces charmans enfans tressent des couronnes , labourent , moissonnent , battent en grange , foulent le raisin , et font tomber des fruits d’arbres magnifiques dont ils rémplissent de jolies corbeilles. Toute la richesse de la nature est ici exprimée par l’art , qui semble avoir été guidé par la poesie. Ces quatre tableaux avoient été enlèves dans la guerre et avoient été portés à Paris , où ils ont fait l’admiration de toutes les personnes qui ont visité le Musée , mais ils ëtoient loin de produire l’effet qu’ils font à Turin , où ils sont plus convenablement placés. ■ -
Parmi les grandes pièces qui composent cet appartement , il y a une chambre que l’on désigne par le nom de chambre de Solimene, parce qu’elle est décorée de quatre tableaux de ce peintre qui représentent des sujets de l’ancien testament, c’està-dire Salomon recevant des présens de la Reine de Saba , Debora , David , et Heliodore chassé du
temple. Dessous les Solintene sont quatre autres tableaux plus grands, le sacrifice de Jephté , par Jean Baptiste Pittoni , le triomphe de Mardochée par François Monti de Bologne , le jugement de Salomon , par Augustin Mazucci , et David devant l'arche, par Sebastien Conca. Le plafond et les dessus de porte de cette chambre sont du Chevalier Beaumont.
Après cette chambre il y a un cabinet orné de glaces , où sont , dans les pilastres et dans le dessus de porte onze petits tableaux de Charles Vanloo dont les sujets sont tirés de la Jérusalem délivrée du Tasse , et qui , au dire de Monsieur Cochin , sont vraiment dignes d’admiration, La force et la fraîcheur de la couleur y sont excellentes , et les grâces du dessin , surtout dans les tètes de femmes et d’enfans, y sont jointes à l’exécution la plus précieuse; dans un coin on voit un petit oratoire où il y a une bonne Vierge peinte par le Trevisan.
Un autre petit cabinet est digne d’ètre rémarqué dans le palais du Roi , qui est orné de jolis portraits en miniature peints par Ramelli d’après les plus grands maîtres. Dans un renfoncement il y a une autre Vierge de Charles Maratta.
Viennent ensuite plusieurs chambres où l’on trouve une quantité de tableaux d’un genre supérieur. Les Paul Potter, les Brcughel, les Vanderwerf , les Vanostade les Vouvermens et les Rembrant sont parmi les Guercino, les Guide, les Gentileschi , les Pierre de Cortone, les Lignani et les Garofalo* Mais il ne suffit pas d’avoir vu , deux ou trois fois,
ces tableaux pour les faire connoître au Lecteur; il faudrait pouvoir les admirer de près , en étudier les beautés , et en parler d’abondance et surtout avec exactitude (<?).
Plusieurs de ces tableaux avoient été portés à Paris ensuite des événemens de la guerre , et la victoire les a ramenés à leur place. Le Lecteur pourra nous savoir gré de trouver ici la note des tableaux qui avoient été enlévés. Outre les quatre élémens de l’Albane dont nous avons déjà parlé , les Français ont emporté deux autres tableaux de ce grand Maître , Adam et Eve et un repos en Egypte ; dans ce dernier, la Vierge assise auprès de saint Joseph tient sur nés genoux l'Enfant Jésus Duquel deux Anges présentent des fleurs, tandis que d’autres cueillent des dattes et s’empressent de le servir ; ensuite , un beau tableau de Bramante , le seul qui fut au Louvre , et qui représente la déposition de la croix , et la belle annonciation d’Horace Lomi , dit Gentileschi ; trois tableaux de Guido Reni , Adam et Eve , Apollon et Marsyas et l'immaculée Conception. Cinq tableaux de Jean Breughel, dit de Velours, représentant la vue d’une forêt traversée par un chemin qui est couvert de bestiaux, de voitures et de vo yageurs ; une fête de village , ayant sur le devant une marchande de poissons ; autre fête villageoise, avec un charriot couvert d’une toile verte, morceau de l’école de Breughel qui pourrait être de Pierre Gysen son élève; la procession du Saint-Sacrament dans une ville de Flandres et la tour de
Babel ; deux tableaux de Gerardov qui représentent un Astrologue dans son cabinet et une femme qui tient une grappe de raisin ; sans parler de l'hydropique , le chef d’œuvre de cet artiste, qui est resté à Paris comm’un monument qui attestera la grandeur d’aine du Roi Charles Emmanuel IV. au moment que les circonstances l’ont forcé a quitte*1 son palais ; avec ceux-ci , deux Griffier qui représentent une vue du Rhin et un canal glacé ; un David Ileem qui représente une grotte remplie de fleurs , de fruits , de plantes et d’insectes. Trois portraits d’Holbéin, dont l’un du célèbre Erasme , un lloremans , trois Miéris et entr’autres le portrait de Charles Premier de Daniel IVtytens dont nous allons parler ; deux tableaux de Rembrant, un de Schalken qui représente un peintre assis à son chevalet; l’intérieur d’un estaminet par Teniers; la mort d'Abel et Paris et ÜEnone par Vanderwerf, deux Vouvermcns qui représentent un choc de chevaliers et de cuirassiers , et l’attaque d’un pont par un parti de cavalerie ; après tous , deux tableaux de l’école Française, l’un de Poussin qui représente la vue de la Darse de Naples, l’autre de Courtois qui représente une bataille de Turcs et de Polonais, outre une bacchanale que l’on dit être de Vandyck ; parmi tous ces tableaux, celui, qui à Paris a été vraiment admiré, • est le Paul Potter qui représente une prairie sur le devant de laquelle on voit, à droite trois vaches au pied d’un chêne , et à gauche un boeuf tacheté de noir et de blanc.
11* y a plusieurs galeries dans le Palais du Roi: les deux principales sont celles du Daniel et du Chevalier Beaumont. A part de ces deux galerie» qui sont dignes d’être observées, le voyageur doit chercher à voir une autre galerie dite des batailles, où sont représentés les principaux événemens de la guerre du i733 , dans laquelle le Roi Charl s Emmanuel III. fit la conquête de la Lombardie , et laissa à ses successeurs le souvenir de ce que peuvent faire les armées Piémontaises lorsqu elle» sont commandées par d’habiles Généraux On y rémarque aussi des tableaux , qui représentent les victoires remportées par le Prince Eugène de Savoie. Les batailles du Roi Charles Emmanuel III. sont de la main d‘un peintre Italien nommé Lapegna. Les autres sont d’un artiste Flammand. Nous ne saurions quitter ces salles sans récommander au voyageur de porter son attention sur deux tableaux dont l’un représente la foire de Moncalier l’autre une fête Piemontaise , dite de saint Pancrace. Outre que ces peintures peuvent faire connoître les usages Piémontais par le grand nombre de figure» quelles contiennent, elles sont d’un artiste de Turin, Dominique Olivieri, qui avait beaucoup de talent , et dont le nom mérite d’être connu dans
l’étranger. . . ...
Le voyageur est frappé d’admiration lorsqu il
entre dans la galerie du Daniel, ainsi appelée du nom de l’artiste qui en a peint la voûte. Cette pièce, qui a sept croisées sur sa longueur , a été décorée d’après les dessins du Comte Alfieri , (, de
la famille du célèbre Poete tragiqup ) et tout j est d’une magnificence admirable. Le plafond représente V apothéose d’un Héros sur le bouclier du quel est le monogramme de Victor Amédée. Les principaux tableaux qui se trouvent dans cette galerie sont , le . dessus de porte en entrant qui représente une femme avec les attributs de science par Gentileschi ; au saint Jean de Guido Reni ; Le Prince Thomas de Savoie à cheval, peint par Vandyk , dont la figure est d’une ressemblance parfaite , et rappelle la valeur du capitaine du quel descendent les Princes de Carignan ; un autre tableau représentant le portrait en pied , grand comme nature , de Charles I. Roi d’Angleterre par Daniel Mjtens Hollandais , élève de V mdik , qui est un tableau admirable et que Monsieur Cochin , dans son voyage d’Italie , a trouvé d’une vérité si étonnante au point de dire, qu'il lui semblait que ce ne fut point de la peinture ; un autre tableau représentant les enfans de ce malheureux Roi par yandik , qui est de la plus belle couleur possible, soit pour la beauté des chairs , soit pour la vérité des étoffes; Le portrait de Vandik par lui même, tableau d’une grande beauté ; notre Seigneur au tombeau de Jacob Bassani un jeune homme qui caresse un chien , joli tableau dans le genre de l’Espagnolet; un petit tableau de la Vierge avec l’enfant Jésus et des Anges qui répandent des fleurs qu’on dit de V Albane ; le portrait de Porbus , fait par lui même , et mesurant son crâne avec un compas, artiste qui a peint le plus beau por-
trait d’Henry IV. qui soit en France ; et enfin un portrait de Rembrant, un peu noir en couleur, niais dont les mains sont très-belles.
L’autre galerie , qui prend le nom de galerie Beaumont, parceque cet artiste y ajtravaillé , est après les deux cabinets attenant à l'appartement qui est au sud , et elle se prolonge dans une aile de bâtiment élevée latéralement au palais du Roi, à fin de joindre le corps de maison où sont les sccrétaireries d’F.tat , le grand théâtre et les archives. Le déssin de cette galerie est de Don Philippe Juvarra , à part les compartimens en marbre qui décorent les murs qui sont du Comte Alfieri. Au milieu de ces compartimens se trouvent' de grands tableaux , et des bas-réliefs dont nous allons parler.
Les deux premiers en entrant sont de Paul Veronese. Celui à droite représente Moïse sauvé des eaux ; auprès de l’enfant est Paul P'eronese , qui s’est représenté lui même en habit noir avec une fraise à l’italienne : mais ce défaut serait le moindre , si la peinture avait ces belles demi-teintes cjui caractérisent ce maître , qui n’était pas observateur rigide des règles qu’impose la vérité historique. A gauche est l’autre tableau représentant la Reine Saba qui offre des présens au Roi Salomon. Celui-ci est beaucoup plus beau , et malgré les fautes gravés de costume on y voit une quantité de tètes de cette belle couleur, qui est une des plus brillantes parties de ce peintre. Les deux autres grands tableaux, l'énlevement des Salines ,
et un marché d'ustensiles de ménage et de comme stibles sont de Jacob Bassano. Ce dernier est rémarquable en ce qu’il offre un infinité de détails relatifs aux usages , et aux productions de l’Italie. Après ceux-ci on voit le triomphe de Clelie par le Pêcheux , artiste vivant et qui dans un âge octogénaire ne cesse de travailler et conserve beaucoup de vigueur sur sa palette, et en face \yie sainte Cène peinte par Mattéis que l’on trouve fort belle; en outre l’enfant prodigue du Guercino, d’une cou» leur vigoureuse et d’un dessin très-hardi , et Moïse qui fait sortir les eaux du rocher et Susanne justifiée de Sebastien Ricci , que l’on ne régarde pas comme des tableaux de premier mérite.
Monsieur le Pêcheux , dont nous avons parlé , est le Professeur qui dirige depuis long tems 1 école de Turin ; nous parlerons plus particulièrement de ses talens lorsque nous fairons la description de cet établissement. Dans ses ateliers on trouve plusieurs grands tableaux qui doivent avoir place dans cette galerie : on y voyait aussi quatre tableaux représentant les quatre élémens dans le genre de ceux de l’Albane , dont il a fait cadeau à son fils qui demeure à Paris.
Les quatre coins de la galerie Beaumont sont ornis de statues allégoriques , qui sont la force , F abondance , la justice et la sagesse. Elles sont *es frères Collini. Tout ce qui appartient à la figure y est assez beau ; les draperies en sont u« Peu épaisses. Les attributs qui ornent ces statues ne tiennent point au style allégorique des anciens , ce
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qui est urfe faute assez grave. L’allégorie est une langue comm'une autre , et dès qu’elle est fixée on doit la suivre si l'on veut être entendu.
L’observateur doit faire attention aux has-réliefs qui remplissent des médaillons , et sont distribués pr%rmi les tableaux qui décorent cette galerie. Ces bas-reliefs sont les meilleurs ouvrages des frères Collini. Ils ont été dessinés à Rome par Ignace Collini , le frère aîné , qui avait un beau talent et avait travaillé d’après l’antique. Les tables , que l’on rémarque le long des murs , ont été exécutées par Paul Martinez sculpteur du Roi d’a- , près les dessins du Comte Alfieri. Dessous les tables, sont des groupes d’enfans qui tiennent des armes en marbres rouge du pays. On a placé sur ces tables des bustes et beaucoup d’autres objet» parmi lesquels on distingue des petits groupes d’albatre qui représentent des yeux , et des tours de force singuliers. Les figures peuvent avoir un demipied de proportion , et sont des bacchantes et des satyres qui se livrent à ce genre d’exercice. Il y en a de celles qui sont rémarquables pour la finesse de leur travail. Ces groupes ont été apportés de Naples par le Roi Victor Amédée IL, après son Couronnement comme Roi de Sicile à Palerme : Monsieur Millin pense que c’est un ouvrage du seizième siècle.
. En st*’tant de la galerie de Beaumont , on traverse une grande salle qui donne sur un escalier à rampe double d’une bonne architecture , et qui est décoré d’une minerve et# autres sculptures d’un
beau style. Une galerie orné de bustes antiques conduit aux secrétaireries , aux archives et au théâtre du Roi.
La bibliothèque du Roi de Sardaigne est une petite pièce qui mérite d’ètre observée. Les armoires y sont travaillés d’un bois qui produit un fort-bel effet, et c’est le feu comte Cavalleri de Groscamllo qui en a donné les dessins. Sur une table on voit une petite statue équestre , en bronze , du Duc Emmanuel Philibert qui est un joli ouvrage. Les quatre dessus de porte sont de Pierre Nûgarct.
C’est du salon que l’on parvient aux appartemens de l’étage supérieur , par un escalier bâti sur les dessins de Juvarra ; cet escalier-, d’une belle architecture , est d’un élégance fort-simple , d’une seule rampe au commencement qui se partage ensuite en deux rampes. On trouve sur le premier palier une statue d’Ignace Collini qui représente une Minerve et que l’on peut regarder comme son meilleur ouvrage. Au second palier est une statue to« gée de celles que les municipes consacroient à leurs magistrats. La tète est un ouvrage moderne , la draperie est ample , légère et très-bien faite. Les appartemens supérieurs, beaucoup moins riches que les autres , ne sont pas moins splendidement décorés et meublés.
Au rez-de-chaussée , il y a des appartemens 0*1 le Roi tient ses conseils. On y entre par une porte à droite qui est sous le vestibule. Le buste du Duc Emmanuel Philibert est en face. Da» êtes
salles on a placé des tableaux que le Roi ne voulait pas dans ses autres appartemens. Un bel ouvrage à y voir , c’est un plafond <le Daniel Seyter qui représente les quatre élémens par des allégories poétiques.
Dans une salle particulière , est la chapelle qui ne sert qu’aux personnes de la maison. Dans la pièce qui précédé on voit un tableau qui représente un prêtre qui confesse une vielle femme que l’on dit de l’Espagnolet et une sainte famille de Bellini. La statue du Bienheureux Amédée , le IX , qui est sur l’autel , est des frères Collini , d’un beau fini , mars qui n’est pas pour cela , le meilleur ouvrage de cet artiste.
Deux ailes du palais du Roi donnent sur le jardin qui est assez étendu , mais d'une forme irrégulière, parce qu’étant posé sur les fortifications, il doit suivre les finuosités des rémpars. Ce jardin , tel qu’il est aujourd’hui comprend le vieux jardin qui décorait jadis le palais des Ducs de Savoie, et de son origine c’était le verger de l’Evêque et des Chanoines de l’église de saint Jean. Un architecte Français , nommé Dupasc , en a tracé les dessins. La terrasse et l’escalier, qui du palais donnent sur le jardin, sont l’ouvrage du Comte du Borgaro , major Général d’infanterie. Les nereides et les tritons , qui composent le groupe de la Fontaine, ont été travaillés par Martinez. Les vases en bronze , qui sont fort - beaux, ont été coulé par Simon Joseph Boucheron. La machine hidraulique , qui sert pour les jets d’eau, est de
l’invention d’Henri Matté. Comme le palais du Roi , durant l’occupation des Français, avait été classé parmi les palais Impériaux , de même le jardin du Roi avait pris le nom de jardin impérial ÇJ).